Le Burundi en mal de leadership
Les Burundais cheminent progressivement vers de nouvelles
consultations électorales annoncées en 2010. Ils
auront l’occasion de changer de leadership ou de reconduire
l’équipe aux affaires aujourd’hui. Le moment
sera décisif pour la vie du pays qui a déjà mordu
la poussi ère.
Il sied donc de s’arrêter un moment
sur les ratés du Chef de l’Etat burundais, Pierre
Nkurunziza, pour lever le voile sur ces différents actes
maqués qui, à quelque chose malheur est bon, constituent,
quand même, une excellente illustration d’un vrai faux
leader. Un anti-modèle d’homme politique que les Burundais
devront massivement exécrer, toutes sensibilités
politiques confondues.
Cela pourrait aider les électeurs de demain à y voir
plus clair et éviter de tomber sur un os comme ce fut le
cas en 2005. Pour illustrer notre propos d’entrée
de jeu, partons d’un élément de l’actualité brûlante
de l’heure. Au moment où nous rédigeons ce
papier, le gotha du monde politique sort d’un important conclave à New
York où il planchait solennellement sur les grands sujets
de pr éoccupation planétaire.
Toujours égal à lui-même,
le président burundais a fait la fugue et a volontairement
raté cette excellente occasion de prendre part à ce
forum des grands, préférant aller piocher dans son
immense jardin d’ananas à Gisuru, au fin fond de la
province de Ruyigi, aux côtés d’un magma indifférencié de
paysans affam és, malades et sans espoir de lendemains meilleur.
La massification de la morbidité au Burundi reste, ironie du sort, le
pur produit du président Pierre Nkurunziza en quatre ans de règne.
Mais il n’en a cure ! Depuis près de trois semaines, il se complaît
plutôt dans des vacances prolongées et absurdes, louant l’Eternel
pour l’avoir maintenu en vie et au pouvoir quatre ans durant, malgré son
incompétence maladive (naturellement, cela tient du miracle).
Dans ses
accès de prophétie qui frise la profanation, le Chef de l’Etat
se met, au propre comme au figuré, au service de ces millions de déshérités
dans le seul souci de se faire un inégalable disciple de Jésus.
C’est ainsi qu’il n’hésite pas de laver les pieds des
déshérités et de partager des repas avec eux, assis à même
le sol. Six mille personnes ont récemment déjeuné à ses
frais dans la zone Rukeco de la province Ngozi au moment où le pays était
en larmes après l’attentat de Mogadiscio qui a happé ses
fils en mission de paix.
Chef de l’Etat depuis le 26 août 2005, le président burundais
est obsédé par l’idée d’être tragiquement,
sinon démocratiquement, détrôné un jour. C’est
ainsi que chaque anniversaire de son règne est fortement marqué par
des festivals de prédications et autres imprécations ostentatoires
pour demander à Dieu de prolonger infiniment et mystérieusement
son mandat.
Fort curieusement, dans ces moments d’euphorie quasi nationale,
il se fait piteusement et chaleureusement entourer par ses ménestrels,
toutes sensibilités politiques confondues, rivalisant d’ardeur pour
flatter le Chef de l’Etat (leur dieu à eux) afin de ne pas les virer
de leurs juteux postes.
Visiblement, le pays est en mal de leadership capable de le remorquer et
de le placer sur l’orbite du progrès et de la démocratie.
A l’échelle régionale, le Chef de l’Etat
burundais reste en effet un véritable nain politique sans
aucune vision pour son pays, encore moins pour la région.
C’est ainsi que la présidence de l’East African
Community (EAC) qui lui revenait de jure lui a subrepticement glissé sous
les doigts cette année, mais sans qu’il s’en
offusque outre mesure. Au niveau de l’opinion, ce mémorable
raté lui a fait boire la coupe de l’humiliation jusqu’à la
lie.
A lors que le compte à rebours a déjà commencé pour
sonner le glas de son règne en moins d’une année,
d’aucuns se demandent aujourd’hui si le président
burundais est le véritable maître de la situation
ou s’il n’est qu un homme de paille servant de simple
pantin.
Les questions névralgiques qui minent le pays restent manifestement
les cadets de ses soucis. Commandant suprême des armées, il ne
s’est pas empêché de rester muet comme une carpe sur le
récent double attentat suicide qui a coûté la vie à une
dizaine de militaires burundais, dont le commandant adjoint de la Missom, le
général major Juvénal Niyoyunguruza. Le président
du sénat, Gervais Rufyikiri, lui a damé le pion en présentant
ses sincères condoléances aux familles éprouvées.
Il s’est aussi déplacé en Somalie pour apporter soutien
et réconfort aux dizaines d’autres soldats blessés. L’engagement
militaire du Burundi en Somalie reste, par ailleurs, controversé. Les
Burundais sont unanimes à affirmer que leur pays ne pourra pas réussir
là où les Américains ont militairement échoué.
Magistrat suprême et président du conseil supérieur de
la magistrature, le Chef de l’Eta se refuse toujours de réagir
face à la persécution des juges abusivement mutés, licenciés
ou suspendus pour avoir écouté leur conscience et dit simplement
le droit.
Le chef d’Etat en fin de règne est aussi un as du mensonge.
Pour rappel, au plus fort du vrai faux complot ourdi contre l’ancien
président Domitien Ndayizeye, son adjoint Alphonse Kadege et leurs autres
compagnons d’infortune, Pierre Nkurunziza avait eu le culot de couper
l’herbe sous les pieds des enquêteurs, en jurant, la main sur le
cœur, que les prévenus étaient coupables d’un vrai
putsch. La suite lui a donné tort. Mais comme dit l’adage, le
ridicule ne tue pas. C’est ainsi que d’aucuns disent que le centre
de gravité du pouvoir est plutôt ailleurs. Le Chef de l’Etat
agirait par procuration et le mystère sera resté entier tout
au long du mandat du CNDD-FDD.
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