DÉCLARATION DE LA DIASPORA DE LA COMMUNAUTE TUTSI
DU BURUNDI
SUR LA CRISE ACTUELLE AU BURUNDI
DÉCLARATION DE LA DIASPORA DE LA COMMUNAUTE TUTSI DU BURUNDI
SUR LA CRISE ACTUELLE AU BURUNDI
Ce 27 juillet 2004, la Diaspora de la Communauté Tutsi du Burundi
a pris connaissance que le processus de négociations sur le partage
du pouvoir au Burundi a aboutit à une crise politique plutôt
que ramener l’espoir dans les cœurs meurtris des Burundais.
La raison majeure de cette crise repose principalement sur le manque de
neutralité et d’écoute de la médiation sud africaine
observée depuis longtemps.
En effet, la médiation sud africaine n’a toujours pas cessé d’engager
des négociations déséquilibrées face à la
donne politico-ethnique du conflit burundais. En témoigne, la représentation
par un gouvernement majoritairement Hutu, le FRODEBU et le CNDD-FDD également à majorité Hutu
face au seul parti UPRONA dans les récentes négociations de
Pretoria.
Il en va de soi que les résultats de ce round de « key players » ne
pouvaient qu’aboutir à un blocage.
Une médiation neutre devrait tenir compte de l’histoire ancienne
et récente du Burundi pour ne pas exposer la Communauté Tutsi à l’extermination.
La Communauté Tutsi de la région des Grands Lacs d’Afrique
en général et du Burundi en particulier est régulièrement
soumise, depuis la période des indépendances à une extermination
programmée par des organisations génocidaires appuyées
par certaines lobbies étrangères. Comment pourrait-on oublier
le génocide des Tutsi rwandais de 1959 et de 1994, celui des Tutsi
du Burundi de 1965, 1972, 1988 et de 1993 jusqu’à nos jours
et le génocide rampant des Tutsi congolais, les Banyamulenge ?
Vu donc l’état de la situation socio-politique qui a prévalu
et qui perdure au Burundi,
Constatant que les politiques dites d’unité nationale déjà essayées
au Burundi n’ont pas pu aboutir aux résultats escomptés
mais, au contraire, qu’elles ont lamentablement échoué ;
Convaincu que l’avenir du Burundi doit reposer sur une démocratie
qui respecte la diversité ethnico-politique et qui rassure toutes
les communautés ethniques nationales ;
Estimant que toutes les questions relatives aux réserves qui restent
en suspens dans l’accord d’Arusha doivent être négociées
avant les élections pour que les institutions à mettre en place « tiennent
compte à la fois de l’histoire, des spécificités
et des besoins de sécurité et de justice exprimés par
l’ensemble de la nation burundaise » ( Cfr S.E. l’Ambassadeur
Georges-Marc ANDRE de l’U.E., Bujumbura, le 31 mai 2004) ;
La Diaspora de la Communauté Tutsi du Burundi recommande ce qui suit
:
1. Aux partis politiques Tutsi qui veulent défendre les intérêts
de la Communauté Tutsi
- Au lieu de rejeter les torts les uns sur les autres, de se serrer les
coudes pour ne pas laisser la place à l’extermination politique
et physique de la Communauté Tutsi par des organisations génocidaires.
- D’éviter de se leurrer en s’alliant avec les partis
politiques et mouvements armés génocidaires. Sinon, ils auront
montré à la face du monde et aux Batutsi qu’ils banalisent,
occultent et nient le génocide des Batutsi pourtant reconnu et qualifié par
le rapport ONU S/1996/62 de la Commission Internationale d’enquête
des Nations Unies. Ce n’est pas le FRODEBU, le CNDD-FDD ou le PALPEHUTU-FNL
qui, aujourd’hui comme hier tuaient sélectivement les Tutsi
sur les axes routiers du Burundi, massacraient les Tutsi des différents
camps de rescapés, les élèves du Petit Séminaire
de Buta, des employés tutsi de l’usine théicole de Teza,etc.
qui se transformeraient en agneaux voire en anges gardiens pour défendre
et protéger les intérêts des Batutsi.
L’histoire a montré que même certains responsables administratifs
Tutsi du FRODEBU ont contribué à l’extermination de leurs
frères et sœurs Tutsi en 1993.
2. Aux partis politiques qui défendent les intérêts
de la Communauté Hutu
- De ne pas se satisfaire des compromis déséquilibrés.
Ce serait sacrifier la paix, la réconciliation interethnique, l’avènement
démocratique et le développement socio-économique au
profit de l’instabilité permanente au Burundi.
- Le droit à la vie, soit-elle politique ou physique, d’un
individu, d’une communauté ou d’une population est indispensable.
Les Tutsi du Burundi ont jusqu’à maintenant tout cédé à travers
les différentes négociations, ils n’ont plus droit à l’erreur
de céder ou d’hypothéquer leur droit à la vie.
3. A la médiation sud africaine
- La Diaspora burundaise de la Communauté Tutsi recommande à cette
médiation, si elle veut réellement jouer son rôle de
médiateur :
I . De reconnaître l’aspect politico-ethnique du conflit burundais
tel que stipulé dans l’Accord de paix et de réconciliation
d’Arusha ;
II De reconnaître que les réserves exprimées par les
partis Tutsi du G10 font partie intégrante de cet Accord et qu’ils
doivent faire l’objet de négociation.
III. De faciliter des négociations inclusives et équilibrées
sur le plan politico-ethnique.
iv. D’accepter l’alternance politico-ethnique au sommet de l’Exécutif.
v. D’encourager la co-gestion et le partage paritaire du pouvoir au
niveau de toutes les autres institutions républicaines.
La survie politique et physique des Batutsi dépendra largement de
la participation dans la gestion des affaires de l’Etat des représentants élus
et mandatés par les membres de la Communauté.
4. A la Communauté Internationale
§ Faire pression sur toutes les parties impliquées dans le processus
de paix au Burundi pour faire avancer les recommandations exprimées
ci-dessus afin d’éviter que le Burundi ne sombre dans la poursuite
du génocide et autres crimes contre l’humanité.
§ D’assister les Burundais et les médiateurs dans leurs
efforts pour la recherche d’une véritable paix qui intègre
la survie politique et physique de la Communauté Tutsi.
Dans tous les cas, les Batutsi et plus particulièrement ceux de la
Diaspora, ne sauraient se satisfaire des représentants Tutsi, cooptés
ou élus, sous la bénédiction des partis politiques et
mouvements armés hutu.
Fait à Moutier, Suisse, le 27/07/2004
Pour la Diaspora de la Communauté Tutsi du Burundi