TROISIÈME ACTE DE LA TRAGI-COMÉDIE ÉLECTORALE
AU BURUNDI
TROISIÈME ACTE DE LA TRAGI-COMÉDIE ÉLECTORALE AU BURUNDI
Alea jacta est ! Le report du referendum constitutionnel est devenu officiel.
Souhaité et attendu de tous, personne n’osait l’évoquer.
Celui qui s’y essaya le paya de son poste. Il ne fallait pas sortir
des frontières du politiquement correct. En apprenant la décision
de reporter une nouvelle fois le referendum constitutionnel, d’aucuns
ont cru à une plaisanterie.
Depuis le limogeage du Vice-Président Alphonse-Marie Kagede, l’opinion
pensait que le Gouvernement avait tout pour tenir les délais et que
le « dur et rigide » Kadege n’était qu’un
prophète de malheur. Que nenni ! Rien n’est encore prêt
et de décret en décret, le Président de la République
semble n’avoir que le temps de parapher les textes de convocation d’un électorat
inconnu, désorienté et résigné. Kadege avait
eu tort de parler avant la vénérable Commission Electorale
Nationale Indépendante (CENI) constituant dorénavant l’alpha
et l’oméga de ce processus aux débuts chaotiques et à la
fin bien probable mais de qualité incertaine. La CENI a fini par annoncer
un 3ème renvoi du référendum constitutionnel à la
date indicative du 22 décembre 2004.
Le cafouillage institutionnel en cours au Burundi ne peut que soulever des
interrogations. Jusqu’où les Burundais sont-ils propriétaires
de leur processus de paix? En cette période de marche électorale
forcée, la question la plus importante reste la véracité de
l’indépendance de la CENI. Est-elle une caisse de résonance
de la nébuleuse sous-régionale au chevet du Burundi ? A-t-elle à ceour
d’offrir à l’électeur burundais des élections
véritablement crédibles et porteuses de paix ? Les membres
de la CENI ont étonné leurs compatriotes en se précipitant à Kampala
dès leur nomination. Comme s’ils devaient requérir la
bénédiction du grand manitou de la sous région avant
de rencontrer in corpore le corps des guérisseurs formés des
Chefs d’Etat qui ont donné leur quittus pour le schéma
thérapeutique concocté mais qui semble inadapté au patient
burundais eu égard aux faux-départs qui s’accumulent.
Gare aux effets secondaires.
En outre, l’externalisation de la gestion du processus de paix n’est
pas de nature à rassurer les Burundais qui sentent quelque part une
nouvelle tutelle politique qui ne dit pas son nom. Elle s’appuie sur
des relais locaux dont elle veut s’assurer la docilité contre
le mirage de grands pouvoirs. Aujourd’hui, ni le Président Ndayizeye,
ni le Président de la CENI ne peuvent rien entreprendre sans l’aval
de la puissance sud africaine et de Mme Mc Askie. Nul besoin d’évoquer
la place honorifique du Vice-Président plus affaibli que jamais et
dont le Parti, l’UPRONA, va vers une déroute électorale
et politique sans précédent selon les prévisions de
plusieurs observateurs.
Quant au G10 et aux partis dits tutsi, le tour de vis enclenché par
l’Ir. Ndayizeye a servi à fendre les rangs et à créer
une psychose. Leurs sièges gouvernementaux n’ont jamais été éjectables.
Il faut toutefois noter que les enjeux du processus actuel ne sont pas uniquement
liés aux élections. Des considérations d’une autre
nature seraient à prendre en compte. Les perspectives politiques faisant
poindre à l’horizon l’éloignement plus que probable
du FRODEBU de la première scène, il faut préparer la
sortie en s’assurant que les chantiers sont achevés, que les
fidèles sont bien placés et la quiétude de l’avenir
est plus ou moins assurée. C’est donc dire qu’il y a des
raisons de voir adopté à coup de reports et de dates indicatives,
un calendrier véritablement glissant au gré d’un Président
qui s’est découvert une forte envergure politique et au grand
dam des partis tutsi condamnés au suivisme sous peine de renvoi d’un
Gouvernement que l’on veut rangé derrière un seul homme.
En tout état de cause, report ou pas, y’avait-il réellement
un urgent besoin de gaspiller 8 Milliards de FBU pour l’approbation
déjà acquise d’un texte constitutionnel imposé,
inconnu des citoyens et déjà en vigueur? Si ce n’est
pas que le besoin d’une onction démocratique pour un régime
qui n’en a aucun attribut.
Qui eût pensé voir un jour les chantres de la démocratie
du FRODEBU se muer en un Front contre toute pratique démocratique
au Burundi ? Qui dit-on qu’il ne change pas d’idées ?
Et pour cause…