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Les révélations de l’ambassade
des USA au Burundi à travers ses rapports de l’époque
sur le génocide des Tutsi en 1972
M. Diomède Rutamucero vient de publier un nouveau livre
sur le génocide contre les Tutsi. L’ouvrage, le troisième
de sa série, porte le titre de : Le génocide contre
les Tutsi au Burundi, un crime avoué mais impuni, publié aux éditions
Unibook.com. C’est un témoignage sur l’histoire
contre l’oubli et un plaidoyer pour la répression
du crime de génocide. A l’occasion du 38ème
anniversaire de ce génocide, nous publions quelques témoignages
nouveaux de l’ambassadeur des USA en présence au Burundi
en 1972, à l’époque des faits, M. Thomas Melady.
Ces témoignages étaient jusqu’ici inédits,
avant l’ouvrage de Diomède Rutamucero.
Le livre de 379 comprend 4 chapitres dont le premier porte sur
une lecture comparative des actes de génocide perpétrés
contre les Tutsi du Burundi, du Rwanda et de la RD Congo. On y
découvre des similitudes dans la conception, la perpétration
et la négation du génocide dans ces pays. Le chapitre
suivant développe les témoignages des acteurs de
l’époque, dont ceux des rescapés et les rapports
de l’ambassade des USA au Burundi qui étaient envoyés
quotidiennement par l’ambassadeur Melady.
Dans ses rapports sur le génocide de 1972, l’ouvrage
expose le déroulement des crimes de 1972 en faisant la chronologie
des faits telle que cela apparaît à travers les messages
câblés de l’ambassadeur des USA au Burundi de
l’époque, M. Thomas Melady. Dans son premier câble
(O292315ZAPR72), les informations sont vagues et il croit à d’échanges
de coups entre factions militaires de « modérés » du
nord et « radicaux » du sud. Il s’agissait en
réalité de l’attaque perpétrée
par les ultras hutu près de la cathédrale Regina
Mundi et à la station radio près du camp Muha. Dans
ses rapports, la confusion a persisté comme cela avait été pratiquement
pour tout le monde présent au Burundi, y compris pour le
pouvoir de l’époque. Il a fallu quelques jours pour
que la situation commence à être claire. Dans cette
confusion, l’ambassade se plaignait de l’accusation
du pouvoir contre l’implication des missionnaires américains
dans cette crise.
A travers le câble O031333Z mai 72, Confidentiel Bujumbura
413, il est évoqué des témoignages sur la
planification et l’exécution du génocide contre
les Tutsi, souligne Diomède Rutamucero. Le câble précise
:
«
3. Une révolte sans doute planifiée et coordonnée.
Un missionnaire américain qui arrive à Bujumbura
en provenance de Cankuzo, l’extrême Est du pays, à la
frontière avec la Tanzanie fait savoir qu’il a été arrêté le
29 avril à 21 heures 30 minutes par des bandes habillées
de la même manières (chemises noires, une bande rouge
sur la tête), au même moment que quand des terroristes
ont attaqué Bujumbura. Après qu’il ait quitté la
région le 30 avril, il a appris qu’il y avait une
bande comme décrit ci-haut. Un homme à l’agonie
a reconnu parmi les assaillants deux enseignants hutus qui travaillaient
dans une mission catholique locale et un autre hutu travailleur
domestique. Tous étaient impliqués dans les problèmes
de 1965. Le missionnaire a reconnu que ce sont les administratifs
tutsi qui ont été tués.
4. Il est visible qu’au moins une partie des tueurs est venue
de l’étranger. Une mission anglicane a des informations
dignes de foi en rapport avec un Hutu anglican prêcheur,
qui est rentré à Bururi en provenance de Tanzanie,
la semaine passée. D’autres Hutu ont été forcés
de les rejoindre, généralement après avoir
subi des menaces. L’ambassadeur de Belgique a un rapport
comprenant les listes des administratifs Tutsi à tuer. Presque
tous les administratifs ont été massacrés à Bururi,
ensuite des foules ont commencé à détruire
tout sur leur passage, y compris les Tutsi. »
Diomède Rutamucero relève des accointances de l’ambassadeur
avec les ultra-hutistes et surtout le rôle des missionnaires
américains dans l’endoctrinement des Hutu. A Kivima
(lire Kibimba), la mission « est comme une mission hutu…nous
sommes informés que sous l’influence d’un enseignant
hutu, les élèves ont menacé leurs condisciples
Tutsi dans leur dortoir… Le directeur qui est américain,
a pris une décision ferme contre ceux-ci et l’enseignant
en question (Câble PR15158Z mai 72, Confidentiel 580).
L’ambassadeur est compatissant à l’égard
des Hutu qui seront par après réprimés. Les
informations transmises à Washington étaient tendancieuses
et Rutamucero en conclut que c’est pour cette raison qu’il
sera relevé le 25 mai 1972. Il se base sur le témoignage
du Major Albert Shibura.
Les massacres des Tutsi ont continué au-delà de
mai 1972 contrairement à ce qui a été souvent
répandu selon lequel les massacres de Tutsi se sont arrêtés
le 4 mai 1972 (lire Câble PR0115300Z, june 72, Confidentiel
Bujumbura 750). Le câble évoque des massacres du 30
au 31 mai 1972 à Nyanza-Lac. Un autre câble (Confidentiel
Bujumbura 894) envoyé par Hoyt souligne : « beaucoup
de sources nous confirment des massacres de Tutsi par les Hutu
dans la région qui se trouve aux environs de la mission
baptiste danoise de Musema entre Muramvya et Ngozi. Il n’y
a même pas de détails sûrs, mais les Tutsi ont été tués
sur une zone un peu étendue… pas moins de 30 personnes.
Ils sont moins nombreux dans la région… ».
Jusqu’en juillet, les rapports de l’ambassade signalent
des attaques de Hutu contre les Tutsi (Câble R111435Z July
72. Hoyt parle dans ce câble qu’ « un pilote
français fait état d’une attaque aux Tutsi
de Musigati au nord-est de Bubanza la semaine passée.
Dans son livre, DR développe de nombreux témoignages
de rescapés Tutsi à Rumonge, à Bukemba, à Kabezi,
etc. En province de Bururi, l’élite Tutsi a été décimée
: Rungarunga Domitien (1er Secrétaire du parti, Bikamba
Jean (procureur de la république), Karenzo Gaspard (président
du tribunal de Grande instance), Ndarusigiye Isidore (médecin
vétérinaire provincial), Baranyitondeye Pie (directeur
de l’école primaire de Rumonge), Kimaka Antoine (administrateur
de Burambi), Nindorera Pierre (commissaire d’arrondissemnt),
Barampangaje Melchiade (commissaire d’arrondissement adjoint),
etc.Tous ont péri dans une même cachette, selon le
témoignage d’un rescapé rapporté par
DR. A cette liste, on peut ajouter le meurtre du Dr Cyprien Simbiyara,
médecin de l’hôpital de Rumonge qui a été coupé en
morceau par ses bourreaux.
DR poursuit son ouvrage en faisant une ouverture sur le génocide
1993 et les années qui ont suivi. Il présente notamment
au troisième chapitre le dossier Pierre Nkurunziza (condamné à mort
et consorts, dossier RPCC 803) dans son intégralité et
au quatrième chapitre le dossier Mgr Joachim Ruhuna (ancien
archevêque de Gitega) tué par Zénon Ndabaneze,
actuellement officier de la police burundaise et patron du désarmement
au Burundi et par l’abbé Cyrille Kamana, diacre à l’époque
des faits en septembre 1996. Le cinquième chapitre porte
le titre de : Qualification juridique et banalisation par le pouvoir
exécutif du génocide contre les Tutsi. Il termine
par le sixième chapitre relatif à quelques exemples
de jugements de ceux qui ont commis le génocide contre les
Tutsi au Burundi à partir d’octobre 19993.
Habonimana Paul
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