« Observations et analyses faites par
SurviT-Banguka, section Belgique à l’endroit du Président
Ndayizeye Domitien lors de sa visite en Belgique du 26 mars 2005 »
Lors de sa rencontre avec la communauté burundaise résidant
en Belgique, le Président Ndayizeye à passé en revu
la situation politique, sociale et économique prévalant actuellement
au Burundi. Le schéma des activités suivi par le gouvernement
tel qu’il a été présenté par le Président
Ndayizeye est le suivant : Paix–Réconciliation-Développement.
Il a, par la suite, donné la parole au public pour poser l’une
ou l’autre question en rapport avec la vie nationale du pays.
Apparemment, il a privilégié les interventions féminines
pour échapper à certaines observations susceptibles de venir
des milieux qui ne roulent pas avec sa politique.
Il a très difficilement accordé la parole aux Batutsi et aux
membres de SurviT-Banguka. Il a fallu qu’ils se lèvent pour
l’obliger à leur donner la parole sinon il les avait sciemment
ignoré.
Quelles ont donc été les observations et analyses qui lui
ont été faits ?
« Le consentement du peuple est toujours révocable. Il est
subordonné à une bonne conduite des gouvernants. Cette conduite
est jugée en fonction des droits naturels et inaliénable des
individus » disait l’Anglais John Locke.
Et « chaque fois que reviennent les jours gris, que le devenir prend
une couleur monotone et que la politique piétine d’impasse,
on se met à rêver de quelque sursaut qui remette l’histoire
en marche » ajouta Fernand Dumont.
Le premier intervenant est revenu sur l’accord d’Arusha et il
a rappelé ce qui suit :
La nature du conflit burundais a été et reste politique avec
des dimensions ethniques importantes, ont conclu tous les acteurs politiques
burundais aux négociations d’Arusha ainsi que les représentants
de la communauté internationale.
Ces derniers se sont convenus de se retrouver autour d’une même
table de négociations et ont produit et signé un accord de
paix et de réconciliation mais avec des réserves dites intégrantes
de celui-ci.
L’esprit et la lettre de cet accord ne vise que :
La paix au Burundi
La reconstruction de l’Etat burundais en tenant compte de recréer
un climat de confiance entre les communautés hutu et tutsi.
Garantir la sécurité politique et physique de tous à long
terme par le partage du pouvoir entre les Bahutu et les Batutsi.
La réconciliation des différentes composantes politico ethniques
burundaises
La reconnaissance des équilibres politico ethniques indispensables,
et reconnus, dès lors comme des acquis des uns et des autres, intégrés
dans les institutions. Il s’agit : de l’alternance au sommet
de l’Etat, la représentation parlementaire et gouvernementale
dans l’ordre de 40% pour les Batutsi et 60% pour les Bahutu ainsi que
de 50% au Sénat et dans les forces de sécurité, pour
chacune des communautés.
Quel est l’état des lieux si on en fait une évaluation
sommaire au jour d’aujourd’hui ?
Bref, l’Accord d’Arusha a été progressivement violé sur
toute la ligne et est aujourd’hui enterré.
Tenez !
1° Tous les textes fondamentaux qui régiront le Burundi après
la transition dont la constitution ignorent la prise en compte de l’aspect
politique – préalablement défini et mis en avant à Arusha
pour définir la nature du conflit burundais, problème fondamental
donc – et se contente de mettre en avant l’aspect ethnique.
Dans l’accord, on s’est entendu sur les problèmes de
fondement politique (exclusion politique) qui ont prévalue au moins
pendant quatre décennies et tout cela est déjà oublié endéans
3 ans de transition !!! C’est quand même marrant.
On avait proposé une « constitution fondée sur le pluralisme
qui promeut la compréhension entre les composantes politico ethniques,
qui crée un ordre politique nouveau ». Hélas, cette proposition
qui, pourtant avait rencontrée un accord unanime des nos politiciens
est loin d’être celle qui se trouve dans l’actuelle constitution.
2° Une fin de processus de négociations qui privilégie
le gagnant - perdant, la frustration. C’est m^me contre la nature de
la négociation, la résolution des conflits au sens universel
et international. En effet, la vraie négociation doit aboutir sur
une fin de gagnant - gagnant, sur des compromis, tous les protagonistes doivent
se sentir dans le résultat obtenu, on doit penser à l’altérité,
l’altruisme sinon on tourne en rond.
3° Prise en compte de l’aspect ethnique qui a son fondement dans
l’exclusion politique, les propos du Secrétaire Général
du CNDD-FDD l’illustrent clairement : « Abazoza mu mugambwe watsinze
bokwirikiza imigambi n’ivyiyumviro vyawo, ntibazozana programmes z’abo ».
C’est cela la négation m^me de la cogestion pourtant acceptée à Arusha.
C’est aussi la négation de la coalition. Beaucoup de polititiens
burundais vous diront que l’actuelle constitution permet le partage
du pouvoir entre les communautés hutu et tutsi ! Faux. Qui dit partage
suppose des mécanismes pour élire des représentants
de chaque communauté. Ce qui est hors de question si les représentants
des Tutsi proviennent des partis hutu.
4° Le choix de la représentation de la famille politico – ethnique à tendance
Tutsi : on a déjà oublié que les tueries sans nom qui
ont eu lieu au Burundi en 1993 s’adressaient soit aux Batutsi parce
qu’ils étaient simplement des Tutsi soit aux militants de l’UPRONA
parce qu’ils avaient une idéologie différente de celle
du parti au pouvoir le FRODEBU. Même les Hauts Cadres Batutsi du FRODEBU,
des gouverneurs de provinces en l’occurrence n’ont pas daigné protéger
les membres de leur communauté parce que prisonniers de l’idéologie
du parti FRODEBU qui les avait engagés. Nous faisons allusion aux
provinces MURAMVYA, KARUZI, NGOZI, KAYANZA pour ne citer que celles-là.
L’actuelle constitution nous propose une erreur pareille ! On oublie
vite !
5° A la fin de la transition déjà, lors des propagandes
autour de la constitution post-transition, les 35 partis politiques agréés
au Burundi se réduisent à deux tendances politiques comme celles
qui existent fondamentalement et qui sont définies à Arusha,
mais seulement qui risquent de se retrouver occultées par les gagnants
d’aujourd’hui.
Pendant que les dirigeants des partis à majorité Hutu et le
pouvoir en place s’évertuent à expliquer que c’est
la paix et qu’il n’y a plus de grands problèmes, les militants
de ces mêmes partis utilisent les mêmes zèles pour terroriser
ceux qui ont voté « NON » à la constitution. Les
témoignages sont nombreux. Il y a eu beaucoup de réfugiés à l’intérieur
comme à l’extérieur du pays suite à ce terrorisme.
En un « NON », ils y voyaient une expression Tutsi. Où sont
la paix et la réconciliation dans tout ceci au Burundi ? Est-ce que
les gestionnaires de la transition ont su rapprocher les positions des uns
aux autres. Non ! Une vérité qui crève les yeux.
6° L’acharnement des tenants de la constitution post-transition
contre UBUSHINGANTAHE ! Une pure et véritable exclusion. Quels sont
ou seraient les mobiles qui militent en faveur du refus catégorique
d’UBUSHINGANTAHE ? Paradoxe à notre avis ! Nous avons peur de
prête l’intention à qui que ce soit, ce sont eux-mêmes
qui répondraient à cette question. Sous d’autres cieux,
une valeur comme l’Ubushingantahe est universelle.
En effet, la très prestigieuse institution traditionnelle d’UBUSHANGANTAHE,
vénérable institution des « Sages » était
sensé réguler l’ordre social au sens plein du terme.
A l’origine, celle-ce était un corps constitué par de
véritable gardiens de la paix sociale. De gens qui ont conduit jour
après jour le pays profond sur le chemin de la vie à travers
les périodes fastes et les périodes d’épreuve.
Pour y être admis, il fallait se distinguer des autres personnes par
la sagesse, le sens élevé de la justice et de l’équité,
le culte de la vérité, le courage, l’honneur, le dévouement
et le sens élevé de la personnalité. Bref, il fallait être
au dessus de tout soupçon, avoir une conduite irréprochable.
Ce sont ces hommes qui ont pérennisé la nation burundaise à travers
toutes les collines en faisant respecter le code de la vie tel qu’il
a été accepté par tout le peuple. Voilà une telle
valeur se voit refusée de figurer dans la constitution ! Quelle volonté d’amener
la paix au Burundi ?
En somme, n’en déplaise donc les gestionnaires de la transition
au Burundi, les tenants de la constitution post - transition, l’évaluation
de la situation politique – et celle des autres secteurs de la vie
du pays qui en est subséquente – se présente comme telle
; elle est inquiétante – Confer les avis concordants des experts
comme Jan Van Eck et Eugène Nindorera.
C’est une situation où on se trouve à côté de
l’Accord de Paix et de Réconciliation ; c’est l’oubli
total de l’Accord d’Arusha au profit de l’exclusion politique
et partant, physique de la communauté Tutsi.
La remédiation pour un pays profondément meurtri et divisé comme
le Burundi, il faut :
promouvoir une gestion saine des affaires de l’Etat et une alternance
politique et pacifique dans l’acquisitions des rênes du pouvoir
;
remettre à l’honneur le sens de la vérité autant
dans les mœurs politiques que dans la vie quotidiennes car « aucun
mensonge ne peut durer indéfiniment » comme le disait inlassablement
Martin Luther King ;
Substituer une culture politique pluraliste à la culture politique
ethniste ;
Soutenir et/ou favoriser l’éclosion et/ou l’épanouissement
des forces sociales porteuses d’une culture démocratique ;
Mettre fin au nouveau mythe politique induisant la violence dans le discours
et dans la pratique ;
Condamner et bannir le génocide et les autres crimes contre l’humanité qui
font le lit de tous les radicalismes ;
Recentrer correctement le concept de l’Etat dans la mémoire
des gens comme une Institution collective ;
Bâtir des institutions crédibles et non pas porter des hommes à bout
de bras.
Le deuxième intervenant a rejeté le schéma suivi par
le gouvernement actuel dans la reconstruction de l’Etat burundais.
Il a proposé plutôt Justice- Réconciliation-Développement.
En effet, a-t-il expliqué : depuis 45 ans, les burundais sont divisés
et vivent un conflit de sang et des cycles de violence répétitifs
qui ont culminé avec l’assassinat du Président Ndadaye
qui a été suivi par des massacres de Tutsi dans toutes les
communes du pays et qualifiées de génocide anti tutsi par une
commission internationale de l’ONU dans son rapport S/1996/682 DU 22
AOUT 1996. Durant toutes ces années et jusqu’aujourd’hui,
la justice n’a jamais été faite. Tous les criminels et
tous les hommes accusés de crimes contre l’humanité circulent
librement, d’autres sont libérés ou ont acquis une immunité provisoire
qui sera bientôt définitive car ils seront demain les gestionnaires
du pays. L’impunité est le mal qui ronge le Burundi. Au lieu
d’être puni selon la loi, des auteurs de différents crimes
sont récompensés et sont placés dans les institutions
de la République. Il n’ y aura donc de paix durable au Burundi
tant que les victimes ne seront réhabilités par une justice
sans faille en condamnant et en sanctionnant toutes les personnes accusées
de crimes contre l’humanité.
Le processus actuel de paix au Burundi peut être comparé à la
construction d’une maison sans fondation et sur du sable. Si rien n’est
fait pour corriger, le système qui est mis en place s’écroulera
de lui-même. Les Barundi, Hutu et Tutsi confondus n’accepteront
jamais que soit puni seulement le bas peuple et que les concepteurs – cerveaux
des massacres et forfaits de toute sorte occupent des postes juteux au Gouvernement,
Parlement, Sénat et à l’Armée.
L’intervenant est revenu sur le système démocratique
qui convient à un pays dont sa population est divisée comme
le Burundi. Toutes les solutions apportées à l’équation
burundaise ont toutes échoué jusqu’aujourd’hui
: parti unique, coups d’état, politique de l’unité construite à partir
de l’unité de Buyoya, la constitution de 1992, accords de Kajaga
et Kigobe, convention de gouvernement, la convergence, le partenariat, l’accord
de paix et de réconciliation d’Arusha et les nombreux accords
de cessez-le-feu. Ne faudrait-il pas essayer une autre solution qui tient
compte de l’histoire récente du Burundi ? « La paix n’a
pas de prix » a-t-il précisé. Si les quotas ethniques
et la démocratie des/ et dans les communautés peuvent ramener
une véritable paix durable, pourquoi ne pas essayer. En effet, a-t-il
souligné même d’autres experts comme le sage historien
burkinabais Ki-Zerbo dans son livre « A quand l’Afrique ? » propose
comme solution au problème burundais un partage du pouvoir 50%-50%
entre les Bahutu et les Batutsi : « J´en tire la conclusion suivante
: si l´on veut résoudre le conflit en s´attaquant à ces
racines, ont doit alors inventer une nouvelle formation sociale, qui assure
aux Hutu et aux Tutsi une participation égale, c´est-à-dire équilibrée
aux structures
démocratiques. »
L’intervenant a lancé un appel au futur Président qui
sera élu à relancer le dialogue entre les deux principales
communautés en conflit de sang afin de revoir tous les textes fondamentaux
: la constitution, le code électoral, la loi communale et la loi sur
les partis politiques et y intégrer des balises aboutiront à un
contrat d’avenir pour le Burundi et à un pacte de cohabitation
pacifique négocié et signé par les représentants élus
et mandatés par leur communauté.
« L’exclusion ne supprimera pas l’exclusion au Burundi,
seul un dialogue franc, permanent entre les véritables représentants
des Bahutu et des Batutsi ; un partage équitable du pouvoir entre
ces principales communautés y parviendront
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