Burundi - Travail.
Non M. le président, ventre affamé n'aime point le sexe.
Gitega, le 2 mai 2009 (Net Press).
Dans son discours de circonstance prononcé hier à Gitega, à l'occasion
de la fête du travail, Pierre Nkurunziza a lancé des
accusations quelque peu surprenantes contre les fonctionnaires de l'Etat qui
désertent les bureaux
pendant les heures de service. Pour le chef de l'Etat, il ne fait guère
de doute, ces fonctionnaires quittent les bureaux pour aller s'adonner à la
prostitution. Sur ces accusations bien précises, Pierre Nkurunziza est
loin d'avoir convaincu son auditoire, et, au-delà, l'ensemble de l'opinion
publique.
Tout le monde sait en effet que plus de 90% de ceux qui désertent le
travail, le font pour aller se livrer à de petits boulots ici et là,
afin de tenter de joindre péniblement les deux bouts, non plus de mois,
mais de la journée. Il y a quelques années, notre confrère « Le
Renouveau » publiait, dans un reportage effectué à Karuzi,
le point de vue des Batwa de cette province sur le VIH/Sida. Ils ont affirmé,
les hommes comme les femmes, que ce fléau, en ce qui concerne le Burundi,
est exclusivement réservé aux Hutu et aux Tutsi. L'argument des
Batwa de Karuzi était que les deux principales ethnies burundaises sont
les seules et non les Batwa à avoir
suffisamment de liasses de billets de 5.000 Fbu ( le billet de 10.000 Fbu n'existait
pas encore, pour verser aux femmes d'autrui, courant ainsi le risque d'attraper
le VIH/Sida.
Sans prendre pour argent comptant ce point de vue, on sait néanmoins
que le plaisir de se trouver en compagnie des femmes et de se prostituer avec
elles, concerne presque
toujours les hommes aisés qui ont beaucoup d'argent en surplus par rapport à leurs
besoins de chaque jour. Porter donc ces accusations contre les va-nu-pieds
du trésor publique
que sont une grande partie des fonctionnaires de l'Etat est pareil à un
couteau qu'on remuerait dans une plaie déjà douloureuse.
Burundi - 1er mai 2009.
Très mal payés, les fonctionnaires parviennent à assurer
leur survie : comme cela se passe-t-il ?
Bujumbura, le 2 mai 2009 (Net Press).
Les réponses sont multiples et se
complètent enfin de compte, sur la manière dont les fonctionnaires
de l'Etat, très
mal payés, parviennent tout de même à assurer leur survie
au quotidien. Le président de l'Olucome,
M. Gabriel Rufyiri est convaincu que ce n'est que la corruption qui les aide à joindre
les deux bouts de la semaine. Mais cette réponse ne concerne qu'une
infime minorité des fonctionnaires,
ceux dont les services sont très sollicités par une large partie
de la population. Car, on s'imagine difficilement un enseignant du primaire
ou du secondaire être sollicité par un parent d'enfant,
qui, par contre, et là seulement pendant les grandes vacances, va « rendre
visite » au directeur et
lui glisser un petit montant pour se payer à boire le soir.
C'est pourquoi les mêmes enseignants s'arrangent de plus en plus pour
donner des cours de renforcement à des groupes d'élèves
dits « cours
du soir » pour lesquels ils sont payés par les parents. Les
autres fonctionnaires font de la débrouillardise à la
congolaise, c'est-à-dire qu'ils monnayent tous les services qui sont
monnayables, en se contentant même
de 500 F ou de 1000 F proportionnellement à l'importance de la place
qu'ils occupent. Ces actes de corruption sont devenus tellement courant et
font partie des réflexes des corrupteurs
et des corrompus, que la population les trouve tout à fait « acceptables » et
ne s'en émeut
plus outre mesure. C'est ce qui explique également que Ernest Manirumva
fut assassiné dans la nuit
du 8 au 9 avril 2009, par des gens qui ne comprennent pas du tout qu'un citoyen
honnête et courageux
comme Gabriel Rufyiri et les membres de son association, puissent se lever
comme un seul homme pour dire non à ce qu'une poignée de dignitaires
haut placés puissent
s'approprier à eux seuls la richesse appartenant à plus de
8 millions de citoyens burundais.
Burundi - Elections.
Le Frodebu dénonce les calculs électoralistes de Nkurunziza dans
l'anathème jeté sur les medecins.
Bujumbura, le 2 mai 2009 (Net Press).
Le porte - parole du Frodebu, M. pancrace
Cimpaye a lui aussi regretté le niveau très bas des salaires
par rapport au coût
de la vie. Il a également dénoncé les disparités
salariales voulues délibérément
par le pouvoir du Cndd - Fdd qui font que des catégories bien précises
des fonctionnaires sont choyées
par le trésor public. Mais c'est surtout les propos tenus par Nkurunziza à Karuzi
qui ont irrité M.
Cimpaye.
Celui-ci soupçonne le président d'avoir té mû par
des motivations politiciennes. Sur cette position officielle du Frodebu,
presque tous les milieux politiques de l'opposition sont convaincus sans
hésitation aucune, que le président est déjà en
campagne électorale
pour tenter de se faire réélire pour un second mandat sans
que ses concurrents potentiels puissent être autorisés à faire
la même chose.
Il y a d'abord les sketches à la Habyalimana qui précèdent
rituellement tous les journaux radiodiffusés et télévisés,
où Nkurunziza fait un bilan très élogieux de son action
et de celle de son parti, et où surtout il annonce son programme pour
les 5 ans à venir.Au cours de ces sketches, il va jusq'à faire
des comparaisons dénuées de toute logique et qui font éclater
de rires et de plaisanteries ceux qui les suivent. Ainsi, on peut se demander
raisonnablement le lieu qui existerait entre le fleuve Nil qui prend sa source à Rutovu
et qui traverse de nombreux pays africains jusqu'à l'embouchure de
la méditerranée, et le
modèle que pourrait constituer le Burundi pour les autres pays sur
la bonne gouvernance et le respect des droits de l'homme, qui sont dans l'état
comateux que l'on sait. C'est donc par pur populisme que le président
de la République
se livre, depuis près d'une année, à ce discours irréaliste
destiné uniquement à caresser
la corde sensible de son auditoire, dans la perspective du scrutin de 2010.
En définitive,
on peut se demander quelle mouche a piqué le bon chrétien Peter
pour lancer de telles invectives aux médecins qui, eux, ne réclament
que le dialogue avec le gouvernement.
Burundi - Travail.
Désaffection des habitants de la capitale à l'égard de la
fête du travail.
Bujumbura, le 2 mai 2009 (Net Press).
Hier à Bujumbura, au boulevard de
l'indépendance où se sont déroulées les cérémonies
du1er mai, l'affluence n'était pas celle des grands jours de fête,
où l'on voyait la présence des groupes qui n'avaient
d'autres choix que d'être là. Il y avait d'abord les élèves
des écoles primaires et secondaires
qui ont ouvert le défilé et qui répondaient ainsi
aux ordres de leurs directeurs. Mais on remarquait aussi la présence
des corps défilant appartenant au secteur para public et privé,
dont la présence également
sur ordre, contribuait à faire de la publicité, sans payer,
pour leurs entreprises respectives. Quant aux travailleurs payés
par la fonction publique, le nombre de ceux qui ont défilé était
extrêmement réduit, soit par mécontentement de leur
situation salariale, soit parce qu'ils étaient occupés à d'autres
boulots leur permettant de compléter leur misère salariale
de fin du mois. Et lorsque intervint le moment des allocutions de circonstances à la
fin du défilé, il se passa quelque chose d'exceptionnel
que l'on observe rarement lors de ces fêtes à caractère
national.
D'habitude, l'affluence des gens curieux est telle qu'ils se
font bastonner pour s'éloigner du boulevard et de la tribune officielle
afin de ne pas importuner les hautes personnalités qui s'y trouvent
confortablement assis, mais hier, ils étaient si peu nombreux
que le speaker a dû utiliser son
haut parleur pour inviter ceux qui restaient - tous ceux qui avaient
participé au
défilé étaient rentrés depuis belle lurette
par indifférence à ce
qui allait suivre - à s'approcher de la tribune officielle. Le
1er juillet prochain, on devrait s'attendre à une grande affluence,
mais là non
plus pas pour écouter les allocutions de circonstances, mais par
curiosité à assister
au défilé des militaires et policiers, dont ceux de l'ex-Palipehutu
- Fnl. Parmi ces militaires et policiers, l'attention est également
portée
vers les femmes et les filles en tenue kaki et vers le balancement à gauche
et à droite de leurs bassins - arrière ainsi que sur la
descente élégante
et impeccable de nos parachutistes, des nuages, généralement
prisée
et chaudement applaudie de tout le public.
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