Actualité du 4 mars 2010 (SurviT-Banguka)

Burundi – fonctionnaires

Le malaise enfle à vue d’œil

Bujumbura le 4 mars 2010 (SurviT-Banguka)

La grogne est encore sonore et tous azimuts chez les fonctionnaires de l’Etat. Mais les plus grincheux sont particulièrement dans les secteurs de la santé et de l’éducation. Certes, depuis le début de cette année, les médecins sont plutôt tranquilles, le gouvernement leur ayant fait quelques concessions pour colmater les brèches car ils menaçaient de migrer massivement vers le Rwanda voisin. Mais les infirmiers sont encore amers et ils promettent de déclancher une grève massive et illimitée si le gouvernement n’en fait pas autant pour eux, en dissipant notamment les profonds écarts de salaires observés entre les infirmiers des hôpitaux autonomes et ceux des hôpitaux purement publics. C’est aussi déjà dit du côté de l’enseignement. Les quatre syndicats des enseignants du volet public (CONAPES, SLEB, STEB et SYNAPEP) ont lancé un préavis de grève illimité. Tout devrait se caler dès le 8 mars prochain. A toutes fins utiles, ils ont sorti un autre communiqué de presse le 3 mars pour rappeler au gouvernement que leur décision est sans appel. Le prochain mouvement de grève s’annonce monstre « si dans un délai d’une semaine », le gouvernement ne satisfait pas à leurs revendications. Pour rappel, les enseignants réclament le versement immédiat de tous les arriérés de transposition pour les années 2007 et 2008 attendu depuis trois ans, le déblocage du salaire du mois d’octobre 2009 retenu « injustement et déboursé pour certains enseignants sur des critères sectaires et non élucidés », la mise en place d’une commission mixte chargée d’étudier la question des sous-contrats comme cela avait été fait lors du reclassement. Le gouvernement entend procéder au remboursement de ces arriérés en étalant cette opération sur une période de 5 ans ; soit entre 2011 et 2016 avec une « incertitude qui dénote une mauvaise volonté. ». Les enseignants jugent cette démarche inadmissible. Ce serait, disent-ils, une remise en cause de la loi portant statut général des fonctionnaires qui aurait été mise en application depuis janvier 2007. « Alors qu’on attendait la publication du rapport de la commission d’harmonisation des salaires, le gouvernement crée des enclaves de favoris en faisant des augmentations de salaires pour certains secteurs au détriment des enseignants qui représentent la majorité des fonctionnaires de l’Etat du Burundi ». C’est de bonne guerre et le gouvernement ou plutôt le parti qui présidentiel risque de se mettre à dos une bonne partie de l’électorat en faisant sourde oreille par rapport à ce malaise général.

 

Burundi-cultures de rente

Les paysans tournent le dos, la production va decrescendo

Bujumbura le 4 mars 2010 (SurviT-Banguka)

Non contents d’être constamment grugés par les commis de l’Etat qui les sucent impunément, les caféiculteurs et les cotonculteurs burundais sont démotivés. Les champs ne sont guère entretenus. D’autres privilégient les cultures vivrières plus rentables. Dans les provinces de Ngozi et Kayanza, certains préfèrent vendre la cerise au Rwanda voisin qui, conscient de cette situation et voulant naturellement en profiter, a érigé des stations de lavages le long de la frontière avec le Burundi. Le prix au kilo y est de loin supérieur qu’au Burundi et la corruption y est pratiquement bannie. Ce désamour des paysans s’observent aussi dans la filière coton. A l’instar des autres entreprises publiques, la COGERCO bat de l’aile, naturellement coulée par le CNDD-FDD au pouvoir. Les cotonculteurs ne son plus payés. Démotivés, ils tournent le dos au coton et cherchent d’autres cultures ou centres d’intérêt. La production en pâtit aussi et aujourd’hui, la COGERCO menace de retirer des terres aux planteurs de coton récalcitrants. Selon le chef de région Imbo nord, M. Mathieu Bidahana, des terres cotonnières vont bientôt être retirées à des planteurs qui ne respectent pas les conventions avec la COGERCO pour être attribuées à d’autres qui veulent l’augmentation de la production du coton. Les paysans ont en effet décidé de mélanger le coton avec d’autres cultures vivrières en l’occurrence le maïs. C’est d’autant plus inquiétant pour la compagnie de gérance du coton qu’elle est à trois mois de la récolte. « La démotivation des producteurs est à l’origine de la chute de la production : l’année dernière, la COGERCO s’attendait à 3.000 tonnes de coton graine pour 1.660 hectares de plantation, mais elle n’a récolté que 1.300 tonnes, c’est-à-dire une perte d’à peu près 1.700 tonnes, raison pour laquelle les planteurs n’ont pas été primés », s’indigne l’agronome de la COGERCO. Mais les planteurs ne s’en laissent pas conter. Ils affirment que c’est plutôt dans ces cultures de maïs ou de haricot qu’ils tirent de l’argent pour l’entretien des champs cotonniers. La COGERCO, estiment-ils, devrait plutôt leur donner des engrais à crédit comme cela se faisait auparavant au lieu d’envisager de leur retirer des terrains cotonniers qui font partie des réserves de l’Etat.

 

 
     
     
     
     
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