Mémorandum de l’Association Internationale SurviT-Banguka adressé au
président de la République du Burundi sur les Institutions
post-transition
Nécessité d'une renégociation des équilibres
fondamentaux pour une solution durable à la crise burundaise.
Genève, le 30 août 2005
SurviT
Ch. De la Nant 4, 2740 Moutier- SUISSE
E-mail : banguka@tutsi.org
Site web: http://www.tutsi.org
Banguka
A S.E. Monsieur Pierre NKURUNZIZA ,
Président de la République du Burundi
Avec les assurances de notre plus haute considération.
C.C. à S.E.
• Monsieur Martin NDUWIMANA, Premier Vice-Président de la République
du Burundi, avec les assurances de notre plus haute considération,
•
Madame Alice NZOMUKUNDA, Deuxième Vice-Présidente de la République
du Burundi, avec les assurances de notre plus haute considération,
•
Monsieur Gervais Rufyikiri, Président du Sénat du Burundi,
avec les assurances de notre plus haute considération,
•
Madame Immaculée NAHAYO, Présidente de l’Assemblée
nationale du Burundi, avec les assurances de notre plus haute considération,
•
Monsieur Koffi ANAN, Secrétaire Général de l’ONU,
avec les assurances de notre plus haute considération,
•
Monsieur Tony Blair, Premier Ministre Britanique et Président du Conseil
de l’Union Européenne, avec les assurances de notre plus haute
considération,
•
Mr. Georges Bush, Président des Etats-Unis, avec les assurances de
notre plus haute considération,
•
Monsieur Guy Verhofstadt, Premier Ministre du Royaume de Belgique, avec les
assurances de notre plus haute considération,
•
Monsieur Yoweri Kaguta Museveni, Président de l’Ouganda et Président
de l'Initiative Régionale de paix pour le Burundi, avec les assurances
de notre plus haute considération.
•
Monsieur Thabo MBEKI, Président de l’Afrique du Sud, avec les
assurances de notre plus haute considération.
•
Monsieur Paul Kagame, Président de la République du Rwanda,
avec les assurances de notre plus haute considération.
•
Benjamin MPAKA, Président de la République Unie de Tanzanie,
avec les assurances de notre plus haute considération.
•
Mwai KIBAKI, Président du Kenya, avec les assurances de notre plus
haute considération.
•
Mr. Jacques Chirac, Président de la République française,
avec les assurances de notre plus haute considération.
•
Mr. Paul Martin, Premier Ministre du Canada, avec les assurances de notre
plus haute considération.
•
Madame MacSkie, Représentante Spéciale du Secrétaire
Général des Nations Unies au Burundi, avec les assurances de
notre très haute considération.
Excellence, Monsieur le Président,
1. Les Tutsi regroupés au sein de l’Association Internationale
SurviT-Banguka, ont pris acte de votre accession à la magistrature
suprême de l’état du Burundi, en date du 26 août
2005. Cependant, ils sont convaincus que rien n’est réglé au
Burundi, car le seul changement observé est qu’une exclusion
vient de chasser une autre. Par conséquent, ils exigent une renégociation
en profondeur des équilibres fondamentaux entre les communautés
ethniques en conflit. C’est cette seule voie qui peut conduire à une
solution durable à la crise burundaise et cela doit être clairement
stipulé dans la constitution.
2. Le système institutionnel aujourd'hui en place au Burundi est
dominé et géré par un parti politique qui n’a
jamais accepté le processus d'Arusha et qui ne se sent ni concerné,
ni lié par les quelques acquis de ce processus. Il rejette le schéma
du partage de pouvoir à base de quotas ethniques durement négocié dans
le cadre de ce processus par les acteurs politiques burundais, ignorant ainsi
les nouvelles réalités communautaires résultant des
circonstances de guerre ethnique et de génocide contre les Tutsi.
Ce qui est paradoxal est que ce même système veut gouverner
en terme de quotas ethnique tout en le niant ! Pourquoi cette tricherie ?
SurviT-Banguka vous invite, sans tarder, à aborder le problème
burundais sans faux-fuyant.
3. En effet, c’est l'ancienne rébellion hutu, le CNDD-FDD de
Pierre Nkurunziza, devenue parti politique, qui a pris, à partir du
26 août 2005, les destinées du Burundi pour les cinq prochaines
années. Ce parti politique (CNDD-FDD), qui se réclame de l’accord
général de cessez-le-feu de Pretoria et non de l’accord
d'Arusha, vient d'être plébiscité par les populations
hutu en reconnaissance de son passé militariste dont les populations
tutsi ont payé le lourd tribut.
4. C'est vrai que l'Association SurviT-Banguka, néée après
le processus d'Arusha et la signature des accords qui en sont issus avait,
en son temps, pris acte de ce fait accompli, tout en dénonçant
les lacunes et les multiples autres imperfections qui caractérisaient
lesdits accords et en demandant que les acquis consentis en matière
d'équilibres ethniques, aussi minimes soient-ils, soient sauvegardés.
5. Aujourd'hui, il apparaît clairement que l’accord d’Arusha
est devenu une coquille sinon vide, en tout cas pleine d'une seule famille
ethnique, faisant ainsi totalement fi de ce peu d'acquis qui constituaient
pourtant un compromis historique de nature à sécuriser toutes
les communautés nationales. Cet état de choses signe donc l’échec
total du processus de négociations lancé en juin 1998 par Julius
Nyerere et les accords qui en sont issus en août 2001, sous la férule
de l'ancien Président Mandela. Il s’avère clair que ce
long, fastidieux et coûteux exercice politico diplomatique n'était
qu’un piège destiné uniquement, dans l’esprit de
ses organisateurs et de certains acteurs politiques nationaux, à démanteler
l’armée nationale afin de mieux asseoir l’hégémonie
politique de la communauté ethnique des Bahutu et d’exclure
celle des Batutsi.
6. La première base juridique et politique du pouvoir du CNDD-FDD
est constituée par l’accord général de cessez-le-feu
signé à Pretoria en novembre 2003 entre le Président
sortant Domitien Ndayizeye et le nouveau Président Pierre Nkurunziza,
lequel a délibérément ignoré, avec la complicité du
médiateur Zuma, toutes les préoccupations exprimées
pour la défense des profondes aspirations des Batutsi, notamment celles
de leur survie physique et de sauvegarde de leurs intérêts fondamentaux.
7. Il convient de signaler à cet égard, qu'il avait été convenu
entre le Président Ndayizeye et le Président de l’Initiative
Régionale, Yoweri Museveni de l'Ouganda ainsi que Médiateur
Jacob Zuma que cet accord général de cessez-le-feu serait négocié et
signé entre le Vice-Président tutsi de la deuxième période
de transition, agissant au nom de la communauté des Batutsi et Pierre
Nkurunziza, le leader du CNDD-FDD, rébellion hutu ; mais que, très
paradoxalement, cet accord a été négocié et signé entre
ce dernier et le Président Ndayizeye, représentant la communauté des
Bahutu à la tête de l’Etat pendant la deuxième
période de transition. Autrement dit, le sort de la communauté tutsi
a été scellé, à son insu et contre ses intérêts,
entre ces deux principaux leaders de la communauté hutu.
8. La deuxième base juridique et politique du pouvoir CNDD-FDD est
constituée par la Constitution post-transition qui a été imposée
par le médiateur Jacob Zuma et le Président Domitien Ndayizeye,
après l'avoir entièrement dépouillée des aspirations
et des préoccupations fondamentales des tutsi. Cette Constitution,
adoptée par les parlementaires hutu lors de la réunion illégale
du 17 septembre 2004, a été ensuite plébiscitée,
sans difficulté, par l’électorat hutu, politiquement
instrumentalisée, mais massivement rejetée par l’électorat
tutsi au cours du référendum du 28 février 2005.
9. En vérité, la constitution du 28 février 2005 institutionnalise
l’hégémonie politique de la communauté ethnique
des Bahutu et la marginalisation politique de la communauté ethnique
des Batutsi. Elle extorque à la communauté ethnique des Batutsi
le droit de choisir eux-mêmes leurs représentants dans les institutions
politiques au niveau du quota de 40% reconnu par l'accord d'Arusha et accorde,
contre toute logique, aux formations politiques hutu le droit de désigner
les représentants de la communauté des Batutsi au sein des
institutions actuelles si bien que nous considérons que les députés
et sénateurs élus sur les listes CNDD-FDD et du FRODEBU ne
représentent pas les intérêts vitaux de la communauté ethnique
des Batutsi mais plutôt de ceux qui les ont élus.
10. Cette escroquerie politique initiée et pilotée par le
médiateur Jacob Zuma et le Président Domitien Ndayizeye explique
le rejet massif le 28 février 2005 de la Constitution post-transition
par les membres de la communauté ethnique des Batutsi et prive cette
constitution de toute légitimité politique comme l’écrivait
récemment fort opportunément M. Jan Van Eck, le politologue
sud-africain, spécialiste de la résolution du conflit burundais
(Jan Van Eck).
11. Organisées sur la base de cette Constitution du 28 février
2005, les dernières élections législatives donnent aux
trois grandes formations politiques un pouvoir politique hégémonique
et une suprématie législative écrasante et prive du
même coup les formations politiques tutsi (UPRONA, MRC) de toute possibilité de
blocage du vote des lois préjudiciables aux intérêts
vitaux de la communauté des Batutsi, tel que cela avait été prévu
par l'accord d'Arusha. Il en est de même pour ce qui est des dernières élections
communales qui donnent à la principale formation hutu, le CNDD-FDD,
un pouvoir monopolistique au niveau des collectivités locales, préfigurant
ainsi une véritable dictature ethnique hutu, en l'absence d'aucun
représentant des principales formations politiques tutsi (UPRONA,
MRC, PARENA).
12. Plus grave encore, la Constitution du 28 février 2005 a tout
verrouillé au profit de la Communauté des Bahutu, car elle
ne peut être amendée que par les parlementaires dont la plus
grande majorité est hutu ou les populations par référendum.
Une telle monopolisation institutionnelle laisse présager qu’au
cours de l'actuelle législature, le pouvoir hutu supprimera les quotas
ethniques au sein de l’armée et des autres rouages de l'Etat.
13. Il est donc clair que l’obsolescence et la désuétude
de l’accord d’Arusha, qualifié d’accord de pain
par votre parti politique, le CNDD-FDD, ainsi que l’illégitimité d’une
Constitution post-transition imposée aux Batutsi alors qu'ils l’ont
massivement rejetée le 28 février 2005, créent les conditions
d'une crise de légitimité du nouveau système institutionnel
dont vous êtes le chef suprême.
14. Compte tenu de ce qui précède, l’Association Internationale
SurviT-Banguka, qui se définit comme un acteur national pacifiste
demande que ce nouveau système institutionnel soit réformé, à travers
des négociations entre le nouveau pouvoir et les représentants
de la communauté des Batutsi à l'instar de celles envisagées
avec le mouvement rebelle armé, le PALIPEHUTU-FNL.
15. SurviT-Banguka considère que la légitimité politique
du système institutionnel en place est à ce prix, car ce sont
de telles négociations qui permettront de mettre fin, de façon
durable, à la tragédie que connaît le Burundi depuis
de nombreuses années, à travers un véritable accord
de paix de nature à résoudre la crise plutôt que de l'amplifier.
Juvénal Nduwimfura, Président
Maître Pacelli Ndikumana, Vice-Président.
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