Actualité du 8 mai (SurviT-Banguka)
Burundi –réconciliation
Les consultations nationales, un véritable canular.
Initialement prévu en avril dernier, le processus de consultations
nationales en vue de trouver les mécanismes de justice transitionnelle
convenables au Burundi est finalement mis au mois de juin prochain. L’annonce
est faite par le président du comité de pilotage de ce processus,
le très controversé Festus Ntanyungu. Il affirme que tout
va se passer comme sur des roulettes russes, sans aucun problème,
que les hommes et les femmes, hutus et tutsis seront entendus dans les
mêmes
proportions et que le nombre total des personnes à sonder s’évalue à 5000.
Pour n’oublier personne, même les Burundais de la diaspora
seront consultés via un site web mis sur pied à cette fin.
C’est
tout bon, vu du côté du gouvernement.
Mais les Nations Unies
restent sceptiques et des désaccords fondamentaux persistent.
Festus Ntanyungu a du mal à convaincre, d’autant qu’il
ne fait jamais allusion au tribunal spécial. Car il est lui-même
sujet d’enquête
; en ce sens qu’il fait partie de ceux qui ont activement et longuement
participé au génocide des tutsis. A vrai dire, le nouveau
rendez-vous annoncé n’est qu’un canular à l’instar
de nombreux autres précédents. Le gouvernement qui devrait
piloter au premier chef ces consultations est visiblement obsédé par
les élections
et la voix de les truquer pour arriver à la reconduction du parti
présidentiel.
Selon les observateurs des points de divergences sur la voie à suivre
surabondent au sein même du comité de pilotage (Nations
Unies/Société civile/Gouvernement).
Les plus sceptiques partent des exemples concrets.
A Arusha, il avait été notoirement
reconnu qu’au Burundi, des actes de génocide, des crimes
de guerre et des crimes contre l’humanité avaient été effectivement
commis. Il avait également été convenu qu’en
l’absence
de loi nationale, le traitement de ces dossiers serait du ressort de
la communauté internationale.
Deux mécanismes avaient alors été prévus,
judiciaire et non judiciaire en l’occurrence la Commission Vérité et
Réconciliation. Alors, d’où vient qu’aujourd’hui,
on observe un glissement de deux mécanismes vers un seul, celui
en rapport qui suivrait l’axe Vérité-Pardon-Réconciliation
? Sans nier sa part dans le rapprochement des communautés, d’aucun
affirment encore qu’il ne peut y avoir de pardon sans confession
et le Burundi ne peut échapper à la justice internationale
du moment que des actes de génocide, des crimes de guerre et des
crimes contre l’humanité ont été commis. Malheureusement
au su de tout le monde, le pouvoir CNDD-FDD tend à gommer la dimension
judiciaire. D’où l’apparition des divergences, entre
le gouvernement et les Nations Unies, entre la Présidence et la
première Vice-Présidence.
En outre, l’organisation de ces consultations nationales suscite,
telle qu’elle est annoncée par Festus Ntanyungu, quelques
interrogations notamment sur le choix des personnes qui feront objet
de sondage, les sites à identifier,
les critères de choix, etc. Conscientes de la stratégie
inavouée
du pouvoir en place (dont les acteurs clés sont aussi responsables
des crimes sous analyse) de vouloir tout biaiser, les organisations de
la société civile
s’engagent à suivre de très près ce processus
sans se substituer, bien sûr au gouvernement. Elles promettent
simplement de dénoncer les irrégularités et de signaler
les problèmes
qui se poseront dans le déroulement du processus. De nombreux
autres analystes da la situation estime qu’en tentant d’établir
des responsabilités par rapport à ce qui s’est passé au
Burundi, il serait utile et pertinent de dépasser les frontières
nationales. Car si aujourd’hui la communauté internationale
aide les Burundais à résoudre leurs problèmes, on
doit avouer que sur un tout autre plan, cette même communauté est à l’origine
de l’incendie qui embrase le pays depuis des décennies.
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