Elections truquées : quid du silence assourdissant du Président burundais

Cela fait près de trois semaines que le premier scrutin (élections communales) a été organisé au Burundi. Aujourd’hui, le secret n’est plus que de polichinelle ; ces élections se sont déroulées dans la plus totale confusion : non respect des horaires d’ouverture et de fermeture des bureaux de vote, achat de votes, bulletins de vote non mis dans les enveloppes, absence du double comptage des voix, port de signes distinctifs de partis politiques, actes d’intimidation à l’encontre des électeurs, dispositions d’isoloirs sans garantie du secret de vote, absence de procès-verbaux pour mandataires politiques, etc.

Dès le lendemain de la proclamation des vrais faux résultats, plusieurs partis ont crié aux fraudes massives avec des preuves concrètes à l’appui. Mais la CENI n’en avait cure. Elle est restée de marbre, même à la vue des urnes qui, deux semaines après le scrutin, trimballaient encore dans les salles de classes où il n’y avait même pas de bureau de vote. Les fraudes étaient flagrantes et l’Etat-major du CNDD-FDD en était parfaitement au courant. C’est ainsi qu’au sein de ce parti, ni les Bagumyabanga (ardents militants), ni les Bakanyererarugamba (militantes percutantes), ni les Imbonerakure (jeunes milicianisés), personne n’a spontanément jubilé, à l’annonce des résultats. Le code était limpide : se taire pour attendre que la mayonnaise prenne.

Curieusement, même le président de la République, Pierre Nkurunziza, d’habitude intarissable de verve, s’est muré dans un silence assourdissant. Muet comme une carpe, Pierre Nkurunziza s’est complètement effacé de la saine politique en attendant un pimpant come-back. « Ceux qui ont des réclamations à faire par rapport aux élections doivent le faire dans le respect de la loi », philosophe-t-il, en écho à la salve de protestations des partis politiques qui ont remis en cause les résultats du premier scrutin. Pourtant, c’est au Président de la République que s’adressent toutes les supplications pour l’amener à calmer le jeu, prendre en compte la vague de protestations de l’opposition et reconsidérer le calendrier électoral afin de redonner de la saveur au processus électoral qui, de l’avis unanime, a perdu de son essentielle substance démocratique.

En adoptant la politique de l’autruche pour laisser le pays sombrer dans une autre spirale de violences, le Chef de l’Etat burundais en répondra immanquablement devant le tribunal de l’Histoire. Même si pour lui le compte à rebours a commencé pour tendre irréversiblement vers le sacre du 28 juin, il est difficile de croire qu’il ne voit pas le danger venir. Ces politiciens grugés qui écument de rage traduisent un malaise général qu’il serait irresponsable de passer outre.

Dans l’absolu, personne ne s’oppose a priori à la victoire du parti CNDD-FDD. Mais il doit effectivement la mériter aux yeux de tous, en laissant les Burundais élire librement, en toute transparence et sécurité. C’est cela qui a manqué le 24 mai dernier. C’est aussi cela qui discrédite tout le scrutin, quoi qu’en dise la communauté internationale, manifestement encline à valider un scrutin hyper controversé pour des raisons inavouables.

La seule énigme qui reste à casser est de connaître les forces occultes qui sous-tendent le hold-up électoral auquel l’on a assisté le 24 mai. S’agit-il d’un réseau de soutiens occultent qui veulent le reconduire à tout prix pour protéger des intérêts inavoués ? Tout ça finira par se savoir. Mais quoi qu’il en soit, ceux qui le supportent seraient mieux à l’aise si le CNDD-FDD gagnait haut la main comme il l’a fait en 2005 sur les traces du FRODEBU en 1993. Si c’est un éventuel soutien extérieur qui fait le lit à son arrogance et le pousse à chosifier/réifier les opposants en les prenants pour de simples énergumènes que sa police devrait rapidement ramener à la raison, d’aucuns s’interrogent sur la nature de ces maîtres à penser.
En revanche, ce qui est certain est que ce Chef de l’Etat aura été de mèche avec des réseaux criminels éminemment maffieux tout au long de son mandat. Certains dossiers phare sont encore en mémoire de nombreux Burundais : assassinat de l’échangeur de monnaie Brown Ndarishikanye, bradage du jet présidentiel, Falcon 50, l’exportation frauduleuse du sucre SOSUMO, le sulfureux dossier Interpetrol, gestion chaotique du pétrole nigérian, mystère total autour des signataires des contrats d'exploitation des minerais et du pétrole du lac Tanganyika, étonnant succès de l’homme d’affaires Nahum Barankiriza, brutale irruption de Silas Majyambere sur le terrain économique burundais, etc. Pour tout corser, il a ouvert tout un boulevard aux douteux hommes d’affaires ouest africains qui infestent déjà le secteur bancaire burundais.

Le mystère est total et si l’on n’y prend pas garde, le Burundi pourrait se surprendre en pleine vente aux enchères, coulé par le CNDD-FDD sous la houlette de Pierre Nkurunziza. Seul le peuple burundais peut changer le cours des choses. Le sort sera jeté le 28 juin. Qu’on se le rappelle bien : peu avant l’enclenchement de l’actuel processus électoral, nombreux étaient les Burundais qui redoutaient les syndromes kényan, zimbabwéen ou d’autres contre exemples de démocratie. D’aucuns estiment que le Chef de l’Etat burundais se fait effectivement disciple de ces quelques leaders africains qui n’ont pas hésité de phagocyter la démocratie en dépit du tollé tous azimuts des citoyens. Les esprits qui ont le don d’anticipation l’avaient deviné depuis des lustres, en scrutant attentivement la trajectoire de Pierre Nkurunziza dans ses différentes pérégrinations à l’étranger : Soudan, Burkina, Bénin, etc. Mais ce Chef de l’Etat a aussi le pied dans le mystérieux cercle de gourous religieux qui ont été les seuls à lui voter des médailles et autres distinctions pendant cette législature.

 

 
     
     
     
     
 1 septembre 2009
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Comme le dit un adage populaire, la nature a horreur du vide. Les deux mois de mise en sourdine du site www.tutsi.org ont laissé s’installer un silence aussi assourdissant qu ’insupportable.
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 22 août, 1996
Rapport de l'ONU sur le génocide au Burundi.
 
 
 
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