BURUNDI- ELECTIONS 2010 : POUR UN FRONT DE DÉMOCRATES PATRIOTES ET HOMMES POLITIQUES RESPONSABLES.

Burundi : gros plan sur les élections annoncées


Le président burundais, Pierre Nkurunziza, a officiellement appelé le peuple Burundais à se préparer aux prochaines élections attendues en 2010. Cet appel solennel a été lancé le 4 septembre à Ngozi (Nord), à l’occasion d’une journée de mobilisation pour les élections, organisée par la Commission Electorale Indépendante.

Mais le numéro un burundais ne faisait qu’enfoncer une porte ouverte dans la mesure où, dans le pays, la fièvre électorale grimpe à vue d’œil depuis des mois. Le parti présidentiel bat la campagne depuis plus de quatre ans. Vu son bilan largement désastreux, ce parti n’a aucune de chance de rééditer le score de 2005. Pourra-t-il prendre acte du rejet massif qu’il inspire au peuple et au monde pour tirer sa révérence démocratiquement ? Rien n’est moins sûr.

L’aigle a déjà pris goût au pouvoir tant et si bien qu’il s’y accrochera par tous les moyens. Mais la communauté nationale et internationale est déjà en alerte. Tous les acteurs sociopolitiques du pays rongent leur frein pour mettre le CNDD-FDD au banc de touche le moment venu pour l’intérêt supérieur de la Patrie et de tous les burundais.


Des élections particulières en 2010


Selon de nombreux observateurs, ces consultations électorales attendues en 2010 sont particulières à plus d’un titre. Il s’agit, en effet, d’un premier rendez-vous électoral sans aucune bande rebelle derrière. Officiellement, les Burundais procéderont à ce rituel citoyen et démocratique dans un contexte post transition. Après une autre législature hutu.

Sur le volet névralgique de la sécurité, on remarque que les corps de défense et de sécurité sont aujourd’hui réformées et largement dominés par les hutus qui, hier encore, se disaient exclus et broyés par ces mêmes corps hyper tutsisés. Aujourd’hui, l’une des plus récurrentes questions aux lèvres des citoyens burundais épris de paix et de libertés tant hutus que tutsis porte sur leur degré de neutralité ou leur capacité de garantir l’ordre et la sécurité de « tous » avant, pendant et après les élections.

Mais la police a déjà annoncé la couleur en se politisant à outrance. Le policier d’aujourd’hui est en effet perçu davantage comme un militant du CNDD-FDD (parti présidentiel) que comme un agent de sécurité. « Quand on les voit, on les fuit », écrivait, l’année dernière, Human Rights Watch dans un de ses rapports sur le Burundi. Dans ces conditions, sauront-ils capables de sécuriser les élections ? Les élections attendues sont aussi particulières en ce sens qu’elles se dérouleront dans un contexte « post conflit ». L’idée de forces étrangères pour superviser ces consultations électorales est à priori exclue et tout dérapage sera géré à huis clos. A ce sujet, hutu et tutsi se disent déjà inquiets, connaissant l’arbitraire qui est le lot commun pour tous ceux qui ne sont membres du parti présidentiel ou qui n’en disent pas du bien.


Dans tous les cas, ce serait une lapalissade que d’affirmer que l’électorat est massivement hutu au Burundi. Les partis d’obédience hutu sont légion et aucun candidat n’émerge sérieusement hors du lot. Celui qui tirera son épingle du jeu devra donc batailler ferme pour sortir du lot. Manifestement, le parti CNDD-FDD qui contrôle le pays se sait mal-aimé, en raison de son total fiasco sur le plan politique, économique et social. Il a ruiné le pays et tué aussi bien les hutus que les tutsi qu’il promettait de réhabiliter (massacres de Muyinga, pauvreté généralisée).

C’est ainsi qu’il est exécrable à leurs yeux. Mais comme le dit l’adage populaire, à quelque chose malheur est bon. Les multiples dérapages de cet ancien mouvement rebelle (CNDD-FDD) ont suscité une différente et lente prise de conscience dans le pays, en l’occurrence dans la masse hutue historiquement bernée par des slogans aussi simplistes que manichéistes qui faisaient des hutus des opprimés et des tutsis des oppresseurs. Une des leçons apprises au bout du règne CNDD-FDD est que l’oppresseur peut provenir de la même ethnie que celle de la majorité de hutu.

Les prochaines élections devraient donc être différentes de toutes les précédentes car les Burundais semblent décidés d’élire un leader politique au lieu d’un leader hutu de bande armée. Mais n’allons pas trop vite en besogne : il persiste encore des signes extérieurs qui démontrent de la volonté de certains leaders de partis politiques d’user des même tactiques de la peur, de l’intimidation et des acquis de la rébellion comme outils de propagande à leur campagne électorale. Le parti en fin de règne le sait mieux que quiconque. C’est ainsi qu’il fait tout pour les retarder ou pour reporter son départ. Rien n’est encore décidé sur les textes qui devraient régir les élections, leur chronologie ou le bulletin de vote.

La Commission Electorale Nationale Indépendante manque cruellement de moyens financiers pour se mettre à l’œuvre. Témoin des manœuvres dilatoires du pouvoir en place et des velléités du parti présidentiel de manœuvrer à son avantage, la communauté internationale hésite à mettre la main dans la poche. Ainsi, la machine s’est calée et le CNDD-FDD en veut particulièrement aux organisations de la société civile et aux autres partis politiques. Mais le pays est aussi en déficit de leadership car à y regarder de plus près, les différents partis politiques sont en mal de véritables projets de société.

Mise à part la commune obsession du pouvoir et, par ricochet, de l’avoir et de s’enrichir rapidement par tous les moyens, rares sont les partis politiques burundais qui ont élaboré et conçu des programmes concrets de développement. Ils n’ont rien à vendre aux électeurs potentiels. Le bateau va continuer à naviguer à vue car le Burundi manque sérieusement d’hommes politiques responsables ayant un amour pour la Patrie et une vision éclairée pour le long terme.


Tentative de pronostic


D’aucuns estiment que les résultats seront serrés. A priori, quelques scénarii sont envisageables a priori : d’un côté, le parti présidentiel pourrait s’adjoindre ses satellites qui lui sont conjoncturellement inféodés, notamment le FRODEBU Nyakuri et le MSP-Inkinzo (après l’éjection encore controversée du Dr Rugambarara, ce parti a déclaré son alliance avec le CNDD-FDD) ; de l’autre, comme ils l’ont déjà annoncé à plusieurs reprises, une galaxie de partis d’obédience hutu (FRODEBU, FNL, CNDD, UPD, etc.) pourraient se liguer pour secouer le cocotier.

Au chapitre des scores, les deux camps seraient au coude à coude avec, l’un comme l’autre, des résultats oscillant autour de 40%. S’il fait bande à part et se prépare (organisations des primaires) pour aligner le bon candidat, le parti UPRONA pourrait, dans ces conditions, jouer à l’arbitre avec ses 20%. Mis à part ce jeu d’alliances, chaque parti peut faire cavalier seul et au finish deux candidats pourraient se dégager du lot pour se présenter aux présidentielles.

Ce serait sans nul doute un scénario de toutes les surprises. Visiblement, le champ des scénarii possibles est bien large. Mais l’unique scénario catastrophe est celui qui conduirait à la reconduction du Président Nkurunziza et du CNDD-FDD, un parti qui, cinq ans durant, aura plongé le pays au fond du précipice. C’est ainsi qu’il faut une relève politique dans tous les grands partis et un front de démocrates patriotes de toutes les composantes de la société pour sauver la patrie en danger.

En tout cas, cinq ans de plus pour le Président Nkurunziza et son parti sera un calvaire pour le Burundi et tous les burundais sans distinction d’ethnie, de région, de religion ou d’appartenance politique.

Kamikazi Chantal, politologue.
France
Commentaires : ckamikazi@voila.fr




 
     
     
     
     
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