| |
Elections de 2010 : deux scenarii de plus
en plus envisageables.
Dans près de six mois, la situation politique se sera plus
ou moins décantée au Burundi et la formation politique
qui occupera le haut du pavé sera à peu près
déjà connue. Selon les observateurs avisés,
deux cas de figure sont aujourd’hui envisageables. Profitant
de sa situation actuelle de gestionnaire exclusif du pays, le parti
présidentiel, CNDD-FDD, pourra tripatouiller les élections à l’envi,
recourir à ses polices officielles et officieuses, user
de son habituelle stratégie d’intimidation et de liquidation
des opposants et, in fine, triompher sans gloire. Le cas échéant,
le parti présidentiel jouera la carte de la division pour
fragiliser les partis politiques qui lui font ombrage sur terrain.
Ce parti sort d’ailleurs ses premières cartouches
en menaçant de supprimer le parti UPD-Zigamibanga, comme
vient de le laisser entendre Edouard Nduwimana, ministre burundais
de l’Intérieur, au cours d’une réunion
qu’il a tenu le 30 octobre 2009 à l’intention
des gouverneurs de provinces. Les activités du parti FNL
sont aussi quotidiennement sabordées par le CNDD-FDD dans
l’unique souci de le déplumer à quelques jours
des consultations électorales.
Ainsi, tous les coups bas lui sont permis pour rééditer
le raz-de-marée de 2005. Mais la seule certitude est que
compte tenu de l’excessive érosion de son capital
confiance auprès de la population, sa majorité sera
certainement faible au parlement. Dans ces conditions, pour pouvoir
gérer le pays, il sera obligé de composer avec les
autres formations politiques qui ont visiblement voix au chapitre,
en l’occurrence le FRODEBU, l’UPRONA et le FNL. Mais,
la faible victoire du CNDD-FDD sera mal digérée par
ce parti aux appétits gloutons qui a littéralement
ruiné le pays en cinq ans de législature. Le pouvoir
sera cogéré et plusieurs militants du CNDD-FDD qui
auront passé le plus clair de leur temps à voler
au peuple pour renflouer leurs poches et passablement la caisse
de leur parti en vue d’assurer ses arrières pendant
la campagne n’auront pas de postes attendus. La couleuvre
sera d’autant plus dure à avaler que les grosses pointures
se seront déjà pré positionnées au
niveau du parti UPD-Zigamibanga, autre étoile montante,
qui n’est que le CNDD-FDD revu et corrigé. Pour plus
de ¾ de Burundais, la victoire du CNDD-FDD constitue un
scénario catastrophe qui ferait qu’au lieu de sortir
la tête hors de l’eau, le Burundi continue à piquer
du nez et poursuive inexorablement sa descente aux enfers.
Le deuxième scénario est en rapport avec une victoire
d’une autre formation politique qui aura fait cavalier seul
ou émergeant, in extremis, d’une coalition ad hoc
(l’idée fait son chemin) de partis politiques déterminés
et mus par le même élan citoyen de tout faire pour
bouter le CNDD-FDD hors de l’orbite du pouvoir. Pour une
large majorité de Burundais, c’est le scénario
bonheur. Reste que sera sans doute un véritable désastre
pour l’actuel parti présidentiel, CNDD-FDD. Car quel
que soit le parti gagnant, les as du crime qui contrôlent
le pouvoir aujourd’hui seront référés
au tribunal de la raison pour avouer, expliquer et payer. Mais
d’aucuns estiment qu’ils n’attendront pas cette étape
critique. Ils auront certainement pris la clé des champs,
conscients du chaos qu’ils ont volontairement entretenu,
cinq ans durant, dans le pays qu’ils promettaient pourtant
de sauver cinq ans plus tôt. En tête de liste des candidats à traquer
se trouve naturellement le Chef de l’Etat, Pierre Nkurunziza.
Il devra en effet s’expliquer sur les dossiers phare de corruptions,
assassinats et autres violations des droits de l’homme, qui
ont marqué son mandat : le flou qui couvre les massacres
de Muyinga, les dessous du faux putsch qui a entraîné la
torture et l’emprisonnement de l’ancien président
de la République Domitien Ndayizeye et son vice-président,
Alphonse Kadege ainsi que leurs compagnons d’infortune, le
quid des transactions qui ont entouré la cession du jet
présidentiel, Falcon 50, le mystère qui entoure la
disparition du colonel Rwamigabo, ancien pilote du Falcon 50 et
fin connaisseur du dossier y relatif, les dessous de l’assassinat
du vice-président de l’OLUCOME, Ernest Manirumva,
le véritable ressort de l’affaire Interpetrol, etc.
Tout finira par se savoir et les futurs élus devront en
faire une priorité.
.
|
|