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Rétrospective 2007 ou l’épilogue d’une autre année chagrin.

Comme ce fut le cas l’année dernière, c’est encore une fois avec une grande amertume que les Burundais bouclent l’année 2007. Mêmes causes. Mêmes effets. Le CNDD-FDD qui tient démocratiquement les rênes du pouvoir depuis août 2005 est en effet resté égal à lui-même s’il n’a pas battu son propre record dans la déconstruction de tout l’édifice national. Au chapitre politique, le bilan est maigre.

Car il se résume en crise institutionnelle (gouvernement /parlement), née de l’implosion du CNDD-FDD, elle-même consécutive à la chute controversée de Hussein Rajabu, ancien président du parti. La seule lueur d’espoir n’arrive qu’en novembre dernier, avec l’ouverture politique initiée par le dernier remaniement politique. Les partis FRODEBU et UPRONA ont réintégré les institutions et le Dr Yves Sahinguvu a relayé Martin Nduwimana à la 1ère vice-présidence. Depuis lors, des brèches ont été colmatées : la police fait le ménage en son sein.

Et gare aux brebis galeuses comptables d’assassinats, viols et autres cas de vols. Le nouveau premier vice-président promet d’en faire son cheval de batail. Mais globalement, la politique a désespérément vacillé au cours de l’année. Avec un effet d’entraînement sur les autres secteurs. L’économie bat de l’aile. L’insécurité se généralise et les Droits Fondamentaux sont toujours en veilleuse. Un rapide coup d’œil rétrospectif sur les douze derniers mois suscite la moue. Tant le tableau est sombre. Comme elle avait commencé, cette année s’achève sur un climat morose au chapitre économique. L’aide extérieure est restée gelée, en raison de la prédation caractérisée de l’Etat.

Le franc burundais s’est déprécié de plus de 40%. Tous les prix des produits et autres services de base ont pris l’ascenseur et, paupérisée comme elle ne l’avait jamais été, la population broie du noir et ne sait plus à quel saint se vouer. Pendant ce temps, les gagas du CNDD-FDD missionnés pour gérer cette économie qui s’anémie à vue d’œil s’en faisaient ostensiblement pleins les poches. Du ministre au simple directeur, en passant par le patron de la banque des banques (BRB). Plus gourmand mais moins veinard que les autres caciques du parti aux mêmes appétits gloutons des deniers publics, Isaac Bizimana, gouverneur de cette banque centrale, a fini sa course dans la prison centrale de Mpimba. La police avait débusqué une bagatelle de 50.000 dollars enfouis sous son matelas, à son domicile.

C’est un autre record quoique peu enviable. Bien d’autres dossiers de fonds publics volés ont vu le jour, en l’occurrence le paiement indu de plus de 23 milliards de francs burundais à la société Interpétrole. Denise Sinankwa, ancienne ministre (tutsi) des Fiances a joué le fusible dans cette affaire, victime expiatoire d’une mafia concoctée par le directoire du CNDD-FDD. Conscient que Mme Denise n’était qu’un simple épouvantail, le président burundais Pierre Nkurunziza négocie déjà en coulisses avec Taruk, patron de la société indexée, en vue d’un éventuel compromis extra judiciaire. Puis vient Globex Trading Corporation. Cette société anglaise qui a fourni des camions Mercedes à l’Armée et des camionnettes aux administrateurs communaux. Du bis repetita. Comme dans le précédent dossier sur le carburant, la même ministre des Fiances a procédé, en mai dernier, au paiement indu de plusieurs milliards de francs burundais au vu et au su des mêmes autorités.


Le chapitre sécuritaire présente cette même grisaille. Des centaines de prétendus dissidents FNL ont été décimés à Kinama, Buterere, Kayanza et dans plusieurs autres localités du pays. Mais comme toujours, la communauté tutsie fait éternellement doublement figure de cible et victime. Rien qu’en octobre dernier, des présumés combattants FNL enlevaient dans la zone d’élevage de Mpanda, deux officiers supérieurs tutsis de la Police. Pour forcer, prétextaient-ils, le gouvernement à libérer leurs collègues détenus à Bujumbura. Comme pour encourager ces rapts antitutsis, le gouvernement CNDD-FDD a fait sourde oreille. Les policiers sont toujours portés disparus. Leurs familles viennent de réactiver vainement la sonnette d’alarme.

D’autres cas d’agression dont les tutsis ont été victimes se recensent notamment dans la commune Kabezi (Bujumbura rural), Ruyigi et Cankuzo où des familles entières ont été littéralement balayées. Au centre-ville de Bujumbura, un jeune officier tutsi en passe de se marier a été froidement abattu avec sa copine, en plein jour. Au nord du pays, le lynchage d’un jeune commerçant tutsi à Kirundo a provoqué la panique dans toute la communauté. Croyant à la réédition du génocide de 1993, plusieurs centaines de tutsis ont fui vers le Rwanda voisin.

Plus récemment encore, Bround Ndarishikanye, un jeune cambiste tutsi, a été tué par des terroristes en armes et uniforme militaire à son domicile. Le lendemain, cette même main criminelle a frappé en plein quartier officier de Kinindo, Clément Karikurubu, un colonel tutsi en retraite.
2007 aura donc été une année de non droit au Burundi.

Le droit à la vie n’est plus assuré et le bloc des droits économiques et sociaux est gommé d’un trait. Le malaise social atteint son paroxysme avec le déclanchement d’une grève générale illimitée, pour plus de 80% des fonctionnaires de l’Etat. Les syndicats étant irrités par la versatilité du président de la république qui a du mal à tenir ses promesses (34% d’augmentation de salaire promise et jamais payée) et le favoritisme de certaines catégories de travailleurs (augmentation exagérée des salaires des magistrats de la Cour Anticorruption).

Le système éducatif cafouille, en particulier à l’Université publique de Bujumbura. Profitant d’un banal incident de bizutages, Saïdi Kibeya, ministre de l’Education Nationale et de la Recherche Scientifique vide tous les Homes universitaires des Etudiants pour désincruster les irréductible tutsis que le CNDD-FDD a toujours considérés comme un gang de déplacés en armes. Dans la foulée, le même ministre fausse les enquêtes et incrimine les étudiants tutsis étrangers à l’incident initial. L’année se boucle donc dans une confusion quasi totale.


 

 

 

 

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