Actualité du 12 mai (SurviT-Banguka)
Burundi-génocide
Tensions ethniques à l’ITAB Karuzi.
Bujumbura le 12 mai 08 (SurviT-Banguka)
Les temps sont durs pour les élèves tutsis de l’institut
technique agricole de Karuzi (ITAB). Depuis plus de trois mois, leurs condisciples
hutus n’arrêtent de les intimider, à travers des tracts
et autres écrits anonymes, en les menaçant de lynchage pour
purifier cette école de la souillure tutsie. La tension est si intense
que la direction de cette école a fini par organiser des réunions,
en compagnie du directeur provincial de l’enseignement pour tenter
de dissiper ce climat de haine et de méfiance.
La même menace
de mort est adressée aux professeurs tutsis qui, le moment venu, devraient
aussi subir le même sort que les élèves de la même
ethnie. «Cela fait plusieurs mois que les tracts leur sont adressés,
mais la situation s’est aggravée lorsque certains élèves
tutsis ont trouvé, dernièrement, des lames de rasoir sous les
draps, dans leur dortoir, c’est à ce moment que la suspicion
est montée et que les élèves se sont regroupés
par ethnies, cela nous a poussés à les réunir pour tranquilliser
les uns et les autres», explique le directeur de cet établissement.
La peur est donc perceptible, que ce soit au niveau des éducateurs,
que des éduqués tutsis. Et contrairement aux incidents ultérieurs,
les tracts ne sont pas exclusivement adressés aux tutsis non originaires
de Karuzi.
Burundi-sécurité.
Pierre Nkurunziza courtise son armée.
Bujumbura le 12 mai 08 (SurviT-Banguka)
Le président burundais se réjouit ouvertement de la prestation
de son armée qui vient de donner une leçon au mouvement rebelle
FNL-Palipehutu, en lui faisant subir un échec cuisant dans Bujumbura
rural. Conjuguée à l’ultimatum qui lui a été lancé par
les pays membres de l’initiative régionale pour la paix au Burundi,
la récente défaite du FNL sur terrain a acculé le leader
rebelle Agathon Rwasa à s’exécuter. C’est donc
Pierre Nkurunziza qui vient de sauver les meubles, in extremis.
Mais rien
n’était joué d’avance. Car au plus fort de l’assaut à la
bombe sur Bujumbura, ses militaires avaient refusé de s’engager
dans une guerre dont les enjeux n’étaient plus, pour eux, évidents.
Car les blessés courraient le risque de se faire démobiliser,
illico, et puis les multiples dérapages et échecs du pouvoir
en place ne militaient pas du tout en faveur de sa défense. A tout
cela s’ajoutaient le déficit de confiance chez le leadership à l’armée
(le ministre de la Défense est vu comme un traître, prêt à tout
pour préserver ses intérêts). Le péril était
visiblement à la demeure et Pierre Nkurunziza le savait pertinemment.
C’est ainsi qu’il a organisé des causeries morales pour
redonner à ses troupes des raisons de défendre son pouvoir.
Sans lésiner sur les concessions. Il leur a ainsi promis de revoir
le plan de démobilisation et de décaisser pour les militaires,
les 34% d’augmentation de salaire qui étaient initialement destinés
aux seuls fonctionnaires. Bien d’autres avantages ont été promis
aux militaires de l’armée régulière. Voilà ce
qui a dopé leur moral pour aller traquer les rebelles jusque dans
leur dernier retranchement. Plusieurs dizaines de rebelles ont été capturés,
parmi eux, figurait curieusement une jeune fille tutsie qui se dit originaire
de Mugongo Manga (Bujumbura rural).
Comme en témoignent les nombreux écrits
qu’elle avait sur elle, elle jouait de relais entre combattants
et état-major
du mouvement. Elle en connaît donc des choses. Mais certaines de
ses révélations donnent la chaire de poule. «Le FNL
n’a
pas besoin de postes politiques ni d’autres responsabilités
importantes, il veut prendre le contrôle de l’armée
sur tous les points stratégiques afin d’être techniquement
outillé pour déclancher un total génocide contre
les tutsis, il aura ainsi réglé une fois pour toutes la
question ethnique au Burundi…je dois vous dire que même les
tutsis qui se sont fait enrôler comme combattants dans ce mouvement
sont tués
pour un oui ou pour un non, il suffit que le chef hutu vous accuse d’une
faute banale, c’est très clair », raconte la capturée,
en treillis de rebelle.
Le niveau d’insécurité monte d’un cran au Burundi,
dixit l’ONU.
Bujumbura le 12 mai 08 (SurviT-Banguka)
Les provinces de Bubanza et Bujumbura rural ont été rétrogradées
en phase quatre par les Nations Unies. Selon le service d’information
au bureau intégré des Nations Unies au Burundi, cette zone
est déclarée dangereuse pour son personnel. Dans quelques jours,
cette décision devrait s’étendre même sur les autres
provinces du pays, car elles ne se portent pas mieux. Les sources administratives
indiquent en effet que les provinces de Cankuzo, Ruyigi, Muyinga, Kirundo,
Ngozi, Muramvya, Bururi, Makamba et Karuzi sont littéralement infestées
de rebelles et de bandits armés. La consigne non encore officielle
est que les agents des organismes onusiens ou autres ONGs n’ont plus
le droit de s’y mouvoir comme avant. Car le niveau de sécurité est
inquiétant. Mais curieusement, le président burundais ne semble
pas avoir la même lecture de la situation sécuritaire dans le
pays. Dans une réunion organisée à l’intention
de tous les administrateurs communaux du pays, le 9 mai dernier à Muramvya,
il a été conclu que tout va bien dans le meilleur des mondes.
N’eussent été quelques cas isolés de banditismes.
Ils ont ainsi passé un coup d’éponge sur le feu officiellement
déclaré dans le pays avec le lot de morts que personne ne saurait
cacher. Ce mensonge assumé et entretenu par l’administration
fait penser à l’idée selon laquelle le pouvoir burundais
est lui-même artisan de l’insécurité qui prévaut
dans le pays.
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