Le processus électoral a du plomb dans l’aile

A peine démarrée, la machine électorale s’est brutalement enrayée au Burundi. Cinq candidats (FNL, MSD, FRODEBU, UPD et CNDD) aux élections présidntielles du 28 juin prochain viennent de se rétracter. Ils ont déjà récupéré leurs dossiers à la CENI, arguant qu’il est inutile de continuer à participer à un vrai faux processus électoral. Ils contestent encore les résultats du premier scrutin. Et pour cause. En truquant maladroitement et ostentatoirement le processus pour qu’il tourne à son avantage d’entrée de jeu comme par enchantement (élections communales), le CNDD-FDD a volontiers fait montre d’une intention de faire chavirer le navire dont il tient les commandes à la Néron depuis près de cinq ans, et qu’il préfère faire couler à tout prix, faute de pouvoir en garder démocratiquement le contrôle.

Que d’espoirs douchés ! Que de rêves brisés ! Tout ceux qui rongeaient leur frein pour renouer finalement avec les mots liberté, relance économique ou droits de l’homme en ont encore le pincement au cœur. Le damné pays est encore au bord du gouffre s’il n’y est pas déjà, victime de ces fils/filles machiavéliques à souhait. Jusqu’au jour « j » des communales, le parti ne se faisait point d’illusion. Il était parfaitement conscient du rejet massif qu’il inspire au peuple burundais. Cela va sans dire. Et on ne le dira jamais assez. Sa législature était simplement devenue synonyme de gangstérisme d’Etat, viols massifs, vols à grande échelle, corruption sauvage, lynchage/harcèlement des opposants ou autres insoumis, faillite généralisée et programmée des entreprises publiques, paupérisation à vue d’œil de la population, rétention arrogante des salaires pour fonctionnaires un tantinet grévistes, avantages inouïs et outrecuidants pour la crème de la classe dirigeante (few happy), et comme pour tout corser, impunité garantie à tous ces criminels de tous poils. La jungle pour ainsi dire. Les responsables de ce bourbier se savaient dans le collimateur des démocrates à venir. C’est ainsi qu’ils ont pris les devants à leur manière en procédant aux bourrages d’urnes et aux autres manœuvres inavouables pour sauver les meubles et se maintenir au pouvoir. Contre le gré de la population.

Aujourd’hui, la situation est naturellement inquiétante dans la mesure où le parti présidentiel se refuse d’assumer les fraudes flagrantes. Treize partis d’opposition ont eu l’occasion de le prouver à plusieurs reprises : le CNDD-FDD a largement triché. «Comment un parti qui a ruiné le peuple et le pays peut-il avoir un score largement supérieur à celui de Melchior Ndadaye en 1993 et de son propre score de 2005 lorsqu’il avait toute sa virginité en politique ? », s’interroge Léonard Nyangoma, président du CNDD. C’est limpide comme de l’eau de roche : les élections n’ont été ni libres, ni transparentes ni régulières, car elles ont été précédées par des vagues d’Intimidations, de rachats des consciences et ce premier aspect de dérapage a été illustré notamment par le président du CNDD-FDD, qui est allé personnellement inaugurer une école dans sa province natale de Muramvya à deux jours du scrutin. C’est ici l’article 87 de la constitution qui, par dessus le marché a été allègrement violé. En outre, rien n’exclut que le report in extremis du calendrier ne participe du stratagème fddiste pour tripatouiller les élections. « Des instruments ou des outils sensibles comme le bulletin de vote ont traîné dans les communes et bureaux de vote durant 4 jours, ce qui a pu permettre des manipulations», relève les partis politiques d’opposition. La complicité de la CENI est aussi évoquée sur un autre registre. Elle a curieusement refusé de prendre en charge les mandataires de partis politiques alors que cela était dans sa mission comme le recommande l’article 43 du code électoral. « Ce n’était pas facile pour nos mandataires, très bons militants soient-ils, de rester si longtemps sans avoir rien à boire ou à manger, passer près de 36 heures sans boire un verre d’eau ou grignoter quelque chose est une sorte de torture physique», ajoute Léonard Nyangoma.
L’autre indice de fraude avérée est illustré par le transport des urnes par les membres du bureau de vote, à domicile, sans escorte et à l’insu des mandataires. C’est pourtant confirmé par les journalistes qui, en synergie et en temps réel, ont couvert le scrutin volé. Plus grave encore : les deux procès-verbaux, l’un dressé après le scrutin (art 62, alinéa 3) et l’autre dressé après dépouillement, n’ont pas été remis aux mandataires des partis politiques conformément aux articles 62 et 71 du code électoral. Par ailleurs, la CENI a volontairement brouillé le jeu en refusant de la clarifier a priori par un guide pratique et d’autres textes d’explication qui auraient pu éclairer la lanterne des agents des CECI et des CEPI. C’est aussi dans cette optique qu’elle a été farouchement critiquée par les observateurs internationaux qui trouvaient absurde que la CENI continue à sortir des arrêtés jusqu’au jour du scrutin. C’est précisément cette entorse qui rend impossible, sinon difficile, toute possibilité de recours. Enfin vient la mystérieuse coupure généralisée du courant, précisément au moment du comptage. De l’avis des techniciens de la REGIDESO, le réseau électrique du Burundi n’est pas interconnecté pour occasionner des coupures simultanées. Difficile, dans ces conditions, de comprendre comment on peut avoir des coupures simultanées dans des endroits qui ne partagent pas de lignes, comme Karusi et Rumonge. Et bien qu’ils fondent tous en larmes devant ce hold-up électoral orchestré par le parti présidentiel, les partis d’opposition ne s’étaient pas suffisamment préparés pour éviter ces fraudes largement décriées.

 

 
     
     
     
     
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