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Les Hutus font main basse sur le pays….les Tutsis se résignent.

Cela fait plusieurs mois que l’actualité burundaise est dominée par une série de péripéties qui émaillent la lancinante guéguerre entre des organisations ou partis politiques hutus. Des partis, qui, après avoir mis sur le carreau toute la communauté tutsie, se disputent aujourd’hui avec acheminement quelques parcelles de pouvoir.

Que ce soit à l’Assemblée Nationale, au Gouvernement ou dans les autres structures. Qu’importe! Dans leur for intérieur, ces leaders hutus, toutes tendances confondues, sont pertinemment convaincus que la lutte est quasiment interne. Puisque le Tutsi, leur ennemi commun, a déjà mordu la poussière, au propre comme au figuré. Vu au travers le prisme de l’idéologie génocidaire hutue encore ambiante au Burundi, c’est tout bon. Car cette lutte pour le pouvoir oppose les fils légitimes du pays, en l’occurrence les Hutus.

Abstraction faite pour quelques bâtards Tutsis (Sendegeya, Kiganahe, Ndarubagiye etc,..) qui ont curieusement pris l’option de prêter main forte aux fossoyeurs des membres de leur communauté. Pour les hutus, la cause a donc été entendue. Exclus, a priori de toute compétition politique, les Tutsis sont désormais voués à la mort. Physique, politique, économique, sociale, etc. Le sort est jeté, en définitive. Et malgré cela, ils sont globalement résignés, piteusement soumis à leur tragique destin.

Incapables de se trouver un leadership éclairé, qui pourrait leur frayer la voie pour une vie digne et épanouie. Même les questions fondamentales qui constituaient, hier encore, la toile de fond de la lutte pour la garantie de survie et l’égalité de chance entre toutes les ethnies sont aujourd’hui reléguées aux oubliettes de l’histoire. La loi fondamentale (Constitution) qui procède de l’accord d’Arusha n’est plus qu’un piètre chiffon. Le parti au pouvoir (CNDD-FDD n’avait d’ailleurs jamais fait mystère de son dégoût face à ce compromis qui laisse la vie sauve aux Tutsis.

Et ces derniers laissent faire faire. Aucun homme politique tutsi n’ose plus parler de l’alternance entre Hutus et Tutsis au sommet de l’Etat. Les acquis des fameux Accord d’Arusha sont donc progressivement enterrés. Les quotas à l’armée et à la Police ne sont plus que de vagues souvenirs. Et parallèlement, le pouvoir ouvre largement la porte pour accueillir l’afflux massif et encouragé des Hutus. Au même moment, les Tutsis sont forcés à tirer leur révérence dans les mêmes proportions.

C’est hallucinant. Mais bien que la quasi-totalité des leaders tutsis soient aujourd’hui plongés dans une apathie maladive, il est plus qu’urgent qu’un certain leadership tutsi puisse émerger, fût-il du néant, pour prendre en main le destin de la communauté. Car c’est alors et alors seulement que les Tutsis survivront à ce rouleau compresseur de l’exclusion multidimensionnelle dont les membres de la communauté tutsie sont continuellement victimes. Bien que face à l’hydre hutu, protéiforme par essence, la bataille semble perdue d’avance.

Mais seuls les combats qu’on ne mène pas sont en réalité perdus d’avance. Par les temps qui courent, le parti UPRONA qui affirme cristalliser la conscience tutsie s’attelle à ratisser large pour rapprocher les militants profondément divisés et éparpillés dans des ailes fantaisistes. L’heure est venue pour cette organisation d’assumer ouvertement ses responsabilités, quel qu’en soit le prix, afin d’être effectivement le creuset de ce rassemblement des Tutsis. Issus de tous les partis.

Un véritable cadre de revendication des droits de la communauté. Car visiblement, il leur est fatalement impossible de défendre leurs intérêts aussi longtemps qu’ils seront ,dilués dans la galaxie d’organisations hutues fondamentalement fédérées autour de la même cause (exclusion du Tutsi), en dépit des quelques nuances de forme qui constituent encore leurs rares points de divergence. Revenons-y, bien qu’il ait touché le fond, avec le pic génocidaire en 1993, et que des ratés s’observent encore, le Burundi est un pays qui, aux yeux du monde (communauté internationale) se démocratise. Agathon Rwasa qui faisait bande à part a rejoint ses frères. A la grande satisfaction de la communauté internationale.

Cette dernière ne s’émeut d’ailleurs pas outre mesure de la tourmente actuelle, puisque les partis politiques hutus luttent pour le pouvoir et que celui qui est aux affaires y a été porté par le peuple. C’est bien bon. Mais les Tutsis ne devraient pas ignorer que cette même communauté internationale ferme obstinément les yeux sur des réalités atroces liées précisément à cette exclusion de toute la communauté. Que ce soit l’ONU, l’Union Africaine ou Européenne, aucune organisation n’est suffisamment informée sur la menace qui pèse sur la communauté Tutsie.

Pourtant, les leaders tutsis, pour peu qu’ils veulent regarder la réalité en face, sont pertinemment convaincus que les tutsis sont massivement chassés des entreprises pour des broutilles (syndicalisme, détournements, incompétence, faillite, etc.) et que tous les ministères ont un code secret qui consiste à chasser sinon rétrograder tous les tutsis quel que soit leur niveau. La ministre de la Fonction Publique semble y exceller. Car elle a déjà battu le record de l’humiliation de chefs de services tutsis. La grogne est sonore.

Allez vérifier. La conscience doit donc être collective. Autant que l’est la condamnation et la disparition. C’est pourquoi même les étudiants, en l’occurrence ceux de l’Université, doivent s’impliquer activement dans l’élaboration de l’avenir du pays. Pour ne pas être désagréablement surpris demain.

Edmond Ndekatubane.





 

 

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