LES POLITICIENS TUTSI FACE AUX APPARENTES CONTRADICTIONS DE LA CLASSE POLITIQUE
1. Etat de la question
a. La marginalisation des leaders politiques hutu originaires de Bururi
L’actuelle polémique autour de l’harmonisation des grades
entre les militaires provenant de l’ancienne armée gouvernementale
et des anciens mouvements rebelles hutu est une des nombreuses manifestation
des contradictions et des luttes intestines qui minent la classe politique
hutu dans la course au leadership de la communauté ethnique hutu et à l’exercice
du pouvoir.
N’oublions pas que, même après les élections
annoncées et la formation de nouvelles Forces de Défense Nationale
(FDN), l’Armée restera un acteur politique significatif. Son
contrôle constitue aujourd’hui un enjeu stratégique majeur
pour les futurs dirigeants hutu qui, une fois au pouvoir, s’efforceront
d’éliminer progressivement les officiers tutsi des postes de
commandement les plus importants.
La polémique en rapport avec l’harmonisation des grades porte
sur les critères à appliquer dans l’octroi des grades
aux militaires des différentes origines belligérantes.
Les critères d’octroi des grades retenus par le Président
NDAYIZEYE, en accord avec les responsables de l’ancienne armée
gouvernementale et ceux du CNDD –FDD de Pierre NKURUNZIZA, consistent à faire
correspondre les grades avec les fonctions qui seront confiées au
sein de la nouvelle armée à chaque militaire quel que soit
son mouvement d’origine. Il a été également décidé que
la répartition des fonctions sera basée sur les effectifs de
chaque unité belligérante. Comme les effectifs de l’ancienne
armée gouvernementale sont de 45.000 hommes, ceux du mouvement de
Pierre NKURUNZIZA sont de 22.000 hommes et femmes, et ceux du mouvement de
Jean Bosco NDAYIKENGURUKIYE sont de 2000 hommes, ceux de Léonard NYANGOMA
sont de 600 hommes, il est évident que le CNDD-FDD de Pierre NKURUNZIZA
aura une présence très significative au sein du commandement
et de la hiérarchie militaires. NYANGOMA, NDAYIKENGUKIYE et KALUMBA
(tous originaires de Bururi) en seront exclus. Voilà pourquoi les
leaders de ces trois anciens mouvements rebelles (Nephtali NIBIZI, JEAN Bosco
NDAYIKENGURUKIYE et Joseph KALUMBA) ne cachent pas leur mécontentement
par rapport aux critères retenus pour l’harmonisation des grades.
Ils disent que ces critères ont été fixés pour
les exclure des postes de commandement dans la nouvelle Armée et dans
la nouvelle Police.
Marginalisés au sein de l’Armée, les leaders hutu originaires
de Bururi le seront également dans les institutions politiques après
les prochaines élections dont tout indique qu’elles seront gagnées
par les leaders hutu du Nord, dirigeant des partis politiques tels que le
CNDD-FDD de Pierre NKURUNZA et le FRODEBU de Jean MINANI.
En effet, malgré son rôle d’autrefois dans l’organisation
et l’implantation des réseaux du FRODEBU sur tout le territoire
national, NYANGOMA a vu son aura ternie et son influence réduite à son
pré carré et son fief électoral de Bururi que lui disputent
d’ailleurs le Frodebu et le CNDD de Pierre NKURUNZIZA. Par contraste,
le CNDD- FDD de Pierre NKURUNZIZA semble solidement implanté dans
les provinces de Ngozi, Kayanza, Muyinga, Karuzi, Muramvya, Rutana, Gitega
et une partie de Bubanza même si le Frodebu lui dispute le contrôle
politique et électoral de ces provinces.
Il existe donc une volonté délibérée et unanime
de la part des leaders hutu originaires du Nord du Burundi de marginaliser
les principaux leaders hutu natifs de Bururi, particulièrement le
plus fougueux d’entre eux, autrement dit, Léonard NYANGOMA.
b. Les raisons de cette marginalisation
Cet ostracisme dont sont frappés les leaders politiques hutu, originaires
de Bururi, trouve son origine dans la méfiance qu’ils inspirent
aux leaders politiques hutu d’autres régions qui leur reprochent
un comportement hégémoniste et égocentrique. Le fossé entre
ces deux groupes de leaders hutu, déjà réel en 1993,
s’est élargi à l’occasion des péripéties
et des règlements de comptes sanglants qui ont marqué les dix
années de maquis.
Tout le monde avait pensé que Léonard NYANGOMA allait réagir
de façon violente à la marginalisation et à la mise
au rancart des leaders hutu originaires de Bururi et de lui-même en
particulier. Mais le fait qu’il ait choisi de lancer un appel à un
vaste mouvement de réconciliation et de rassemblement de tous les
leaders hutu originaires de toutes les provinces est une preuve qu’il
se sent isolé. Il veut donc briser la marginalisation dont il est
l’objet.
Mais on ne doit pas perdre de vue que ces contradictions et ces luttes intestines
n’empêchent pas les leaders politiques hutu de Bururi et ceux
du reste du Burundi de partager une même vision et une même stratégie
visant à l’instauration immédiate d’un pouvoir
hégémonique hutu à virtualité génocidaire.
Le pouvoir hutu qui est envisagé sera basé sur :
Une armée qui verra les Tutsi éliminés progressivement
des postes de commandement les plus sensibles.
Une démocratie excluant les Tutsi de l’exercice du pouvoir politique.
Une satellisation et une vassalisation des politiciens tutsi opportunistes
et véreux.
2. Attitude actuelle des membres de la communauté tutsi
Face à la montée de ce nazisme burundais, beaucoup de membres
de la communauté tutsi sont désorientés, apeurés,
médusés et adoptent des comportements variés, allant
de l’indifférence à l’angoisse métaphysique,
en passant par la résignation.
Mais l’attitude la plus irraisonnable et la plus suicidaire est celle
qui préconise l’alliance avec les partis politiques hutu actuellement
marginalisés comme celui de Léonard NYANGOMA, en faisant valoir
qu’il convient d’exploiter les contradictions internes de la
classe politique hutu.
Ceux -là oublient qu'en 1992 et en 1993 Léonard NYANGOMA était
chargé de la mobilisation et de la propagande au sein du FRODEBU et
qu'à ce titre il est le principal architecte de l'infrastructure génocidaire,
dont la mise en activité les 20-21-22 Octobre 1993, a occasionné le
massacre de plus de cent mille (100.000) Tutsi en 3 jours seulement!!!
Ceux-là oublient la lettre du 1er Octobre 1994 dans laquelle Léonard
NYANGOMA annonçait le lancement de sa guerre génocidaire contre
les Tutsi et dans laquelle le même NYANGOMA recommandait à ses
partisans hutu de se grouper dans des équipes de 5 pour tuer un seul
Tutsi afin que l'extermination des Tutsi soit rapide et totale.
Ceux-là oublient que Léonard NYANGOMA est actuellement celui
parmi les leaders politiques hutu qui est le plus farouchement opposé au
partage du pouvoir entre les Tutsi et les Hutu au sein des institutions politiques
et au sein de l'Armée.
Ceux-là oublient que Nyangoma est le partisan le plus résolu
et le plus fanatique « du hutu power ». Ceux-là oublient
que les querelles intestines et les conflits de pouvoir qui opposent Léonard
NYANGOMA à ses rivaux politiques hutu du Nord et du Centre du Burundi
sont de simples épiphénomènes essentiellement conjoncturels
et ponctuels.
3. Que doit être l’attitude des Tutsi
Face à l’actuelle consolidation « du hutu power »,
les Tutsi doivent prendre conscience qu’ils forment une communauté ethnique
et une seule et même famille politico ethnique au sein desquelles chacun
a le devoir de militer pour défendre ses droits civiques et politiques
et lutter pour la survie et la sécurité physiques de sa communauté.
Les Tutsi doivent se départir de leur attitude actuelle de résignation,
d’apathie, pour se mobiliser afin d'obtenir le partage du pouvoir politique
avec les Hutu sur une base strictement paritaire comme le prévoyaient
l'esprit et la lettre des Accords d'Arusha. Les Tutsi doivent sortir de leur
torpeur actuelle et se convaincre que la cogestion de l’Etat à tous
les niveaux entre les Tutsi et les Hutu n’est pas une faveur qu’ils
quémandent ou mendient auprès des politiciens hutu, mais une
exigence démocratique et un droit civique acquis auxquels ils doivent
tenir mordicus.
PANORAMA DES FORCES POLITIQUES ET PRONOSTIC DE LEURS PERFORMANCES ELECTORALES
1. Considérations liminaires
Nous voici à quelques mois, peut être même à quelques
semaines d’importants scrutins électoraux qui détermineront
l’avenir politique et institutionnel de notre pays et notre avenir
tout court.
Par rapport aux élections du passé (1961, 1965,1993), celles
qui auront lieu bientôt sont totalement atypiques. La grande différence
entre les élections de cette année 2005 et celles du 18/9/1961
est que les prochaines élections seront ethniques alors que celles
du 18/9/1961 sont les seules élections véritablement démocratiques
dans toute l’histoire du Burundi. Ce que les élections de mai
1965 et celles de juin 1993 d’une part, celles des prochaines élections
d’autre part, ont de commun, c’est qu’elles sont ethniques
et ethnisées. Ce que les élections prochaines ont de particulier
et d’unique par rapport à celles qui les ont précédées
(1961, 1965,1993) est que les partis politico ethniques qui vont les gagner
sont connus d’avance, que des criminels vont participer à ces élections,
les gagner, et entrer au sein des institutions politiques pour assurer la
direction du pays.
Pour les Tutsis qui sont les grands perdants des prochaines élections,
les frustrations sont antérieures à la tenue du scrutin contrairement
aux élections de 1965 et 1993 où les frustrations des tutsis
ont été postérieures à la tenue du scrutin. Arrêtons-nous à la
comparaison entre les élections de 1993 et celles qui auront lieu
dans quelques semaines :
Les élections de 1993 ont été l’aboutissement
du processus d’unité nationale initié par Pierre BUYOYA
et basé sur une Charte de l’Unité Nationale qui s’est
avérée être une coquille vide, un piège pour les
Tutsis et un outil de leur exclusion de l’espace politique avec les
conséquences tragiques qu’on a constatées au cours des
onze dernières années.
Les élections de 2005 seront l’aboutissement d’un processus
de paix initié et manipulé par Pierre BUYOYA et par les lobbies
anti-Tutsis. Un processus basé su l’accord d’Arusha qui
s’avère être un piège pour les Tutsis, un outil
de leur marginalisation politique et un cadre du blanchiment du crime génocidaire.
Pourtant, l’accord d’Arusha visait à institutionnaliser
un partage équitable du pouvoir entre les Tutsis et les Hutus et à l’éradication
du crime génocidaire. Par ailleurs, contrairement aux élections
de 1993, les élections de cette année sont organisées
dans un contexte historique où la présence des lobbies anti-Tutsis
sur la scène politique burundaise est plus affirmée à travers
l’action des ONG Humanitaires, de l’ONUB, des services de renseignements
sud-africains qui ont noyauté politiquement la jeunesse et la classe
politique tutsi, procèdent au quadrillage et à l’encadrement
politique et médiatique de la population et orientent l’opinion
publique burundaise.
Cette action de noyautage de la jeunesse et de la classe politique tutsi
par les ONG étrangers, les services de la sûreté sud-africains
et l’ONUB, a pour effet de briser l’unité et la cohésion
des partis politiques tutsis qui iront aux élections prochaines en
ordre dispersé.
Enfin, contrairement aux élections de 1993, les élections
de 2005 sont organisées alors que l’Armée Burundaise
n’est plus dominée par les Tutsis et que les Hutus possèdent
des combattants aussi bien à l’intérieur de l’Armée
gouvernementale et en dehors de cette armée, que la classe politique
hutu est traversée par des divisions régionalistes, et que
les partis politiques hutus développent une offensive de charme et
une campagne de recrutement en direction de la jeunesse tutsi dans le but
de rendre vain et illusoire le partage du pouvoir entre les tutsis et les
hutus tel qu'il est prévu par l’accord d’Arusha.
2. Les Forces politiques en présence
Schématiquement, l’espace politique burundais se subdivise
actuellement en camp politique hutu et en camp politique tutsi. Le camp hutu
est composé par l’ensemble des partis politique dont l’orientation,
le leadership et les adhérents sont très majoritairement hutu.
Le camp tutsi est composé de partis politiques dont l’orientation,
le leadership et les adhérents sont très majoritairement tutsis.
Dans le camp hutu, trois formations politiques possèdent une assise
et une implantation géographique nationales: il s’agit du Frodebu,
du CNDD-FDD de Pierre NKURUNZIZA et du CNDD de Léonard NYANGOMA. D’autres
formations politiques hutu signataires de l’accord d’Arusha comme
le PP et le RPB ont une assise se limitant à une seule province ou
deux. D’autres n’ont pas du tout d’assise. C’est
le cas du PL dont les adhérents se limitent à CAJETAN NIKOBAMYE,
sa femme, ses enfants, ses sœurs, ses neveux et ses nièces. La
troisième catégorie est constituée par les anciens mouvements
rebelles reconvertis en partis politique (FROLINA de Joseph KALUMBA, PALIPE
AGAKIZA d’Etienne KARATASI, FNL ICANZO de Alain MUGABARABONA, KAZE
FDD de Jean Bosco NDAYIKENGURUKIYE) et qui ont une implantation territoriale
extrêmement faible.
Le camp tutsi est dominé par trois partis politiques qui ont une
assise nationale (UPRONA Gouvernemental, PARENA, MRC RURENZANGEMERO) et une
myriade de petits partis adhérents ou non à l’accord
d’Arusha qui ont un électorat extrêmement réduit.
3. Performances électorales prévisibles des différentes
formations politiques
Il convient de répéter que le vote de cette année 2005
sera éminemment ethnique et ethnisé. Il en résulte que
les procahines élections seront largement gagnées par les deux
grandes formations hutues que sont le FRODEBU et le CNDD de Pierre NKURUNZIZA.
Il en résulte aussi que les formations politiques tutsies, grandes
et petites, auront une position tout à fait secondaire. Il en résulte également
que le Frodebu et le CNDD- FDD de Pierre NKURUNZIZA vont se livrer à une
lutte électorale sans merci pour obtenir la position dominante au
sein et à la tête de l’Etat Burundais, c'est-à-dire à la
Présidence de la République. Ils ne se feront pas de cadeaux.
Il en résulte enfin que le FRODEBU et le CNDD vont chacun en ce qui
le concerne, faire élire sur ses propres listes le plus grand nombre
des tutsis possibles membres de ces partis, les sénateurs en particulier,
en raison du rôle que ces sénateurs tutsis vont jouer dans l’élection
du Président de la République. Il s’agit évidement
des tutsis qui acceptent d’appliquer le programme du Frodebu et du
CNDD-FDD.
En ce qui concerne l’implantation géographique du FRODEBU et
du CNDD, il est très difficile de délimiter les zones d’influence
exclusives de chacune de ces deux formations politiques même si on
peut dire schématiquement que la province de Kirundo est le fief électoral
exclusif du Frodebu, que la province de Ngozi est le fief électoral
dominant du CNDD-FDD alors que l’électorat hutu de la province
de Kayanza se répartit de manière égale entre le CNDD-FDD
et le FRODEBU.
Le CNDD-FDD de Pierre NKURU NZIZA est fortement implanté dans les
provinces de Muramvya, Karuzi, Bubanza, Makamba, Gitega, Ruyigi, Rutana,
Mwaro et Cankuzo. Mais cette implantation lui est âprement disputée
par le Frodebu sans qu’on puisse savoir laquelle des deux formations
possède le plus grand nombre d’électeurs hutu.
Même la province de Bururi, la commune Songa en particulier, réputées
fief électoral de Léonard NYANGOMA, connaissent une forte implantation
du Frodebu sous l’impulsion et la houlette des poids lourds de ce parti
tels que Charles KARIKURUBU, Fulgence DWIMA BAKANA, Jean NGENDAKURIYO et
Alphonse NDANGA. Si bien qu’il est probable que NYANGOMA obtienne plus
de voix de l’électorat hutu de Bururi que le Frodebu.
Pour ce qui est du camp tutsi, le Parena, l’Uprona gouvernemental,
MRC RURENZANGEMERO et la myriade de petit partis politiques tutsi vont se
partager l’électorat tutsi qui représente 14 % du total, électorat
situé dans les quartiers tutsi de la Mairie de Bujumbura et dans les
communes Mugongo Manga, Mukike, Mugamba, Rutovu, Matana, Vyanda , Rusaka,Gisozi,
Ndava, Kiganda, Bisoro, Ryansoro et peut-être en commune Bugabira,
province Kirundo, sans qu’il soit possible de connaître avec
précision la portion de l’électorat tutsi de ces communes
qui votera soit pour le Parena, soit pour l’Uprona gouvernemental,
soit pour le MRC. Par rapport aux scrutins électoraux prochains quelle
sera la répartition des voix en fonction des familles politico-ethniques
?
1. Election des conseillers des collines : elles seront très largement
remportées par les formations politiques hutues en fonction de l’implantation
géographique de chacune d’elles.
2. Election de conseillers communaux : ces élections seront remportées
par le CNDD-FDD et le FRODEBU dont les 80% de conseillers communaux hutu
et les 20% tutsi proviendront de leurs rangs, sauf dans les communes à concentration
tutsi mentionnées ci-haut. En effet, les conseillers communaux seront élus
au sufflage universel direct par la population à 85% hutu et sur des
listes bloqués présentées par les partis politiques.
Etant donné que ce sont les conseillers communaux qui éliront
les sénateurs, lesquels sénateurs éliront à leur
tour le Président de la République, le CNDD-FDD et le FRODEBU
essaieront chacun de faire élire le plus de conseillers communaux
possible hutu et tutsi.
3. Election des Administrateurs communaux: Il est prévu par la Constitution
et la loi communale que 67 % des Administrateurs communaux sur l’ensemble
du territoire seront des hutu et 33% des tutsis. Comme les Administrateurs
communaux seront élus par les conseillers communaux, tous les Administrateurs
communaux tutsis proviendront du Frodebu et du CNDD-FDD, sauf dans les communes
Mugongo Manga, Gisozi et éventuellement Rusaka et au quartier Musaga.
4. Election des députés : Conformément à la
Constitution post-transition, sur les 100 députés qui seront élus,
60% seront des hutus et 40% seront des tutsis. Selon certains pronostics,
sur 60 députés hutus, 32 proviendraient du Frodebu, 27 députés
proviendraient du CNDD de Pierre NKURUNZIZA et un député proviendrait
du CNDD de Léonard NYANGOMA.
Selon d’autres pronostics dont nous n’avons pas la paternité,
sur 40 députés tutsis, 12 députés proviendraient
des trois principales formations politiques à dominante tutsi (l’UPRONA,
le PARENA et le MRC) avec une légère avance pour le PARENA
qui pourrait dépasser la barre des 5% des suffrages exprimés.
Il restera à coopter 28 députés tutsis pour atteindre
le nombre de 40 députés réservés aux tutsis à l’Assemblée
Nationale.
Le nombre de 28 députés tutsi à coopter sera réparti
entre le CNDD-FDD, le FRODEBU et le parti politique tutsi qui aura dépassé la
barre des 5 %, soit le PARENA, soit l’Uprona, soit le MRC. Ainsi donc,
selon nos hypothèses ci haut, 9 députés tutsis cooptés
proviendront du CNDD-FDD, 9 autres tutsis cooptés proviendront du
Frodebu et 9 députés tutsis proviendront soit de l’Uprona,
soit du Parena, soit du MRC. Il est à remarquer que l’Uprona,
le MRC et le Parena font campagne chacun pour soi, séparément
et concurremment. Par ailleurs, les coalitions électorales entre partis
politiques ne sont pas autorisées aux législatives mais uniquement
aux présidentielles.
5. Election sénatoriale : Deux sénateurs (un hutu et un tutsi)
seront élus à la majorité simple dans chacune des 17
provinces par les conseillers communaux de la province concernée.
Il est évident que les conseillers communaux dont 80 % seront membres
du Frodebu et du CNDD-FDD, même dans la province de Mwaro et dans la
province de Bururi, vont élire 17 sénateurs hutus appartenant
au Frodebu ou au CNDD –FDD et 17 sénateurs tutsis appartenant
au CNDD- FDD ou au Frodebu. Il est donc entendu qu’aucun des 17 sénateurs
tutsi ne proviendra ni de l’Uprona, ni du MRC ni du Parena. Le Frodebu
et le CNDD-FDD tenteront chacun en ce qui le concerne de faire élire
le maximum des sénateurs tutsis parmi ses membres pour qu’ils
puissent élire le Président de la République issu de
leurs rangs.
6. Election Présidentielle: L’article 179 de la loi électorale
stipule que le prochain Président de la République sera élu
par l’Assemblée Nationale et le Sénat réunis en
congrès, à la majorité des 2/3. Si cette majorité n’est
pas obtenue au premier tour, il sera procédé à d’autres
tours jusqu’à ce qu’un candidat obtienne le suffrage égal
au 2/3 du Parlement.
Il est donc prévisible que l’élection présidentielle
opposera le candidat du Frodebu au candidat du CNDD-FDD. S’il est déjà établi
que le CNDD présentera Pierre NKURUNZIZA comme son candidat, il n’est
pas sûr que le Frodebu présente le Dr Jean MINANI comme son
candidat. On parle de Salvator NTIHABOSE, Ministre de
l’Education Nationale, de Gaspard SINDAYIGAYA, ADG de la Bancobu, et
de Salvator TOYI, Gouverneur de la BRB, comme des candidats potentiels du
Frodebu.
Le Candidat qui gagnera la partie est celui dont le parti politique (CNDD-FDD
ou FRODEBU) aura fait élire le plus de députés, le plus
de sénateurs et surtout de sénateurs tutsis, et qui pourra
rassembler autour de son nom 2/3 des parlementaires participant au vote soit
94 voix su 140 votant. Dans les circonstances actuelles, ni le Frodebu ni
le CNDD n’aura tout seul 94 députés et sénateurs élus
nécessaires à l’élection de son candidat comme
Président de la République. Si à l’issue des prochaines élections
le CNDD-FDD obtient plus de parlementaires (députés et sénateurs)
que le Frodebu, mais pas assez pour atteindre le nombre de 94, il aura besoin
des voix des partis politiques à dominante tutsie (Parena, MRC, Uprona),
soit séparément, soit les trois à la fois. Sans doute
que pour accorder les voix de ses parlementaires nécessaires au CNDD-FDD
pour faire élire son candidat comme Président de la République
le ou les partis politiques à dominante tutsie vont exiger le poste
de 1er Vice-Président de la République qui revient à l’ethnie
tutsi. C’est sans doute le calcul que fait le MRC RURENZANGEMERO. Espérons
que le calcul actuel de ce parti ne sera pas aussi faux que son récent
malheureux appel à voter OUI à la constitution qui a exclu
les Tutsis.
Ce scénario et ce cas de figure ou le parti politique hutu (CNDD-FDD
ou FRODEBU) vainqueur des élections législatives feraient appel à un
des trois partis politiques tutsi ou aux trois à la fois pour une
coalition qui lui permettrait d’obtenir 2/3 des parlementaires est
peu probable.
Sous la houlette de leurs parrains sud-africains et tanzaniens le CNDD-FDD
et le FRODEBU envisageraient de s’entendre sur un mécanisme
de cogestion du Burundi après les élections. Ainsi donc si
le Frodebu obtient moins de parlementaires que le CNDD à l’issu
des prochaines élections, il accepterait de soutenir le candidat du
CNDD-FDD à l’élection présidentielle. Une fois élu
Président de la République le candidat du CNDD-FDD s’engagerait à désigner
comme Premier- Vice Président de la République, un Tutsi du
Frodebu et comme 2ème Vice-Président de la République
un Hutu du Frodebu. Après quoi les deux principales formations politiques
hutu s’entendraient pour se partager les postes stratégiques
: Présidence du Sénat, Présidence de l’Assemblée
nationale, Ministère de la Défense Nationale, Ministère
de la Sécurité Publique etc.
Signalons que le CNDD-FDD a les faveurs de l’Afrique du Sud et que
ce parti politique a reçu de l’ANC Sud-africain un don de 80
véhicules (camionnettes et Jeeps) pour consolider son implantation
et faciliter ses opérations de campagne électorale. Le Frodebu
par contre a les faveurs de la Tanzanie.
7. Gouvernement : Le Gouvernement qui sera formé à l’issue
des prochaines élections devra être formé de 60% de Hutu
et 40 % de Tutsi en conformité avec la Constitution post-transition.
En outre, ne feront partie du Gouvernement que les partis politiques qui
ont atteint la barre de 5% des suffrages exprimés. Seul le CNDD-FDD
et le FRODEBU auront des Ministres dans le futur Gouvernement et les 40%
des Ministres tutsi proviendront du CNDD-FDD et du FRODEBU.
4. Conclusion
SurviT-Banguka n’a jamais cessé de clamer haut et fort que
le processus d’Arusha n’a été qu’un piège édifié contre
les tutsis et nous nous acheminons à une marche forcée vers
une dictature politico-ethnique des Hutu.
Par ailleurs, SurviT-Banguka réitère que le cogestion de l’Etat
Burundais a tous les niveaux entre Tutsi et Hutu sur une base strictement
paritaire et l’unique modalité d’une démocratie
véritable comprise comme pouvoir du peuple burundais dans la totalité de
ses composantes. C’est pour cela que SurviT-Banguka lutte pour le triomphe
d’une démocratie des communautés et pour l’organisation
des élections intra-communautaires afin que chaque communauté se
choisisse ses représentants aptes à défendre leurs intérêts
vitaux au sein des institutions.