Burundi : pleins feux sur la galaxie des partis politiques à l’aube des élections de 2010


Le Burundais se préparent à un autre marathon électoral déjà annoncé en 2010. Les acteurs politiques rivalisent d’ardeur et de virtuosité pour gagner à tout prix le cœur d’un électorat qui, ironie du sort, est suffisamment éprouvé par la misère, l’insécurité chronique et grandissante, etc.

Ainsi, une kyrielle de 43 partis politiques déjà agréés affûtent chacun leur programme pour le vendre aux électeurs de demain. Mais à y regarder de plus près, il s’agit plutôt des programmes dangereusement éloignés des principales préoccupations de la population aujourd’hui. Rares sont en effet les leaders politiques qui articulent leur projet de société sur la relance de l’économie, l’accès aux services sociaux de base, la lutte contre l’impunité, les malversations, etc. Le sempiternel fer de lance de leur vision/ambition reste axé sur les sièges au parlement ou encore l’accès aux postes juteux de l ’administration.


Dans l’unique souci de pouvoir survivre politiquement après la saga de scrutins de 2010, l’on observe une décomposition/recomposition de la classe politique. Et ce processus remonte en réalité aux élections de 2005, précisément au lendemain du référendum constitutionnel qui a institué la démocratie majoritaire que récusait pourtant le fameux Accord d’Arusha pour la paix n é d’un long et laborieux processus de négociations.

Dans sa lettre et son esprit, cet Accord recommandait une cogestion du pouvoir entre Hutus, ligués à l’époque en G7 et Tutsis, polarisés à leur tour dans le G10. En pratique, cela devrait se traduire en l’occurrence par une alternance au sommet de l'état et surtout une représentativité mandatée par ces deux groupes respectifs.


Ainsi, la très controversée constitution de 2005 adoptée au forceps sous l’auspice de l’ancien président Domitien Ndayizeye, a passé un coup d’éponge sur la substantifique mœlle de l’Accord d’Arusha. Pour avoir tenté de se mettre en travers de la route de Domitien Ndayizeye dans son projet de griffer l’Accord d’Arusha, le vice-président de la République, Alphonse Marie Kadege a été éjecté de son siège, non sans fracas.


L’idée de pouvoir partagé est, certes, reprise dans l’actuelle constitution. Cette dernière reconnaît, par ailleurs, les communautés Hutus, Tutsis et Twa. Mais elle est diffuse et dangereusement diluée par le fait que les Tutsis peuvent se recruter dans des partis Hutus, ardents défenseur de l'idéologie de Gahutu Rémy et relayée par Melchior Ndadaye et autres Mirerekano, Nyangoma ou leur compagnons d ’hier et d’aujourd’hui.


Illustrons ce propos pour mieux l’étayer : Peut-on dire que Didace Kiganahe qui a bataillé ferme sous les couleurs du FRODEBU avant le récent désamour représentait les intérêts des Tutsis ? La même question se pose aujourd’hui sur Edouard Nduwimana, actuel Ministre de l’Intérieur ou bien d’autres Tutsis qui chantent, louent et quémandent en restant pieusement scotchés au système qui sous-tend l’immuable idéologie de l’ancien G7.

La cause de ce groupe ou de la galaxie de partis qui en sont issus a été entendue après plus de six décennies de lutte acharnée. Le système électoral basé sur un homme/une voix est bien instauré dans le pays et il exclut a priori les Tutsis de la gestion des affaires. Dans la foulée, l’armée qui hier était taxée de mono ethnique est déjà réformée de fonds en comble et le système judiciaire a changé de look dans le même esprit. Parce que leur cause a été entendue ou plutôt gagnée, les partis Hutus changent de front. D’où la décomposition/recomposition évoquée plus haut.


Nous sommes en face de nouvelles configurations politiques. Le nouveau combat est entre les grands et comme prévu, le nouvel enjeu est bassement lié au partage du gâteau acquis. Deux blocs sortent du lot : il y a d’une part le CNDD-FDD et ses satellites comme le FRODEBU-Nyakuri, piloté par Jean Minani et dans quelques jours le FNL-Nyakuri, etc. ; d’autre part, il y a l’UPD, le CNDD, les FNL, etc. qui carburent autour du FRODEBU pour détrôner coûte que coûte le CNDD-FDD.

Le nouveau fil rouge est donc limpide dans le camp hutu. Mais à n’en pas douter, le fonds de commerce de la brochette de partis hutus acculés à chasser sur le même terrain restera l’exclusion des Tutsis. Et pour prendre une avance sur le FNL, le langage antitutsi sera une constance. Ainsi, rien n’exclut que le CNDD-FDD soit accusé, demain, de collabo.

Pour avoir intégré les Tutsis, un tant soit peu, dans la gestion du pouvoir. Il sera coupable de n’avoir pas jugé les concepteurs du coup d'état qui a emporté Melchior Ndadaye et ses proches collaborateurs. Tous les dossiers de criminalité et des massacres de 1965, 1969, 1972 et de 1993 à nos jours reviendront sur surface. Les internautes n’en disconviendront pas, ce genre de discours est déjà présent sur certains sites comme en témoignent les récits sur les affaires Simbananiye, Mpozagara, etc.

Le CNDD-FDD s’inscrit déjà dans cette logique : nomination d'un chef d'état major hutu, absence du Chef de l'Etat aux cérémonies d'adieu aux braves officiers emportés par l'attentat de Mogadiscio, le drapeau de la Présidence qui n'a pas été en berne alors que le gouvernement a décrété 5 jours de deuil, la présence du Président à l'enterrement des ouvriers emportés par l'effondrement du building du parti CNDD-FDD en construction à Gitega, etc.


Pendant ce temps sur les vestiges de l’autre camp, en l’occurrence l’ancien G10, c’est la léthargie maladive. Seul le parti UPRONA semble faire peu neuve à la faveur de sa réunification et de sa démocratisation interne. Les autres partis qui avaient pignon sur rue (PARENA, MRC, etc.) se réduisent comme une peau de chagrin car les militants affluent irréversiblement vers l’UPRONA. Cette perspective de polarisation de petits partis autour de l’UPRONA est à encourager. Car c’est si et seulement si ces partis arrivent à s’accorder sur un même projet de société à vendre qu’ils pourront maximiser les 40% des postes politiques qui leur reviennent de jure, au regard de la constitution. Quoi qu’il en soit, le cavalier seul reste synonyme de suicide politique pour eux.


Le décor est ainsi planté à la veille de 2010. L’inflation de partis est hallucinante. En tentant de braquer les projecteurs sur l’historique de cette floraison, on remarque que c’est le major Pierre Buyoya, putschiste multirécidiviste, qui a ouvert la boîte de Pandore dans l’unique souci de diviser pour mieux régner. Dès son retour forcé en 1996, cet abyme de démocratie a en effet ouvert largement la porte aux opportunistes pour créer des partis politiques sans aucune base idéologique mise à part celle de s'enrichir via la participation aux négociations d'Arusha. Les leaders étaient aussi alléchés par l’obtention d’une jeep flambant neuve dont le révoltant prix oscillait autour de 80 millions de francs burundais. Soit le coût d’un centre de santé. D’où leur sobriquet « centres de santé ».

Les leaders de ces partis ont aussi rivalisé d’ardeur dans l’encadrement des milices pour les uns et le soutien à la rébellion pour les autres. On a encore en mémoire les fameuses villes mortes organisées à Bujumbura et la regrettable épuration ethnique opérée dans certains quartiers de Bujumbura.

Qui oubliera les exactions de la jeunesse déchaînée du FRODEBU étroitement encadré sous label JEDEBU par un certain Jean de Dieu Mutabazi (député transhumant et lui-même chef de parti). Tous les généraux actuels de l'ancienne rébellion commuée en parti présidentiel, en l’occurrence Alain Guillaume Bunyoni (ministre de la Sécurité), Adolphe Nshimirimana (patron du Service de Renseignement), Godefroid Niyombare, chef d’Etat major général de l’armée, Silas Ntigurirwa (il a siphoné le projet DDR et a fini à l’Etat-major au lieu de Mpimba), etc. encadraient et coordonnaient les milices et autres rebelles qui quadrillaient la capitale Bujumbura. Ce ne sont que des exemples ramassés à tous hasard pour ramener à la surface ce passé qui ne passe pas !

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