Actualité du 20 juin 08 (SurviT-Banguka)
Burundi-sécurité
Après les FNL, les Démobilisés FDD.
Bujumbura le 20 juin 08 (SurviT-Banguka)
La nature a horreur du vide, dit-on. La maxime est bien illustrée
dans les différentes communes de Bujumbura rural où les milliers
de démobilisés des CNDD-FDD/autres mouvements armés,
ainsi que de nombreux autres jeunes hutus, se sont rués sur leurs
armes pour semer la terreur. Profitant précisément du vide
laissé par les combattants FNL qui sont entrain de regagner les points
de pré cantonnement. Nous l’avions déjà signalé,
ces armes avaient été massivement distribuées par le
parti au pouvoir pour que ce cocktail de milices lui vole au secours dès
qu’il fera appel à lui.
En guise de premier coup de main, ces
miliciens viennent de signer une expédition punitive dans les différentes
communes de Bujumbura rural pour sanctionner les nombreuses familles dont
les jeunes sont irrésistiblement séduits par la rébellion
des FNL. Des personnes tuées à la grenade et au fusil, des
maisons vandalisées, des biens pillées, etc. Les dégâts
son immenses et la colère grande chez les habitants des communes Bugarama,
Kabezi, Nyabiraba et Mutabu.
Mais ces jeunes se font enrôler dans cette
rébellion, dans le souci de bénéficier du pécule
de démobilisation dans les prochains jours. Et au delà de l’idée
de gonfler ses effectifs pour atteindre rapidement une vingtaine de milliers
de combattants qu’il prétend avoir, Agathon Rwasa séduit
aussi les électeurs hutus que le pouvoir CNDD-FDD a lamentablement
déçus. Mais les miliciens restent bien là pour défendre
becs et ongles le CNDD-FDD dont le capital-confiance, auprès des Hutus
bien sûr, est littéralement érodé. Il ne lui restera
qu’à se venger sur les tutsis, qui, bien qu’ils n’appuient
pas ouvertement Agathon Rwasa, traînent un péché originel
d’être nés tutsis.
Burundi-Assemblée Nationale :
Le CNDD-FDD ne veut plus de groupes parlementaires.
Bujumbura le 20 juin 08 (SurviT-Banguka)
Pour remettre en marche l’Assemblée Nationale, le CNDD-FDD
veut s’assurer de pouvoir conduire la barque sans encombre. Et il est
convaincu qu’il aura du mal à gagner l’approbation des
autres partis. C’est ainsi qu’il est entrain de batailler ferme
pour arriver à composer un Bureau qui lui soit docile, à l’image
de l’honorable Pie Ntavyohanyuma, actuel président de l’Assemblée
Nationale. Pour y arriver il vient de proposer d’amender certaines
dispositions du Règlement d’Ordre Intérieur de l’Assemblée
Nationale, particulièrement en ses articles 19 et 20.
Le texte amendé devient
: «Le Bureau de l’Assemblée Nationale comprend un président
et deux vice-présidents et doit être multipartite….la
composition du Bureau doit respecter les équilibres ethniques et de
genre….le président et les vice-présidents sont élus à la
majorité des deux tiers, un à un au scrutin secret sur présentation
des candidatures de candidatures libres… ».
C’est cette
notion de candidature libre qui est particulièrement absurde, innovante,
mais naturellement favorable au forcing du parti présidentiel. L’idée
qui est derrière cet amendement étant que les députés
qui lui sont inféodés voteront massivement pour les candidats
indépendants, qu’ils soient Hutus ou Tutsis (Kiganahe). Le Bureau
qui sortira de ce genre d’élection sera ainsi taillée
sur mesure. Et les véritables groupes parlementaires n’existeront
plus. Du coup, le parti aura la cour constitutionnelle, la cour suprême
et l’Assemblée Nationale pour conduire impunément le
pays à la dérive.
Burundi-Justice
L’indépendance du juge est d’abord dans son cœur,
dixit le président de la cour africaine des droits de l’homme.
Bujumbura le 20 juin 08 (SurviT-Banguka)
Au Burundi, on glose encore sur l’indépendance du juge. Car
les juges qui se laissent acheter par le pouvoir salissent lamentablement
tout le système judiciaire. Le cas le plus récent qui fait
encore couler encre et salive est celui qui est en rapport avec les récentes
décisions de la Cour Constitutionnelle, de chasser plus de vingt députés
dissidents du parti présidentiel. La lecture du droit, volontairement
biaisée, a laissé sidéré plus d’un observateur.
Car la Cour aurait dû se baser sur le cas d’un député qui
en perd la qualité, plutôt que le cas d’un député qui
entre à l’Assemblée Nationale. Mais cela pose la question
fondamentale de l’indépendance de l’indépendance
du juge au Burundi. Et pour Gérard Niyungeko, président de
la cour africaine des droits de l’homme les juges y sont certainement
pour quelque chose : « L’indépendance du juge est d’abord
dans son cœur : si, dans son for intérieur il n’ose pas
s’engager rigoureusement pour dire le droit et rien que le droit, il
restera toujours à la merci du premier corrupteur venu », explique-t-il.
Mais rien d’étonnant au Burundi, un pays où depuis août
2005, chaque juge jure, avant toute promotion/engagement, de faire la volonté du
parti au pouvoir afin de l’aider à mettre en exécution
son programme. Pareille lettre manuscrite signée par Jean Bosco Ndikumana
(actuel ministre de la Justice) vient de tomber dans la rédaction
de l’une des radios privées du Burundi. On n’en revient
pas.
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