Conférence sur l’idéologie
de génocide contre les Tutsi dans la Région des Grands Lacs
Africains.
Je suis l’auteur de deux livres qui ont pour titre le premier « Contre
l’extermination d’un peuple, le front non-violent contre le génocide
des Tutsi au Burundi, au Rwanda et Congo, Editions Kiyago, 2005 » et
le deuxième « La démocratie du nombre, arme pour le génocide
contre les Tutsi au Burundi, Editions Intore, 2007. Je suis burundais ingénieur
hydrogéologue de formation. Je suis actuellement Président
du Mouvement PA-Puissance d’Autodéfense-Amasekanya que j’ai
crée en 1994. C’est un Mouvement qui lutte dans la non-violence
contre le génocide des Tutsi au Burundi. A cause de mes opinions opposées à ce
génocide, j’ai été emprisonné 21 fois par
le pouvoir de Bujumbura.
Révolté par le massacre des centaines de milliers de Tutsi
au Burundi en 1993, je me suis dit qu’il fallait organiser les rescapés
pour qu’ils résistent avec tous les moyens contre ceux qui avaient
comme programme l’extermination des Tutsi au Burundi, dans la Région
des Grands lacs africains et à travers le monde. Plusieurs activités
ont été organisées par notre mouvement sous ma direction.
Des activités qui ont beaucoup freiné les Hutu qui tenaient à mettre
en exécution ce programme. Ce dernier est toujours en cours au Burundi
et notre résistance continue. Ces deux livres constituent un des moyens
efficaces pour lutter contre ce programme macabre. Ce qui explique pourquoi
ces deux livres ont rencontré des difficultés de circulation
au Burundi.
Il n’est pas inutile de rappeler que le génocide contre les
Tutsi est un fléau régional et mondial. Mon objectif n’est
pas de parler comment ce génocide s’est mis sur pied et s’est
réalisé au Rwanda, vous le savez mieux que moi. Il s’agit
de parler du cas du Burundi, pour qu’en définitive, il puisse
y avoir des efforts communs visibles pour s’opposer à cette
idéologie de génocide, puisque cette idéologie rencontre
des adhérents dans nos pays et qui n’hésitent pas de
communiquer à l’opinion qu’ils sont ensemble.
. Exemples :- le rapport de l’ONU n° S/ 1998/777 qui parle de l’accord
entre les ex-Far du côté rwandais et le Cndd-Fdd et le Palipehutu-Fnl
du côté burundais ;
- la déclaration de Yelodia Abdoulay Ndombasi au moment de l’invistiture
de Nkurunziza Pierre comme Président de la République. Il disait
que lui et le Cndd-Fdd sont amis depuis longtemps.
La littérature qui existe sur ce qui s’est passé au
cours des années ténébreuses du Burundi 1965, 1972,
1988 et 1991 ne parle pas de la réalité burundaise. Des historiens
Tutsi qui se prennent pour des modérés hésitent à dénoncer
et à nommer le crime de génocide contre les Tutsi. Les extrémistes
hutu et ceux qui les aident depuis longtemps font tout pour nier le crime
de génocide qui se commet dans notre région depuis 1959.
La grande partie des Hutu qui prennent leurs stylos pour écrire déforme
la réalité. Ils mentent en mettant les Tutsi à l’origine
des différents actes de génocide contre les Tutsi que le Rwanda,
le Burundi et le Congo ont connus. Nous avons le devoir de contredire leurs
versions avec des données fournies par ceux qui ont vécus réellement
la situation et qui étaient en première ligne. L’analyse
de ce qui a été écrit dans certains journaux et les écrits
de certains auteurs montre bien que derrière ces simples Hutu qui
ont pris d’abord les armes blanches et par après les armes à feu,
pour massacrer les Tutsi, il y a un plan de génocide contre les Tutsi
bien conçu et visible dans de nombreux discours et écrits diffusés
par les extrémistes hutu et Européens qui les manipulent.
Au Burundi et au Rwanda des paysans hutu ont été manipulés
en utilisant leur pauvreté, les Rois qu’ils aimaient, le manque
d’information et de formation, des mots importés comme la démocratie.
Les concepteurs étaient parvenus à leur faire comprendre chaque
fois, qu’ils pouvaient se débarrasser des Tutsi et prendre leurs
biens. Les biens des Tutsi, qui étaient aussi miséreux qu’eux.
Qui n’avaient rien de féodaux.
Le plan génocidaire contre les Tutsi a emporté beaucoup de
Burundais, de Rwandais et de Congolais Tutsi, Hutu, Twa et autres. Ce sont
des morts qui n’auraient pas dû mourir de cette manière.
Il y a des Burundais et des Rwandais qui étaient considérés
comme des élites qui ont accepté bêtement de mettre en
exécution des programmes de génocide sans vouloir étudier
en profondeur leurs conséquences. Il est évident que des extrémistes
hutu chauffés à blanc par les puissances coloniales ont eu
et ont toujours la volonté d’exterminer les Tutsi. Ils ont créé des
partis pour cela. C’était, au Burundi, le parti populaire en
1965 et 1972, le Palipehutu en 1988, le Frodebu en 1993, le Cndd-Fdd et le
Palipehutu-Fnl après 1993. Au Rwanda, c’est le Parmehutu qui
s’est transformé en MRND et le CDR, Interahamwe et actuellement
en Fdlr.
C’est un programme satanique qu’il faut dénoncer en montrant
ses racines ou origines, ses ramifications ou les différentes dates
de son explosion, ses promoteurs et ses dégâts. Tout cela dans
le but d’obliger ses concepteurs et ceux qui les soutiennent d’arrêter
de poursuivre un crime plus grave qu’un crime contre l’humanité :
un génocide.
Au cas où les extrémistes Hutu persisteraient dans ce crime,
il est possible que des Hutu reviendront à la raison et refuseront
de tuer des êtres humains. De l’autre côté, les
Tutsi verront qu’ils ne sont pas responsables de ce dont les extrémistes
Hutu les accusent, que c’est une déshumanisation pure et simple.
Ils constateront que pour vivre dans ces pays, il faut combattre par tous
les moyens ceux qui sont déterminés à les exterminer.
La situation est trop grave pour le Burundi. Au départ, à la
conception du génocide contre les Tutsi, très peu de Hutu étaient
pour. Actuellement les idéologues du génocide sont parvenus à convaincre
beaucoup de Hutu qu’ils doivent exterminer les Tutsi. Ils contrôlent
les institutions de l’Etat. Même certains Tutsi adhèrent
dans les groupes qui orchestrent le génocide contre les Tutsi. Ceux
qui sont contre le génocide ont du pain sur la planche. Ils doivent
convaincre avec tous les moyens à leur disposition, les Tutsi, les
Hutu, les Twa et les autres citoyens du monde que le génocide contre
les Tutsi est un crime à combattre, que le jour où tous seront
contre le génocide des Tutsi alors, le Burundi vaincra.
Le Mouvement PA-Puissance d’Autodéfense-Amasekanya, que je
dirige depuis douze ans, s’est fixé de réaliser beaucoup
d’activités pour lutter contre le génocide des Tutsi
au Burundi : il s’agit : des manifestations et des déclarations écrites
ou orales en mémoire des victimes du génocide contre les Tutsi,
de la dénonciation sous plusieurs formes des génocidaires ainsi
qu’un cross dominical en mémoire des victimes organisé chaque
dimanche, depuis 1995. C’était un travail dur mais indispensable
et nécessaire pour que la vérité soit connue. Les victimes
doivent aussi se mettre à écrire leur vérité parce
que les génocidaires ont une autre mission quand ils écrivent
: maquiller le crime qu’ils ont commis, le nier.
Au Burundi, l’ONU, l’Union Européenne, l’Union
Africaine, la France, la Belgique et d’autres pays ont soutenu que
ceux qui ont commis le génocide contre les Tutsi restent impunis.
Cela ne peut pas empêcher les victimes vivantes de réclamer
le jugement des criminels. Leur détermination obligera ces organisations
et ces pays à se plier et à appliquer la Convention pour la
Prévention et la Répression du Crime de Génocide. Tout
dépendra bien sûr de la volonté et de la persévérance
des victimes vivantes du génocide et de leurs organisations.
Au Burundi, la jeune génération ne sait pas ce qui s’est
passé exactement en 1965, en 1972 et même en 1988. Il est important
de leur montrer par l’écriture, comment depuis plus de quarante
ans, un plan d’extermination des Tutsi se met en marche. J’ai
pensé utile de leur en parler dans mon deuxième livre. Cette
génération doit connaître la vérité. Ainsi
il lui sera facile de lutter contre ce crime et son impunité.
J’ai dédié mon deuxième livre à toutes
les victimes Tutsi mortes au cours du génocide contre les Tutsi de
Busangana et Bugarama (1965), de 1972, de Ntenga et Marangara (1988), de
1993 et les années qui ont suivi. Ils ont été massacrés
sauvagement, ils n’avaient rien à voir avec tous les prétextes
que les génocidaires hutu ont avancés pour les tuer. Nous nous
battons pour qu’au moins le monde entier reconnaisse qu’ils ont été tués
injustement. Ces victimes continuent à exiger qu’au moins leur
mort soit respectée et que les Burundais cessent de mourir comme eux.
Nous respectons leurs âmes, c’est pour cela que nous continuons à nous
opposer à l’impunité de ceux qui les ont tués.
Je l’ai dédié aussi aux victimes Hutu et Twa qui sont
mortes suite à ce génocide contre les Tutsi, soit qu’ils
ne voulaient pas s’associer aux génocidaires, soit qu’ils étaient
soupçonnés injustement d’être en connivence avec
ceux qui exterminaient les Tutsi. Nous travaillons depuis douze ans pour
que l’idéologie du génocide contre les Tutsi s’arrête.
Ainsi les Hutu, les Tutsi et les Twa pourront cohabiter ensemble et développer
leur pays.
Au cours de deux conférences internationales sur le génocide
qui se sont tenues à Kigali, nous n’avons pas cessé de
rappeler ce qui se passait au Burundi. Des éminents rwandais comme
l’ancien Président de l’Association contre le génocide
au Rwanda, Ibuka, le Sénateur Mugesera Antoine a déclaré au
moment de la clôture de la conférence de 2001 à Kigali
que : « Nous resterons attentifs à l’appel de nos amis
du Burundi parce que là-bas le génocide continue ! Il y a là-bas
des actes de génocide et les criminels ne sont pas inquiétés ».
Dans le rapport de la Conférence internationale sur le génocide
qui a été organisée au Rwanda du 4 au 6 avril 2004,
il est écrit que j’ai déclaré que : « l’ONU
banalise le génocide des Tutsi du Burundi, il faut combattre ce fléau
tous ensemble parce que dans ce pays les bourreaux se sont amnistiés
et quand on dénonce ce génocide, on est emprisonné ».
Mes deux livres constituent une preuve, une charge de plus contre ceux qui
ont planifié et poursuivent le génocide contre les Tutsi au
Burundi. Bien sûr les génocidaires continuent à nier, à intimider
les victimes mais tout cela ne nous découragera pas, c’est le
comportement normal des criminels.
Ceux deux livres parlent de la naissance de l’idéologie pour
le génocide contre les Tutsi et sa mise en exécution.
La beauté du Burundi et du Rwanda a été communiquée
aux colonisateurs par les premiers explorateurs européens qu’ils
avaient envoyés voir ce qui se passait en dehors de l’Europe
et du côté de l’Afrique, entre les deux océans
: Atlantique et Indien.
C’est donc des pays qui ont beaucoup intéressé les colonisateurs
et qui voulaient y rester à tout prix puisqu’ils étaient
parvenus à s’y installer avec beaucoup de stratagèmes
de division. Avec le partage de l’Afrique, le Royaume de Belgique s’est
vu octroyer le Burundi, le Congo Léopoldville (Kinshasa) et le Rwanda.
La volonté des colonisateurs belges de s’établir complètement
dans ces pays a fait qu’ils ont pratiqué avec l’aide des
missionnaires catholiques, la politique de diviser pour régner. Au
Burundi et au Rwanda ils ont pratiqué les divisions ethniques entre
les Hutu et les Tutsi. Les colonisateurs belges ont transformé en
identités fixes, codifiées et exclusives les catégories
sociales Hutu, Tutsi et Twa qui étaient des réalités
floues et fortement mouvantes. Ils se sont appuyés sur l’anthropologie
raciste de l’époque et sur la théorie des races supérieures
et races inférieures, avec la bénédiction de l’Eglise
Catholique.
C’est vers les années 1930 qu’ils ont commencé avec
l’instauration d’un système des privilèges en faveur
de quelques familles tutsies, en vue de créer une élite acquise
aux colonisateurs. Plus tard ils se sont rendus compte que ces Tutsi avaient
des idées nationalistes et indépendantistes. Les colonisateurs
ont alors changé leur stratégie et se sont mis à préparer
rapidement une élite alternative hutue, en mettant sur le dos des
Tutsi, leurs anciens alliés, tous les sévices et toutes les
frustrations dues à la colonisation. Consciemment ou inconsciemment,
ils ont fait la promotion du génocide contre les Tutsi.
Ces colonisateurs belges et ces missionnaires catholiques ont fait tout
pour faire aboutir une idéologie génocidaire d’extermination
des Tutsi au Burundi et au Rwanda. Ils ont dû passer par plusieurs étapes.
Des organes pour propager cette idéologie ont été mis
sur pied et tous les soutiens politiques, financiers, diplomatiques et médiatiques
ont suivi même après l’indépendance de ces pays.
Une politique de déshumanisation, de haine, de ségrégation
et d’exclusion systématiques à l’encontre des Tutsi,
appuyée par des assassinats politiques avec des massacres cycliques
des Tutsi a été mis en exécution au Burundi et au Rwanda.
Les efforts de ces colonialistes et de leurs exécutants Hutu ont
abouti au génocide contre les Tutsi qui a été mis en
exécution à plusieurs intervalles de 1959 jusqu’aujourd’hui.
Ce génocide qui a été préparé et mis en
exécution au vu et au su de tout le monde par des extrémistes
hutu n’a pas été dénoncé comme il le fallait.
Ce qui a fait qu’il a continué en perfectionnant les méthodes
et en recrutant plus d’adhérents. Ceux qui nient ce génocide
en ont profité aussi pour désinformer l’opinion internationale
sur la réalité au Burundi où un génocide contre
les Tutsi se poursuit même actuellement.
Les grandes puissances qui avaient tous les moyens pour empêcher le
génocide contre les Tutsi au Burundi, au Rwanda et au Congo, ne se
contentèrent pas uniquement de laisser les génocidaires continuer
leur macabre besogne sans être inquiétés, mais en plus
organisèrent une vaste campagne de négation d’une évidence
: le génocide contre les Tutsi dans la région des Grands Lacs
Africains.
La campagne des négationnistes a porté fruit puisque ceux
qui dirigent les organisations terroristes génocidaires : le Frodebu-Cndd-Fdd,
Palipehutu-Fnl, qui ont eu le relais de véhiculer l’idéologie
du génocide contre les Tutsi au Burundi sont parvenus à s’autoamnistier
et à contrôler les institutions de l’Etat Burundais. Ils
ont été appuyé dans ce sale programme par les puissances
coloniales qui sont la Belgique, la France, et les organisations comme l’Union
Européenne, l’ONU, l’Union Africaine et autres.
Tout cela ne peut pas empêcher les victimes de dénoncer ces
violations du droit et de la morale universelle, d’écrire la
vraie vérité sur ce qui se passe au Burundi et dans la région
depuis que les colonisateurs et les missionnaires catholiques ont envahi
nos pays. C’est cette vérité qui convaincra tous ceux
qui luttent contre l’extermination de la race humaine. Tôt ou
tard il y aura des gens des pays et des organisations ci-haut cités
qui finiront par comprendre et exigeront avec nous le jugement et la condamnation
de ceux qui ont commis le génocide contre les Tutsi au Burundi.
La Belgique a implanté l’idéologie du génocide
contre les Tutsi dans les cœurs de certains Hutu, elle doit participer
maintenant à la démolition de cette idéologie parce
qu’il est inacceptable qu’elle continue à soutenir ceux
qui mettent en avant l’extermination des êtres humains.
Mon deuxième livre se réfère à différentes
dates et aux données des années passées pour montrer
le soutien que les gouvernements de la Belgique ont toujours témoigné à ceux
qui exterminent les Tutsi. Des archives ont été fouillées
pour montrer la réalité sur ce qui se passe au Burundi depuis
que les colonisateurs ont décidé d’en terminer avec les
Tutsi.
Des assassinats du Prince Louis Rwagasore et Pierre Ngendandumwe, des différentes
dates de génocide contre les Tutsi 1965, 1972, 1988, 1993 et après,
le lecteur trouvera la part active jouée par le pouvoir colonial et
ses alliés. Le souhait étant que ces puissances, au lieu de
soutenir ceux qui exterminent les autres devraient faire la promotion de
la cohabitation pacifique entre les Tutsi, les Hutu et les Twa et le respect
des droits de la personne humaine.
Une partie importante du livre montre que contrairement à ce que
la Belgique, l’Union Européenne, l’Union Africaine et
les autres racontent, rien ne va au Burundi. Le génocide contre les
Tutsi continue de plus bel. Tout a été fait en 2005 pour qu’il
y ait un coup de force constitutionnel qui a mis à la tête du
pays un groupe qui a commis et revendiqué le crime de génocide
contre les Tutsi : le Cndd-Fdd. Avec des listes des personnes, des textes
de lois injustes à l’appui confectionnés par les terroristes
génocidaires, je montre comment les Tutsi sont exclus dans toutes
les institutions de l’Etat. Ce qui signifie la poursuite du génocide
contre les Tutsi. Le slogan qui a été lancé par les
extrémistes Hutu depuis 1965 est de défendre la démocratie.
Ce qui sous-entend pour eux, l’extermination des Tutsi.
Mon deuxième livre montre à ceux qui pensent connaître
les choses mieux que les autres qu’une démocratie qui aboutit à l’exclusion,
au génocide n’en est pas une. C’est une manifestation
du refus de ce montage pour le génocide contre les Tutsi. Un témoignage
sur ce qui s’est passé réellement, un souhait de ramener à la
raison ceux qui violent consciemment les conventions internationales qu’ils
devaient respecter, une exigence de la justice pour les victimes et un rappel
au respect des droits de la personne humaine.
Le Burundi et le Rwanda sont peuplés de citoyens appelés :
Hutu, Tutsi et Twa. Les colonisateurs et les missionnaires catholiques ne
les ont pas inventés mais ont tout fait pour semer les divisions entre
eux. Ils ont d’abord combattu et supprimé ce qui les unissait
: leur culture, leur religion, leur tradition et leur administration précoloniales.
Pour différentes raisons ces colonisateurs et missionnaires ont trouvé des
alliés hutu ou tutsi. Ce qui est visible, les Hutu et les Tutsi qui
ont sympathisé avec les colonisateurs et les missionnaires catholiques
le faisaient pour leurs propres intérêts. Ils voulaient être
tout près de ceux qui dominaient, ou tout simplement s’accaparer
du pouvoir.
Au Burundi, de 1959 à 1993, les extrémistes hutu ont pris
l’initiative d’exterminer les Tutsi. Ceux qui avaient le pouvoir,
le Roi ou ceux qui sont venus après lui se trouvaient dans l’obligation
de combattre les Hutu qui s’étaient convaincus que le moment
de faire comme au Rwanda était venu. Même en 1993 ceux à qui
il revenait le tour de se battre pour « la démocratie » ou
continuer le génocide des Tutsi avaient besoin d’un détonateur
: ce fût l’assassinat du Président Ndadaye et certains
de ses collaborateurs. Le réflexe des extrémistes Hutu a été d’ordonner
le début du génocide des Tutsi, édition 1993. Quelques
mois plus tard il y a eu le même détonateur au Rwanda et le
même crime : le génocide contre les Tutsi.
Chaque fois qu’il y a des Tutsi qui ont été massacrés
par les Hutu, il y a eu aussi des tués parmi les Hutu. Les Hutu qui
ont pris la plume pour écrire leur version de ce qui s’est passé au
Burundi ou au Rwanda ont essayé de trouver des prétextes qui
ont poussé les Hutu à massacrer les Tutsi. Ils n’écrivent
pas la vérité. Ils font la négation du génocide
des Tutsi qui est la réalité au Burundi comme au Rwanda. Ne
pas reconnaître un crime de génocide commis, signifie que ceux
qui l’ont planifié sont prêts à le perpétrer
encore une fois. C’est pour cela que les victimes doivent faire tout
pour que le crime de génocide commis contre les Tutsi au Burundi soit
reconnu.
Les extrémistes Hutu ont continué à convaincre avec
plus de forces les Hutu que tant qu’il y aura un seul Tutsi au Burundi
et au Rwanda, les Hutu ne pourront pas vivre en paix. Chaque acte de génocide était
amélioré par rapport au précédent avec plus de
moyens. De plus en plus de Hutu se sont laissés convaincre qu’il
faut participer à l’extermination des Tutsi. Les Tutsi qui étaient
au pouvoir en 1965 ont vu que malgré que les Hutu contrôlaient
toutes les institutions de l’Etat sauf la couronne, n’ont pas
hésité à mettre en exécution le plan d’extermination
des Tutsi.
Une idéologie génocidaire a été développée
par les extrémistes Hutu aidés par les puissances coloniales.
Ces dernières ont essayé de mettre en application les idéologies
de génocide, d’exclusion, de racisme qui étaient combattues
chez eux. Elles ont accepté à ce que les termes comme la
démocratie, la constitution, les partis politiques, les élections
soient compris autrement que par leur définition et soient exploités
pour exterminer les Tutsi. Elles ont même financé, avec beaucoup
d’argent, des actions qui favorisaient une partie de la population
au détriment d’une autre. Elles pouvaient rectifier le tir
mais ne l’ont pas fait. Elles ont persisté dans leurs erreurs,
leurs visions.
En 2005 la constitution élaborée sous l’œil de
ces puissances et les élections financées à cent pour
cent par les mêmes puissances pour 22 millions de dollars américains,
a abouti à la même situation sinon pire que celle de 1965 et
1993. Et cette fois aussi ces puissances se taisent. Mais pour certains Burundais
c’est comme si l’histoire était un éternel retour.
L’extrémisme hutu de 2006 n’a rien à envier à celui
de 1965, 1972, 1988 et 1993. Au contraire on peut penser que les éléments
des différentes phases ont été amplifiés.
Ces puissances n’ont jamais voulu sauver ou aider nos pays sinon elles
auraient favorisé la promotion des citoyens honnêtes, elles
auraient pu financer la lutte contre les exclusions de toute sorte.
Depuis l’époque coloniale jusqu’à ce jour, ces
puissances se choisissent des partenaires, celui qui pense autrement qu’eux,
se retrouve combattu, persécuté et marginalisé. Tantôt
elles ont des Tutsi qui exécutent leurs ordres, tantôt elles
ont des Hutu, mais dans chaque cas il y a des Tutsi et des Hutu qui sont
considérés comme des citoyens de seconde zone et qui sont tués.
En regardant les fonds que ces puissances ont déjà débloqués
pour des actions qui ont abouti à l’exclusion de la communauté tutsi
au Burundi et au Rwanda, elles pourraient dépenser moins pour de vrais
programmes de paix, qui favorisent l’entente entre les différentes
communautés ethniques de nos pays. Tant que l’idéologie
d’extermination des Tutsi ne sera pas combattue comme il faut, la réconciliation
et la bonne cohabitation entre les citoyens de nos pays ne pourront pas avoir
lieu.
Combattre l’idéologie de génocide, c’est donner
la possibilité à ceux qui la condamnent de pouvoir s’exprimer.
Au Burundi, depuis 1993 jusqu’à ce jour, ce sont ceux qui véhiculent
l’idéologie du génocide et ceux qui se soumettent à leur
volonté, ceux qu’ils appellent les modérés, qui
ont été écoutés. Ceux qui disent qu’il
y a le génocide des Tutsi qui continue, sont réduits au silence
par tous les moyens et les criminels jouissent de l’impunité totale.
S’il est vrai que le mal qui se trouve chez une telle nation se retrouve
dans une autre. Il devrait y avoir des européens qui disent halte à la
politique de ces puissances qui acceptent qu’une population soit exterminée
parce qu’elle est minoritaire ethniquement et avec les moyens financiers
des européens.
Les Belges, les Français, les membres de la Communauté européenne
et tous les autres citoyens épris de paix devraient contrôler
ce que leurs gouvernements font dans nos pays. Ils violent les droits de
la personne humaine quand ils soutiennent les gens comme Mobutu Sese Seko,
Juvénal Habyalimana, Buyoya Pierre, Pierre Nkurunziza et les autres
dirigeants africains qui foulent au pied les droits des citoyens et les principes
de la bonne gouvernance.
Ce qui est plus grave pour le Burundi, c’est que le parti qui a gagné les élections,
a commis le génocide contre les Tutsi et le poursuit avec tous les
moyens de l’Etat.
Les Hutu doivent réaliser que même au cas où il n’y
aurait plus de Tutsi au Burundi, les Hutu se battraient à mort pour
le pouvoir. Ceux qui leur disent qu’il faut d’abord tuer tous
les Tutsi pour mieux vivre, les trompent. Les Hutu, les Tutsi et les Twa
font partie des richesses de notre pays le Burundi. Ils doivent mettre leurs
qualités et compétences ensemble pour s’enrichir mutuellement
et partager équitablement les bénéfices de leur travail.
Devant le mal commis envers tel ou tel et par tel ou tel, les Burundais
doivent appliquer la loi juste. Ils doivent avoir de bons juges qui tranchent
sans partialité. La justice est incontournable. Celui qui a osé commettre
le crime de génocide doit être poussé à la barre
pour que les juges lui rappellent que tuer c’est mauvais, et que le
génocide est un crime inamnistiable et imprescriptible. Chercher à récupérer
le pouvoir de l’Etat ou à y rester en passant par le génocide
d’une population est criminel.
Au fil des années, les extrémistes hutu et leurs commanditaires
ont étudié comment utiliser les masses hutu pour supprimer
les Tutsi dans la région des Grands Lacs (Burundi, Rwanda et la RDC).
Ce plan de génocide contre les Tutsi a emporté beaucoup de
Tutsi mais aussi des Hutu sont morts soit qu’ils étaient parmi
les organisateurs, soit qu’ils ne voulaient pas suivre les criminels,
soit qu’on les soupçonnait d’être avec les criminels.
Des voies doivent être envisagées d’urgence pour arrêter
l’extermination totale des Tutsi au Burundi.
La première voie que les communautés nationale et internationale
doivent suivre est de reconnaître que le plan de génocide anti-tutsi
est une réalité au Burundi. Pour le Burundi, le minimum est
de considérer le rapport des Nations Unies n° S/1996/682 qui reconnaît
des actes de génocide contre les Tutsi commis par le Frodebu. De reconnaître
aussi que des actes de génocide contre les Tutsi ont été commis
avant et après l’année 1993. Les individus humains ont
le devoir de dénoncer tout crime qui se commet envers leurs semblables
surtout quand il s’agit d’un crime de génocide.
La deuxième voie à emprunter est de juger et sanctionner tous
ceux qui ont organisé et exécuté le génocide
contre les Tutsi du Burundi. Une justice doit être faite pour les victimes.
Seule la justice peut empêcher le crime de génocide de se répéter
et de s’étendre. Elle est incontournable si l’on veut
la paix et la réconciliation des communautés hutu et tutsi
au Burundi. Ce qui se fait actuellement au Burundi est inacceptable, les
institutions de l’Etat y compris, le parlement, le gouvernement, la
police et la justice sont confiés à ceux qui ont programmé et
exécuté le génocide des Tutsi : les membres du Cndd-Fdd.
Il serait naïf de penser que du jour au lendemain, les génocidaires
peuvent devenir des gens normaux. Cela voudrait dire que les dirigeants des
différents pays surtout européens qui ont décidé en
1948 après le génocide des juifs, que le crime de génocide
est inamnistiable et imprescriptible avaient tort. Chasser le naturel, il
revient au galop. Deux années de direction du Burundi par le Cndd-Fdd
ont prouvé que ce dernier n’a pas changé de programme.
Au contraire ce parti utilise les institutions de l’Etat pour exclure
les Tutsi pour finalement les exterminer.
Le Cndd-Fdd pour accéder au pouvoir a été aidé par
les puissances qui ont les dollars. Elles ont financé des négociations,
des élections et des programmes qui violaient la Déclaration
Universelle des Droits de l’Homme, la Convention Internationale pour
la Prévention et la Répression du crime de génocide
et d’autres conventions internationales notamment, celles qui protègent
les victimes et les différentes minorités. Les citoyens du
monde épris de paix doivent avoir le courage de dénoncer le
programme de génocide contre les Tutsi au Burundi comme ils l’ont
fait dans d’autres pays où ce crime ou les autres crimes contre
l’humanité se sont commis.
La troisième voie qu’il faut absolument promouvoir est de favoriser
la coexistence pacifique entre les Hutu, les Tutsi, les Twa et les autres
au Burundi. Ils peuvent partager d’une manière équitable
les misères et les richesses du Burundi en tenant compte des compétences
de chacun. Ils doivent jouir des mêmes droits. Ils ont cohabité ensemble
avant l’idéologie du génocide, ils le peuvent même
maintenant à condition qu’ils acceptent de lutter contre le
génocide des Tutsi. Ils doivent comprendre qu’ils ont tous besoin
de vivre et que la vie humaine qu’elle soit hutu, tutsi ou twa et sacrée.
Une bonne constitution et des scrutins électoraux convenables sont
nécessaires.
Les institutions doivent impérativement être co-gérées
par les communautés ethniques en conflit, garantir et renforcer l’Etat
de droit. Toutes les communautés ethniques doivent être représentées
dans les différentes institutions à des niveaux tels que leurs
intérêts vitaux soient toujours défendus. Le système électoral
doit permettre à tous les citoyens de choisir leurs dirigeants à tous
les niveaux. Les deux communautés en conflit de sang doivent être
suffisamment représentées dans tous les organes de l’Etat
et ne peuvent être rassurées que par une réelle co-gestion
intercommunautaire des affaires publiques. Tout candidat à un mandat électoral
doit rechercher la confiance dans toutes les communautés. L’élection
du Président de la République doit se faire sur base d’une
alternance communautaire.
Les Burundais doivent prendre le bon exemple qui se fait ailleurs. Le monde
est devenu un village planétaire où, indépendamment
de la couleur de leur peau et de leur pays d’origine, tous les hommes
et toutes les femmes cherchent à se tailler une place. Les Burundais
doivent dépasser leurs ethnies, s’armer du savoir, du savoir-faire,
du savoir-être et de l’art du faire-savoir pour développer
leur pays et combattre ce qui les divise. Ils doivent se chercher des dirigeants
qui sont propres, qui font preuve d’un sens de responsabilité,
de lucidité, de courage politique et d’honnêteté,
animés d’un minimum de volonté et ayant un réel
amour de leur patrie.
Il est visible que beaucoup d’organisations non-gouvernementales étrangères
impliquées au Burundi prêchent les idées de leurs bailleurs
qui encouragent ceux qui ont en tête le programme d’extermination
des Tutsi. Les victimes du génocide contre les Tutsi se posent toujours
la question sur le crime qu’ils ont commis pour qu’il en soit
ainsi.
Les citoyens du Burundi et du Rwanda doivent lutter contre les manipulations
ethniques de ceux qui se battent pour le pouvoir car des Tutsi ont souffert à cause
de Tutsi qui étaient à la tête de l’Etat au Burundi
et des Hutu ont été persécutés par les Hutu du
Rwanda au pouvoir.
Au Burundi, à une étape donnée, le régime de
M. Micombero a commencé à favoriser les Tutsi de Bururi au
détriment de ceux des autres provinces. J. B. Bagaza, après
s’être méfié des Tutsi des autres provinces que
Bururi, a fait la même chose avec ceux de Bururi (de Matana et de Vyanda),
il s’est attaché beaucoup aux Tutsi du sous-clan Bayanzi. Au
moment de sa prise de pouvoir en 1976, il a tenu à envoyer en exil
M. Micombero, seul sans sa famille, en Somalie. Il y décédera
en 1983, d’une mort que certains ont trouvée suspecte.
Au Rwanda, dans les années 70, des dizaines de dignitaires hutu de
la première république ont péri en prison dans la fameuse « section
spéciale » de la prison de Ruhengeri, alors que Grégoire
Kayibanda, en résidence surveillée dans sa maison de Kavumu,
est mort fin 1976 suite à un manque de soins.
En 1994, sous le régime de J. Habyalimana, on constatait qu’il
y avait un conflit à caractère régional. Même à l’intérieur
de la région dominante, on voyait des antagonismes à une échelle
plus réduite. Ainsi dans le Nord, les préfectures de Gisenyi
et de Ruhengeri s’opposaient, alors que, dans Gisenyi, le Bushiru s’affrontait
au Bugoyi. Même un cercle plus restreint s’était formé autour
J. Habyarimana : Akazu.
Ce qui est encourageant pour les victimes du génocide contre les Tutsi,
c’est qu’en 2006, le Parlement français a voté une
loi pour sanctionner ceux qui nieront le génocide des arméniens,
commis il y a plus de 90 ans et que l’amnistie que s’était
accordée Pinochet au Chili, a été levée avant
sa mort. Les victimes burundaises ne doivent pas relâcher dans leur
lutte de dénoncer le génocide. Je me souviens toujours de cette
phrase écrite sur la première page d’un livre qu’un
rescapé du génocide contre les arméniens m’a fait
cadeau, au cours de la conférence internationale sur le génocide à Kigali
en 2001. Il a écrit : « Pour nos amis du Burundi, sachez que
vous n’êtes pas seules en lutte contre le négationnisme
et l’impunité ».
En fait c’est que tous les crimes de génocide qui se sont
commis dans le monde avaient des concepteurs bien outillés. Les ciblés
de la région par ce génocide et tous ceux qui sont opposés à ce
crime, doivent mettre en œuvre tous les moyens à leur disposition
pour refuser leur extermination. Il doit y avoir au monde de bonnes âmes
qui sont contre l’extermination des Tutsi.
Tous contre le génocide des Tutsi, nous vaincrons.
Ir Rutamucero Diomède
Président du Mouvement PA-Puissance d’Autodéfense-Amasekanya
|