Les ex-FAB tirent leur révérence,
tête haute.
Exit les Forces Armées burundaises (FAB). Mais chapeau bas pour ces
braves militaires des ex-FAB qui, en dépit de leur courage souvent
ignoré et leur destin parfois tragique, n’ont pas du tout démérité sur
le champ de bataille, y compris ceux qui n’en sont pas revenus. Que
Dieu ait leur âme !
Pour paraphraser un aphorisme populaire rundi,
ces ex-FAB tirent leur révérence, sans avoir cassé leurs
arcs (ntibavunyimiheto). Par la force des choses, les corps de défense
et de sécurité ont jeté du lest et une bonne frange
de militaires se sont retrouvés, du jour au lendemain, dans la rue.
Broyant du noir comme de bons à rien. Sacrifiés à l’autel
de la réintégration et de la compression des effectifs pour
faire plaisir au monde ou plus exactement aux bailleurs de fonds. Mais le
Burundi brûle toujours et le feu du génocide couve toujours.
Les ex-FAB, même démobilisés, doivent garder toujours
l’esprit alerte et armé, pour servir de rempart et faire barrage à tout
dérapage à tendance génocidaire.
Car leur dignité et
leur bravoure n’ont pas été entamées pour autant.
C’est ainsi qu’ils devraient rester dignes et éveillés,
où qu’ils se trouvent dans le pays aujourd’hui. Comme
d’aucuns le savent, le vent de démobilisation qui vient de les
balayer (et qui devrait durer encore comme le préfigure un autre avis
de tempête) avait eu bien de signes avant-coureurs, matérialisés
par la trahison d’un leadership plus attaché au ventre qu’à la
survie de la communauté et à la paix dans le pays.
En tête
de liste, au chapitre des traîtres, figure, bien sûr, le major
Pierre Buyoya qui, après avoir ouvert la boîte de Pandore, a
conduit le pays dans une fausse route qui, au bout, auréole curieusement
les bourreaux et humilie les tutsis, victimes du génocide depuis 1993.
Qu’on se le dise encore, Pierre Buyoya et ses proches conseillers militaires
(Léonidas Nijimbere et consort), souvent plus royalistes que le roi,
resteront toujours dans l’opprobre d’avoir trahi leur communauté.
Voilà ceux qui ont cassé leurs arcs, au propre comme au figuré.
Interrogé sur la précipitation qui entoure le très controversé processus
de démobilisation, l’ex président burundais Pierre Buyoya
s’est récemment montré critique et très indigné.
Mais comme chacun sait, ce n’était qu’un émoi de
façade. Car il reste le principal artisan du démantèlement
de l’armée burundaise.
Qui aurait oublié sa confidence
fétiche en matière de réforme de l’armée, "Quand
on réforme une armée, on le fait et on le dit jamais".
Son agenda était donc clair : démanteler l’armée
burundaise. Une armée dont le professionnalisme était notoirement
connu à l’échelle africaine. Pour secouer le cocotier,
son stratagème fut notamment d’embourgeoiser les meilleurs officiers
des Forces Armés Burundaises (FAB) pour mieux les distraire , leur
trouver d’autres centres d’intérêt et diluer l’essence
même de leur mission en tant que chefs militaires. Et pour réformer
sans le dire, Pierre Buyoya a envoyé des dizaines de bataillons aux
mouroirs, dans de véritables guets-apens montés avec sa complicité.
Les militaires terrassés lors des attaques de Kinama, Kamenge, Nyamutenderi
et ailleurs se comptent par milliers. Comme en témoignent les rescapés
et autres miraculés, Pierre Buyoya leur avait intimé un ordre
(militaire !) de ne jamais tirer sur un rebelle, fut-il armé et entrain
de tuer. « Il faut le capturer vivant pour des interrogatoires ultérieurs ».
Et parmi ces hauts gradés de l’armée, Pierre Buyoya a,
personnellement, plus d’un cadavre dans le placard. Et depuis belle
lurette. Les colonels Edmond Ndakazi, Firmin Sinzoyiheba, ainsi que leurs
compagnons, ont été tragiquement grillés dans de mystérieux
crashs d’hélicoptères. Le colonel Léonidas Maregarege
qui lui voue aujourd’hui un culte immodéré, a failli
périr dans les mêmes circonstances au dessus de la forêt
profonde de la Kibira. Mais il y a laissé un pied. Bien d’autres
officiers supérieurs ont péri sur la terre ferme, dans des
circonstances tout aussi mystérieuses. Le colonel Lambert Sibomana,
Pascal Ntako, etc.
Un véritable tueur en série qui, dans un
de ses rares écrits, vante son action politique en l’inscrivant
dans le cadre d’une mission. « Mission possible. ... mission
réalisée, je partirai! ». En dépit de ses larmes
de crocodiles, il a le sentiment du devoir accompli. Lui qui, pour mieux
aider encore les génocidaires à réaliser leur projet,
Pierre Buyoya est resté maladivement mou, face aux auteurs des massacres
de Ntega-Marangara en 1988. Au contraire, il les a solennellement félicités
en les gratifiant de maisons flambant neuves, alors que le sang de leurs
victimes tutsies courait encore. Plus tard en 1993, il a contribué à enterrer
un rapport onusien qui reconnaissait que les Tutsis du Burundi avaient bel
et bien été victime d’un génocide. Et pour jouer
le malin, il vient de dénoncer la préparation d’un génocide
contre les membres de la communauté tutsie.
La rédaction de SurviT-Banguka.
|