Comment sauver le Burundi d'un chaos annoncé ?

Les lendemains sont décidément incertains pour les Burundais qui, depuis quelques semaines sont dangereusement coincés entre l’intransigeance de l’opposition et les appétits gloutons du parti CNDD-FDD déterminé à se maintenir au pouvoir à tout prix. L’impasse est inquiétante et d’aucuns y voient déjà une inévitable descente aux enfers avec, à la clé, d’autres millions de morts, des vagues de déplacés/réfugiés et une totale extinction de la déjà chancelante économie du pays. Des appels tous azimuts ont été lancés aux uns et autres pour retrouver la raison du mouvement, calmer le jeu pour mieux se remettre en selle et continuer le processus électoral dans un climat de sérénité et de paix générale.

A plusieurs reprises, les organisations de la société civile et les représentants de la communauté internationale ont alerté l’opinion sur ces menaces qui se précisent et l’urgente nécessité d’apaiser la tension. Mais curieusement, ce tollé d’indignation n’a pas suffit pour convaincre une autorité politique désespérément sourde et dangereusement impassible. Tous les regards sont d’abords tournés vers le Chef de l’Etat, Pierre Nkurunziza. En sa qualité de magistrat suprême, il devrait sortir des gonds pour s’adresser solennellement à la nation par un discours apaisant. Mais comme on sait, tout au long de son mandat, le Chef de l’Etat a remarquablement brillé par une indifférence maladive vis-à-vis des souffrances/cris du peuple. Il semble rester égal à lui-même en fermant obstinément les yeux face aux réelles menaces d’implosion qui pèsent dangereusement sur le pays au lendemain des élections communales fort controversées. Silence et bouche cousue. Sa politique de l’autruche conduit les observateurs de la situation burundaise à s’interroger sur ceux qui peuvent être les hommes de l’ombre qui tirent véritablement les ficelles du pouvoir à Bujumbura.

Quoi qu’il en soit il y a fort à parier que la situation échappe dangereusement au contrôle du Chef de l’Etat. Et le manque de lumière suffisante sur ce mystère ouvre la porte à toutes les supputations en tenant compte des influences supposées des uns et des autres. Certes, des noms ou groupes hyper influents sont souvent avancés. Mais qu’il s’agisse du prétendu incontournable gang des généraux phare de l’ex-rébellion FDD (Adolphe, Alain Guillaume, Evariste et Godefroid) ou du très influent Chef de Cabinet civil du président (Melchior), nul n’a le droit de continuer à jouer avec le destin du peuple burundais. Toutes les forces vives devraient se lever comme un seul homme pour faire barrage au chaos, anarchie et bain de sang. Sans attendre que la communauté internationale s’en mêle forcément. Il est temps, en effet, que les Burundais comprennent que leur salut ne viendra pas de la nébuleuse communauté internationale.

D’ailleurs le pouvoir s’en fiche pas mal. La preuve : le gouvernement burundais a impunément balayé, trois fois de suite, les représentants exécutifs du Secrétaire Général des Nations Unies. Comme pour en rajouter, il a chassé sans façon la représentante de Human Rights Watch, parce qu’elle disait trop sur les dérapages du pouvoir. La communauté internationale n’a pas bronché. Les Burundais se le rappellent, certes, les diplomates accrédités à Bujumbura sont souvent restés muets face aux multiples gaffes du pouvoir CNDD-FDD. En réalité, ils jouent les complices pour protéger leurs postes. C’est aussi pour cette raison qu’ils ne pipent mot au moment où les actes de violences redoublent d’intensité dans le pays. Pour arriver à remonter la pente, l’initiative salutaire devrait venir d’une dynamique interne activée notamment par les représentants de toutes les confessions religieuses. Le message est simple : appeler toutes les parties au dialogue sincère autour des éléments concrets qui sous-tendent le contentieux du moment. Pour être politiquement crédible et sérieux, les débats seraient cautionnés par le parlement réuni en session extraordinaire.

Concrètement, après avoir pris acte du danger qui guette le pays, les acteurs politiques devront s’accorder sur la nécessité de prolonger légèrement (trois mois) le mandat des institutions actuelles, de dissoudre la CENI et de mettre sur place une autre commission chargée de relancer le processus électoral. Bien que ce type de scénario ne soit pas très orthodoxe au regard de la constitution et des autres lois de la République, c’est le seul qui puisse désembourber le pays sans de casses. Le pouvoir doit rester réaliste : nul, y compris l’armée et la police, ne peut contenir l’insurrection d’un peuple déterminé à défendre ses droits.

Théodore Bamwumva.

 

 
     
     
     
     
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