Ethnogenèse monstrueuse sur fond de génocide
entre
les Hutu et les Tutsi
Je vous donne l´exemple de la récente ethnogenèse quelque
peu monstrueuse sur fond de génocide entre les Hutu et les Tutsi.
Comment se fait-il que les Hutu n´étaient pas tentés
par le génocide au XVIIIe ou au XIXe siècle ? Au XIX e siècle,
Tutsi et Hutu du
Burundi étaient unis d´office pour combattre les Tutsi et les
Hutu du Rwanda qui, eux aussi, étaient liés.
Pourquoi ?
Parce qu´il y avait un processus nationalitaire en gestation entre
la nation burundaise d´une part et la nation rwandaise d´autre
part. A l´époque, il n´était pas question d´un
conflit entre les Hutu et les Tutsi du Rwanda, tellement les processus nationalitaires
é
taient déterminants.
Au temps précolonial, un Hutu, ministre d´un roi Tutsi, pouvait
même être plus important qu´un petit chef tutsi de province.
On parle même du passage possible de la personne de l´un des
statuts à l´autre. A partir de la colonisation, on a hiérarchisé les
races, les Blancs en haut, les Noirs en bas. C´est là où les
germes contemporains du conflit actuel ont été posés.
Les nations burundaise et rwandaise étaient brisées en plein
vol et ne pouvaient plus penser à se réaliser.
Les contradictions entre les grands chefs rwandais et burundais ont disparu
pour faire place à des contradictions de type interne, intrinsèque.
Ces contradictions, qui n´étaient pas antagonistes au XIXe siècle,
ont été perçues de plus en plus comme des
fleurs vénéneuses qui bourgeonnaient pendant la période
précédente.
Les Hutu et les Tutsi se sont vu assigner un autre type de division du travail
que celui qui prévalait antérieurement. On a pris de préférence
les Tutsi pour
ê
tre dans le haut clergé ou pour exercer des fonctions dans l´armée
et dans l´administration publique. La superstructure et la mentalité s´en
sont trouvées
renforcées.
La contradiction s´est aggravée par l´introduction de
la démocratie formelle de type européen. Aux indépendances,
après que les Européens furent partis, chacun s´est dit
: « C´est moi qui dois commander. » Les Tutsi s´appuyant
sur leurs fonctions de direction traditionnelle dans la société,
les Hutu qui étaient les plus nombreux se sont appuyés sur
la légitimité démocratique, sur le principe de la majorité.
Par la suite, à défaut de Conférence nationale pour
refonder la nation, Tutsi et Hutu se sont séparés de telle
sorte qu´on parle aujourd´hui d´ethnies différentes
alors qu´ils ont la même langue et la même culture sociale.
Les uns et les autres ont eu des
fonctions collectives différentes, mais ils sont du même peuple.
J´en tire la conclusion suivante : si l´on veut résoudre
le conflit en s´attaquant à ces racines, ont doit alors inventer
une nouvelle formation sociale, qui assure aux Hutu et aux Tutsi une participation égale,
c´est-à-dire équilibrée aux structures
démocratiques.
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Une réflexion de Joseph Ki-Zerbo dans ´´A QUAND
l´AFRIQUE ?´´, pages 56 et 57