Voter NON contre la constitution qui exclut
la communauté éthnique Tutsi
Finalement, le referendum constitutionnel aura lieu le 28 février
2005 après plusieurs reports. Le Burundi retrouve une effervescence électorale
sans grand enjeu puisque les résultats sont connus d’avance.
Le vote consistera à répondre par OUI ou par NON à la
question qui est celle de savoir si l’électeur accepte la Constitution
soumisE au vote.
Que contient ce sésame censé ouvrir la voie á la paix
et á la concorde au peuple burundais soumis depuis plus d’une
décennie aux affres de la guerre et du génocide ?
Quelques privilégiés ont pu prendre part à des séances
expéditives d’explication de ce texte dit juridique. Il reflète
plus une juxtaposition des volontés d’un camp ethnico-politique
que le résultat d’un quelconque processus de consultations politiques.
Le plus grave est qu’à l’issue de cette pseudo-consultation,
des recommandations ont été avancées par les citoyens
en vue d’améliorer ce texte et le rendre compatible aux préoccupations
de toutes les communautés de la population burundaise. En définitive,
dans un contexte d’absence de débat, d’arrogance politique
et de violation flagrante des principes démocratiques élémentaires,
c’est un texte truffé de contradictions qui sera soumis à un
peuple qui l’ignore.
Que faire de ce texte ? La réponse est que tous les citoyens exercent
leur devoir de citoyen et aillent exprimer leur rejet de ce texte EN VOTANT
NON !
POURQUOI VOTER NON ?
Plusieurs raisons relevant du bon sens, de la cohérence politique
et du souci de la cohabitation pacifique entre les communautés recommandent
de VOTER NON :
VOTER NON parce que le processus d’adoption était anti-démocratique
et fondamentalement controversé.
Le Projet de constitution a été rédigé dans
le secret par une équipe monocolore, choisie par le Président
de la République, sans concertation avec tous les partenaires politiques.
Il a été rejeté par les ministres, parlementaires et
sénateurs de la communauté Tutsi.
Un tel texte ne peut donc pas prendre en compte les préoccupations
vitales de toutes les composantes de la population burundaise. Voilà pourquoi
il faut tous aller voter NON !
VOTER NON parce que les propositions populaires d’amendement ont été ignorées.
La Constitution est un instrument juridique et politique d’essence
populaire. Le Président de la République avait soumis le Projet
de Constitution à une consultation restreinte à travers le
pays. Une série d’amendements ont été proposés,
y compris par d’éminents politologues et juristes qui y décelaient
de graves manquements et contradictions rendant impossible l’exécution
d’importantes dispositions assurant la protection des minorités
numériques dans un climat de hantise du spectre du génocide
récurrent des tutsi. Les amendements proposés pour assurer
la paix et la sécurité de toutes les communautés ont été rejetés
alors que ces amendements étaient presque en totalité issus
de la lettre ou de l'esprit de l'Accord d'Arusha.
.
Refuser de prendre en compte la volonté populaire et les Accords
négociés devant la Communauté internationale présage
des visées politiques d’exclusion des minorités numériques
et du triste sort réservé á celle-ci dans l’avenir.
C’est aussi se moquer des citoyens que les dirigeants actuels continuent à manipuler
et à instrumentaliser les uns contre les autres, au lieu de créer
un climat propice à la concorde sociale qui les réhabilite
dans leurs droits fondamentaux, à commencer par celui du respect de
leur vie. Tout indique donc qu’il y a un agenda caché d’exclusion
politique des minorités numériques d’abord et de leur élimination
physique par la suite. Voilà pourquoi il faut tous aller voter NON
!
VOTER NON pour sanctionner le pouvoir.
En refusant de procéder aux amendements proposés par le peuple
alors qu’il s’était engagé à les prendre
en compte, le Président de la République a trahi sa parole
d’honneur. Il faut alors sanctionner cette attitude qui est une insulte
lancée au peuple. Alors que la Constitution prévoit que « Le
Gouvernement est construit sur la volonté du peuple burundais. Qu’il
est responsable devant lui et en respecte les libertés et droits fondamentaux » (Art.
15), cette volonté du peuple est déjà violée
avant même l’adoption de la constitution. Qu’en sera-t-il
alors d’elle si elle est adoptée, surtout avec les flagrantes
et dangereuses lacunes qu’on lui connaît?
C’est une démonstration que le Président et son propre
camp ethnico-politique ne se soucient pas de respecter la volonté du
peuple et de protéger les minorités sous menace perpétuelle
d’extermination. Il faut que le peuple prenne ses responsabilités
et rejette cette constitution de tous les dangers en VOTANT NON.
Des dispositions importantes de la Constitution mettent en danger les minorités
numériques au Burundi. Leur amendement a été rejeté.
Il faut que le peuple les refuse pour sa propre protection et la sécurité de
tous.
Rejet unanime des listes bloquées (Art. 168). La formule des listes
bloquées présente le danger de voir des criminels légitimés
dans leurs forfaits et gratifiés de l’honneur de citoyens honnêtes,
alors qu’il faudrait plutôt promouvoir des acteurs politiques
propres, intègres et sur lesquels ne pèsent pas de soupçons
de perpétration du génocide, de crimes de guerre et d’autres
crimes contre l’humanité.
Il faut que le peuple puisse choisir individuellement des personnes dont
il connaît les qualités de probité et d’Ubushingantahe.
Voilà pourquoi il faut tous aller voter NON !
Alternance politique et ethnique au sommet après chaque mandat (Président
Hutu- Président Tutsi) – (Art. 95 et suivants). Le risque d’exclusion
totale des minorités et de leur élimination physique est réelle
et se matérialisera plus nettement à travers les mécanismes
d’accession au pouvoir á tous les échelons. Il faut lutter
contre ce danger, surtout que le spectre de l’élimination physique
des minorités plane aujourd’hui plus que jamais á l’horizon.
Il est vital d’assurer une alternance ethnique et politique à la
présidence de la République pour assurer la participation de
tous les citoyens à la gestion publique dans une logique de gestion
partagée et de processus de rétablissement de la confiance
entre les communautés. Ces dispositions méritent clarification.
Voilà pourquoi il faut tous aller voter NON !
Suppression de 2 vice-présidences et garder une seule (Art. 122).
Le peuple consulté a proposé une seule vice-présidence
parce que la 2ème ne sert qu’à diluer les responsabilités
au niveau de la Vice-Présidence. Cette manœuvre n’est destinée
qu’à « tenir en sandwich » le Vice- Président
issu des minorités, en le rendant co-responsable des pires manœuvres.
C’est dire donc qu’au lieu de concevoir la gestion du pouvoir
en termes de concertation, les concepteurs de cette constitution perçoivent
le pouvoir en termes de confrontation, ce qui est contraire aux profondes
aspirations du peuple burundais, à l'esprit des négociations
d'Arusha et au sens de responsabilité qui doit guider tout responsable
politique et à plus forte raison celui placé à la tête
de l’Etat.
Il est par conséquent impératif de couper court à la
banalisation des fonctions présidentielles et à la dilution
des responsabilités au Sommet de l’Etat. Voilà pourquoi
il faut tous aller voter NON !
Rejet du système de cooptation prévu à l’article
303 de la Constitution. (Art. 303).
Cette disposition est en contradiction avec l’Art. 164 de cette constitution.
Alors que l’Art. 164 prévoit de régler les mécanismes
de cooptation dans le code électoral, l’Art. 303 conditionne
cette cooptation à la situation invraisemblable où un parti
aura obtenu 60% des sièges à l’Assemblée Nationale
? Et si aucun parti n’obtient 60% des sièges à lui seul
mais que le nombre de hutu dépasse les 60%, n’y aura-t-il pas
de cooptation pour assurer les équilibres convenus ?
Il est indispensable de lutter pour le respect des accords conclus et pour
préserver l’espace politique d’expression des minorités
menacées d’exclusion complètes et d’élimination
physique totale. Cette disposition incongrue de l’Art. 303 doit être
supprimée. Voilà pourquoi il faut tous aller voter NON !
Perte de facto de siège lorsqu’un parlementaire change de parti
politique au cours du mandat. Dans un contexte politique encore fragilisé par
un clientélisme assez marqué, il a été observé que
des parlementaires ont changé de partis dans la perspective de s’attirer
les faveurs du parti censé représenter une grande force politique
ou dans l’idée de jouir des avantages pouvant être liés à leur
appartenance à une minorité.
Pour accroître la responsabilité des parlementaires, renforcer
le prestige du caractère national de leur mandat (Art. 149) et cesser
de galvauder la mission censée être la leur, il faut soumettre
au débat le cas de ces parlementaires qui passent plus de temps à changer
de partis qu’à représenter les intérêts
des électeurs, á la recherche des intérêts inavoués
et contraires á l’éthique politique. Voilà pourquoi
il faut tous aller voter NON !
Refuser la banalisation du rôle du Sénat. (Art. 191). Dans
le processus de négociations politiques, le Sénat avait été conçu
comme l’organe correcteur des déséquilibres. Cependant,
la Constitution soumise au referendum a vidé cette idée de
sa substance pourtant fondamentale au regard de la sauvegarde des équilibres
instables dans toute société où cohabitent des communautés
différentes. Le Sénat avait justement été conçu
pour veiller à la protection des minorités. En réduisant
ses pouvoirs et sa capacité d’intervention á leurs portions
congrues, ce sont tous les verrous de protection qui sautent et la machine
de l’exclusion est ainsi mise en marche sans plus de balises protectrices!
La paix ne pouvant être durable par l’exclusion de certains,
fussent-ils numériquement minoritaires, il est impératif que
le peuple se lève et refuse l’exclusion qui n’a d’autre
finalité que la violence avec ses dérapages génocidaires
prévisibles. Voilà pourquoi il faut tous aller voter NON !