Mot liminaire à la conférence de presse animée par les organisations
de la société civile du Burundi (OAG, FORSC, Ligue ITEKA, APRODH, OLUCOME) en date du 9 octobre 2009

Mesdames, Messieurs les Journalistes
Mesdames, Messieurs les représentants de la société civile

Avant de débuter cette conférence de presse, permettez-nous de marquer une minute de silence en mémoire du regretté Ernest MANIRUMVA, décédé il y a maintenant six mois, victime d’un assassinat dont les conditions n’ont toujours pas été éclaircies.
----
Merci.

Comme je le rappelai à l’instant, notre cher compagnon de lutte, Ernest MANIRUMVA, vice-président de l’OLUCOME, a été assassiné dans la nuit du 8 au 9 avril 2009. Cela fait maintenant six mois.

Dès le lendemain de cet assassinat, plus de 350 organisations de la société civile se sont regroupées pour dénoncer cet acte barbare et pour demander au gouvernement qu’une enquête libre et indépendante soit rapidement ouverte afin de faire la lumière sur ce crime et que ses auteurs soient traduits en justice. Devant l’absence d’avancée significative, nous avons lancé le 9 juillet une campagne intitulée « Justice pour Ernest MANIRUMVA» pour bien marquer notre détermination à rester mobilisés aussi longtemps que l’enquête n’aura pas abouti. Six mois après la disparition d’Ernest MANIRUMVA, force est de constater que les raisons de notre mobilisation restent inchangées.

Le gouvernement avait pourtant donné l’assurance qu’il ferait en sorte de mener une enquête déterminée. Un appui avait été demandé à la Communauté internationale, auquel l’Ambassade des Etats Unis – à laquelle nous renouvelons nos remerciements – a répondu en proposant la contribution du FBI. Une première commission d’enquête a été formée, rapidement remplacée, après deux semaines, par une deuxième commission qui devait rendre son rapport le 22 mai. Or, à ce jour, aucun rapport n’a été rendu, aucune explication n’a été fournie sur ce retard. Nous ne savons rien de la manière dont le FBI aura effectivement contribué à faire la lumière. En un mot, tout laisse à penser que l’enquête est bloquée.

Nous avons appris cette semaine qu’une troisième commission a été formée. Elle semble cette fois dotée des moyens financiers et logistiques nécessaires pour mener une investigation sérieuse. Son président, Monsieur Adolphe MANIRAKIZA, Premier Substitut Général près la Cour d’Appel de BUJUMBURA a été choisi sur critère de son efficacité selon le Procureur Général de la République et l’intéressé se dit très déterminé à aboutir.
Nous ne pouvons que nous réjouir de cette évolution. Cependant, les moyens matériels ne serviront à rien s’il n’existe pas, à tous les niveaux, une réelle volonté de faire éclater la vérité et de traduire les auteurs ainsi que les commanditaires en justice. C’est à ses fruits que nous jugerons l’arbre.

La première chose que nous attendons, c’est que la commission démontre sa détermination à agir en explorant toutes les pistes et, dans le respect bien sûr du secret de l’instruction, nous informe des avancées de son travail. Après six mois de silence, de promesses non tenues, six mois perdus dans le travail qui doit permettre la manifestation de la vérité, c’est la moindre des choses qu’elle puisse faire pour gagner la confiance des citoyens.

De nombreuses rumeurs circulent ci et là concernant cet assassinat, dans les organes de presse des pistes, parfois dignes d’intérêt, sont évoquées. L’esprit de nos concitoyens est embrouillé par cette profusion. Rien ne peut remplacer une enquête sérieuse, seule solution pour que la vérité remplace les hypothèses et les calomnies.

Pour l’instant, la nuit du 8 au 9 avril garde son mystère. Ce mystère pèse lourdement sur la paix des esprits et sur l’avenir de notre pays.

Notre mobilisation afin d’obtenir Justice pour Ernest va bien au-delà du seul cas de notre regretté compagnon. Nous portons aussi le deuil de chacune des victimes de la violence dans ce pays. Si nous sommes mobilisés, c’est que l’avenir de la société civile, de notre démocratie, de la paix à laquelle chacun des Burundais aspire, nous semble en jeu.

Ernest MANIRUMVA est probablement mort parce qu’il connaissait des vérités qui dérangent, il se battait pour que la société burundaise se construise autour de valeurs d’intégrité et de justice sociale. Il est mort parce qu’on a voulu le faire taire.
Chaque Burundais doit comprendre que l’assassinat d’Ernest MANIRUMVA est l’assassinat d’une partie de ses propres droits à la sécurité, à la justice, à la vérité.

Le combat de la société civile est un combat pour la paix. Pour que les désaccords, les conflits qui traversent le Burundi comme toute société humaine, ne se résolvent plus dans la violence, par l’intimidation, la répression, l’emprisonnement ou l’assassinat. Notre pays a payé assez cher pour savoir que l’impunité ouvre la voie vers un enfer que nous ne voulons plus connaître.

Notre vocation, en tant qu’organisation de la société civile, est de promouvoir les conditions d’un dialogue apaisé entre nos concitoyens, et entre les citoyens et les dirigeants de ce pays.

Notre rôle semble mal compris par certains qui voient en nous des opposants au pouvoir, des forces manipulées par des puissances étrangères, des traîtres à leur propre pays.

Nous sommes des citoyens burundais et nous n’exerçons rien d’autre que les droits reconnus à chacun des citoyens de ce pays : la liberté d’expression, le droit de réunion, le droit de demander des comptes à ceux qui se sont vus confier la responsabilité de gérer les affaires de tous.

Ce droit nous ne l’exerçons au profit d’aucune force politique en particulier, encore moins selon les directives de bailleurs de fonds internationaux. Nous l’exerçons parce qu’il nous semble de notre responsabilité de citoyens de renforcer notre démocratie.

Si nous vous avons invités aujourd’hui c’est aussi pour faire part à l’opinion de notre inquiétude pour l’avenir de la société civile et de la démocratie au Burundi. Nous notons depuis quelques mois des signes préoccupants d’une volonté du gouvernement de contrôler la capacité d’action de la société civile.

Notre inquiétude se fonde sur un certain nombre d’exemples de réunions de la société civile récemment interdites alors que les autorités administratives en avaient été informées à l’avance conformément à la loi :
- une journée d’information et de sensibilisation de la population sur les consultations nationales pour la mise en place des mécanismes de Justice de Transition organisée par FORSC a été interdite en province Karuzi le 29 /6/2009 ;
- Une activité organisée par la SPPDF (Synergie des Partenaires pour la Promotion des Droits de la Femme) a été interdite en province de Kayanza;
- Une activité organisée par la COSOME sur l’éducation civique et électorale des jeunes a été interdite la semaine passée à NGOZI ;
- Une activité sur la décentralisation organisée par l’OAG les 17-18 août 2009 à CANKUZO a été refusée par les autorités provinciales.

L’argument souvent avancé est que l’administration n’a pas été associée dans le choix des participants, ce qui serait une intrusion dommageable au fonctionnement de la société civile. Certains gouverneurs, comme celui de KARUZI, sont arrivés à s’arroger de pouvoirs dépassant le cadre légal en demandant des rapports trimestriels alors que la loi parle d’un rapport annuel adressé au Ministre de l’Intérieur.

C’est une évolution grave. Alors que nous approchons d’une période électorale durant laquelle un débat public libre, ouvert doit se dérouler, cette volonté de réduire au silence les organisations citoyennes que nous sommes ne laisse rien présager de bon. Ceux qui seraient tentés de faire taire les voix discordantes doivent en mesurer les conséquences. Un débat tronqué ne peut que nuire à la sincérité des élections et à la légitimité des élus. Des élus dont la légitimité est entachée par le manque de liberté scient la branche sur laquelle ils sont assis. Une société civile vivante, libre, capable de contribuer à l’animation du débat public est le meilleur allié de dirigeants politiques soucieux de préserver la paix et d’assurer la stabilité politique du pays.

La liberté d’action et de parole dont les citoyens burundais disposent aujourd’hui a été acquise dans la douleur. C’est un privilège auquel nous ne voulons pas renoncer. C’était le combat d’Ernest MANIRUMVA. C’est en sa mémoire que nous le continuons.

Je vous remercie de votre attention.





 
     
     
     
     
 1 Septembre 2009
Le site web tutsi.org relooké
Comme le dit un adage populaire, la nature a horreur du vide. Les deux mois de mise en sourdine du site www.tutsi.org ont laissé s’installer un silence aussi assourdissant qu ’insupportable.
  1 Septembre, 2009
Qui sommes-nous?





Vos réactions et suggestions sont les bienvenues.

 1 Septembre, 2009
Message de soutien, UPRONA
Message de soutien de SurviT-Banguka à la nouvelle équipe qui préside les destinées de l'UPRONA
 
 
 
ACTUALITEEDITORIALABOUT US ARCHIVESDIASPORACONTACT
Copyright (c) 2009 SurviT Banguka, All rights reserved.