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Bujumbura – Burundi.
Burundi – Commémoration.
8 mars 2006 : célébration de la seule journée consacrée
officiellement aux femmes contre 364 réservées officieusement
aux hommes.
Bujumbura, le 8 mars 2006 (Net Press). Cette réflexion entendue ce
matin sous forme de boutade de la bouche d’une charmante dame du lycée
de Ngagara était peut-être fondée avant l’avènement
au pouvoir de Pierre Nkurunziza. Depuis le 26 août 2005, les femmes
burundaises ont acquis une respectabilité et une notoriété que
leur avaient toujours refusées les hommes, parce que l’une d’entre
elles, Eve, avait fait manger le fruit défendu à Adam son mari.
Depuis lors, les hommes ont toujours dominé les femmes, allant jusqu’à souhaiter
publiquement que leurs enfants soient des héritiers et non des héritières.
Les accords d’Arusha tant honnis par les uns et chaudement applaudis
par les autres, ont au moins mis d’accord toutes les femmes burundaises,
qu’elles soient hutus ou tutsis. Inimaginable depuis longtemps, les
femmes sont désormais ministres, gouverneurs de province, administrateurs
communaux et membres des forces armées, même si en ce qui concerne
ce dernier cas, leur efficacité sur le champ de bataille par rapport à celle
des hommes resterait à démontrer en cas de conflit armé.
En réaction au dépit de la belle femme précitée,
un des professeurs du même établissement qui ne manque pas d’humour
a alors demandé ce que les femmes attendent pour réclamer d’être
représentées à hauteur de 30% ou plus parmi les domestiques,
les veilleurs de nuit, les chauffeurs de bus et ceux des taxis-vélos
et taxi-motos. Et comme toujours, c’est monsieur qui a eu le dernier
mot. Only regret ! Bonne fête quand même, nos chères dames
!
Burundi – Politique.
Perspective d’un putsch réel ou supposé contre Pierre
Nkurunziza : rien que des scenarii catastrophes.
Bujumbura, le 8 mars 2006 (Net Press). Qui a intérêt à jouer
avec le sang ? Cette question taraude tous les esprits depuis 48 heures et
plus précisément depuis que le président de la République
a révélé, en déplacement au Nord du pays, qu’une
tentative de le renverser dans le sang serait en cours de préparation.
Le directeur général de la police nationale, le général
de brigade Alain Guillaume Bunyoni, a, au cours d’un point de presse
tenu hier, abondé dans le même sens, allant jusqu’à préciser
que les préparatifs du renversement des institutions se dérouleraient
dans un pays étranger.
En attendant que l’on nous révèle l’identité de
ces putschistes potentiels, le moins que l’on puisse dire est que cette
tentative, si elle s’avérait fondée et était mise
en œuvre, serait complètement suicidaire et aboutirait quoi qu’il
arrive à des scenarii catastrophes. Dès l‘annonce de
ce putsch en préparation, toutes les supputations vont bon train sur
ses auteurs réels ou supposés. Tout le monde y va de ses certitudes
et personne n’est épargné, de Pierre Buyoya à Léonard
Nyangoma en passant par des frodébistes dont on sait que le parti
est celui qui déteste le plus le pouvoir actuel. Au cas où la
terrible nouvelle venait à être annoncée, presque tous
les observateurs voient la réédition et même l’amplification
de la catastrophe d’octobre 1993 qui a suivi l’assassinat de
Melchior Ndadaye, d’autant plus facilement que le Cndd-Fdd a des élus
dans toutes les provinces, dans toutes les communes, dans tous les quartiers
et sur toutes les collines. Si c’était Buyoya qui revenait au
pouvoir à la tête des blindés comme en 1996 ou un autre
putschiste tutsi originaire de Bururi ou d’ailleurs, l’élimination
systématique viserait automatiquement les Tutsi comme en 1993.
Dans l’hypothèse où ce serait Léonard Nyangoma
dont on sait qu’il se considère toujours comme le seul leader
historique et légitime du Cndd usurpateur du pouvoir, ou si c’était
le Frodebu, certains pensent que les Hutu se rentreraient dedans en épargnant
les Tutsi. Mais ce serait oublier que ces derniers constituent dans l’imaginaire
collectif de la majorité hutu, les ennemis héréditaires
et que le camp victorieux hutu quel qu’il soit se retournerait ensuite
contre eux pour en finir une fois pour toutes avec les velléités
putschistes d’où qu’elles viendraient.
Enfin, certains milieux n’excluent pas l’hypothèse de
la part du pouvoir d’entretenir la peur par le mensonge, comme l’a
dit implicitement Léonce Ngendakumana ce matin cité par le
correspondant de Radio France International. Ceux qui avancent cette éventualité se
basent sur le fait que les électeurs du Cndd-Fdd s’impatientent
de plus en plus à cueillir le fruit de leur victoire. Cette tactique
macabre a été longtemps utilisée par l’ancien
président guinéen Sekou Touré jusqu’à sa
mort en avril 1984, qui avait l’habitude de révéler des
complots imaginaires afin d’éliminer des opposants et d’appeler
des millions et des millions de ses compatriotes à une marche-manifestation
pour soutenir leur « leader bien-aimé » et lui souhaiter
la vie éternelle.
Si tel était le cas, ce serait extrêmement grave de la part
de Pierre Nkurunziza et du Cndd-Fdd. C’est pourquoi, le chef de l’Etat
devrait révéler dans les meilleurs délais l’identité de
ces putschistes potentiels d’un autre âge, afin de les traduire
devant la justice comme l’a souhaité ce matin le parti Uprona
lui aussi cité par notre confrère de RFI. Dans le cas contraire,
la perpétuation du silence reviendrait à entretenir l’amalgame,
dans un pays où la globalisation est un raccourci facile pour condamner
ou blanchir.
En 1993, l’appel de Jean Minani à partir de Kigali à la
résistance des Hutu après l’assassinat de Ndadaye, dont
il savait pertinemment et cyniquement que cela reviendrait à éliminer
systématiquement les Tutsi, a envoyé à la mort des centaines
de milliers d’innocents. Nombreux parmi eux ignoraient tout ce qui
se passait à Bujumbura, se contentant de « cultiver leur jardin » selon
la sage conclusion du philosophe Voltaire dans son conte intitulé « Candide ».
C’est pourquoi, il est plus qu’urgent que l’opinion soit éclairée
sur les vrais auteurs d’un éventuel vrai putsch et qu’un
procès public et radiodiffusé en direct comme en 1962 et en
1971 soit organisé. Ce serait rompre avec un passé qui a été longtemps
dénoncé par la majorité hutu, où des procès
expéditifs tenus dans les salons se déroulaient en toute clandestinité avant
que nombreux parmi eux soient embarqués pour un voyage sans retour.
Du côté de la justice, édition 2006, les anciens magistrats,
considérés par les Hutu comme étant « monoethniques
tutsi » viennent d’être balayés par un ouragan présidentiel
pour faire place à une justice supposée être plus démocratique,
plus rassurante et plus équitable pour tous. Aux nouveaux venus de
montrer la différence en faisant comparaître les éventuels
putschistes. Dans le cas contraire, tous les 7 millions de Burundais, Hutu
comme Tutsi se lèveront comme un seul homme ou plutôt comme
une seule femme, puisque nous sommes le 8 mars 2006, afin de réclamer
qu’à leur place comparaissent les menteurs. Qui a dit que Pierre
Nkurunziza ne terminera pas son mandat ?
Burundi – Enseignement.
Face à la débauche et à la corruption généralisées
dans les écoles secondaires, le directeur général des
bureaux pédagogiques hausse le ton.
Bujumbura, le 8 mars 2006 (Net Press). Depuis le lundi 6 mars 2006, se tient
au CPF un séminaire de formation à l’intention des directeurs
régionaux et provinciaux de l’enseignement ainsi que leurs collaborateurs.
Hier mardi, le directeur général des bureaux pédagogiques,
M. Antime Mivuba, considéré par tous comme un des cadres les
plus dynamiques au franc-parler indéniable du ministère de
l’éducation, était l’invité matinal de la
radio Onub. Il a fait le tour des problèmes auxquels fait face actuellement
l’enseignement secondaire en insistant particulièrement sur
les résultats qu’il attend de ce séminaire. Dans un entretien
exclusif qu’il a accordé à la rédaction de l’agence
Net Press dans le courant de l’après-midi d’hier, M. Mivuba
a été beaucoup plus explicite. Face à la corruption
et à la débauche qui se généralisent et se banalisent
de plus en plus dans les écoles secondaires, le directeur général
a eu de la peine à cacher son indignation. Car cet homme qui évolue
au ministère de l’éducation pour la 34ème année
consécutive et qui a occupé d’importantes fonctions administratives
sait de quoi il parle.
Regrettant l’ancienne époque où l’enseignant du
secondaire était respecté parce qu’il se respectait lui-même
pour l’honneur qu’il inspirait de par sa fonction et son rang
social, M. Mivuba estime qu’il faudrait faire tout ce qui est possible
pour ramener les enseignants dans le droit chemin. Dans son esprit, les séminaristes
en formation devront transmettre à leur tour les connaissances acquises
aux chefs des établissements secondaires, et au-delà à tous
les membres du corps professoral éparpillés sur toute la République
de Nkurunziza. Les thèmes développés cette semaine par
les formateurs portent sur des domaines aussi variés que la déontologie
professionnelle, la gestion des ressources humaines, la planification de
l’éducation, la gestion du budget… Le directeur général
des bureaux pédagogiques en appelle à la conscience professionnelle
des éducateurs vers une plus grande équité et probité.
Il faut reconnaître ici que ce cri d’alarme, cette sorte de SOS,
vient à point nommé. Il suffit de tourner le bouton de son
transistor pour entendre que la une de l’actualité nationale
se dispute entre la guerre, la corruption et la débauche dans les écoles
secondaires. Il n y a pas si longtemps encore, ces deux fléaux caractérisaient
exclusivement les écoles secondaires privées et les professeurs
autrefois zaïrois. Aujourd’hui, comme les animaux malades de la
peste immortalisés par La Fontaine, plus aucune école secondaire
n’est épargnée, y compris celles qui portent les noms
des Saints.
C’est pourquoi M. Mivuba souhaite vivement que les autorités
sévissent en insistant pour que soit réappliquées sans
hésiter les trois sanctions classiques bien connues et qui étaient
très dissuasives dans le passé : sanctions administratives
(suspension par mesure d’ordre pouvant aller jusqu’à la
révocation), sanctions juridiques (comparution devant le juge et éventuel
emprisonnement) et sanctions sociales (gucibwa umukenke = bannissement social).
Mais le plus gave aujourd’hui, même si M. Mivuba n’est
pas allé jusqu’à être aussi explicite, c’est
que même les élèves des écoles secondaires de
sexe féminin, ont fini par entrer dans la danse. Le terme kirundi « kwideribera » est
souvent entendu de leurs bouches principalement vers la fin de l’année
scolaire, lorsque certaines élèves filles qui accusent de la
faiblesse dans telle ou telle matière font tout pour séduire
leurs professeurs afin de se livrer à eux pour obtenir la note requise
sans fournir le moindre effort. C’est pourquoi une législation
musclée s’impose aujourd’hui, accompagnée de sanctions
exemplaires à médiatiser afin d’inculquer un minimum
d’auto - culpabilisation dans la conscience de tous les éducateurs.
Sinon, si à l’impunité des criminels de guerre et de
sang s’ajoute celle des criminels de sexe de nos enfants, le Burundi
aura achevé sa descente aux enfers, après avoir subi le feu
apocalyptique comme aux temps bibliques de Sodome et de Gomorrhe.
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