SurviT-Banguka: Aujourd’hui la communauté internationale
célèbre le 60ème anniversaire de la fin de SHOAH, le
60ème anniversaire de la victoire du droit et de la morale sur le
crime génocidaire .Au même moment, cette communauté internationale
procède dans notre pays à l'adoubement des organisations génocidaires
.Ce malheureux décalage ne vous donne t-il pas le vertige? Cette pratique
de deux poids de mesure ne vous décourage t-elle pas?
REPONSE DE MONSIEUR CHARLES MUKASI:
Il me semble que ce n’est pas moi et mes compagnons de lutte qui devrions
avoir le vertige ; nos repères sont parfaitement intacts. Le vertige
devrait se trouver du côté de cette Communauté internationale
qui semble avoir complètement perdu ses propres références.
La question devrait alors probablement être posée à un
certain Secrétaire Général de l’ONU qui proclame
que l’organisation qu’il dirige a été créée
pour combattre le génocide, mais qui envoie sa représentante
spéciale consolider les génocidaires au Burundi et y institutionnaliser
l’immoralité ainsi que l’impunité du génocide.
Voyez du côté d’un certain Prix Nobel de la paix et d’un
Vice-président sortis à peine de l’Apartheid, une idéologie
qualifiée de crime contre l’humanité, mais qui envoient
les soldats de leur pays membre de l’ONU imposer un régime animé par
des organisations génocidaires ou complices. Voyez du côté de
tous ces chefs d’Etat de la région, de l’ONU, l’Union
Africaine et l’Union Européenne signataires et sponsors des
Accords de Lusaka proclamant que les forces génocidaires doivent être
démantelées, les milices CNDD/FDD comprises, mais qui trouvent
un plaisir immodéré a considérer que les représentants
des mêmes milices génocidaires sont leurs homologues respectés.
Demandez à un certain représentant d’une Union Européenne
comment il peut agir pour faire appliquer deux accords antinomiques (Lusaka
et Arusha), s’agissant d’un même objet et dans une même
région, et dire que cette façon de faire rend gloire à la
prestigieuse Europe fondatrice de la logique cartésienne. Posez votre
question à une représentante de l’ONU, fière de
tirer sa légitimité d’un accord (Arusha) qui viole fondamentalement
la Charte de l’ONU ainsi que la Convention Internationale sur la prévention
et la répression du crime de génocide. Demandez-vous comment
le Frodebu pourrait être démocrate en exterminant ses administrés,
comment le CNDD défendrait la démocratie en pratiquant le génocide,
comment le Palipehutu pourrait libérer les Hutu en les enchaînant
dans un racisme génocidaire, comment Buyoya pourrait réconcilier
le Peuple burundais en institutionnalisant le racisme et le génocide,
comment Ndayizeye pourrait être différent de Buyoya en appliquant
son idéologie impie ; dois-je continuer ?…
Quand j’observe tout cela, je vous assure que je me sens parfaitement
stable dans nos repères en faveur de la restauration de l’Etat
de droit au Burundi…
Quant à la pratique de deux poids deux mesures, elle ne me décourage
pas du tout ; elle prouve plutôt qu’il y a toujours des raisons à l’engagement,
en se référant au droit et la morale. Là où ces
valeurs ne sont pas une référence, vous voyez ce qui s’y
passe ! …
SurviT-Banguka : Il a été clairement dit que le processus
d'Arusha est une vaste opération de blanchiment du crime génocidaire
au Burundi .Cette perversion vous paraît-elle irréversible?
Ses effets vous semblent-ils irrémédiable?
REPONSE DE MONSIEUR CHARLES MUKASI:
L’histoire enseigne que tout change sauf la loi du changement ; et
en la matière, là plus qu’ailleurs, il n’y a rien
d’irréversible ni d’irrémédiable. Sinon
Habyalimana et le MRND/CDR ne seraient pas tombés, ils avaient également
organisé leur Arusha fort semblable à celui des arushiens burundais.
Pensez à Mobutu et son MPR ; rappelez-vous de Taylor, Milosévich,
Amin Dada, Bokasa, Aristide, Mengistu, Suarto, Hitler, Saddam Hussein, Buyoya,
la colonisation, l’esclavage, l’apartheid, le communisme, le
mur de Berlin…
Demain les Barundi comprendront ce que signifie proclamer également « le
PLUS JAMAIS CA » ! PLUS JAMAIS les génocidaires et leurs complices
au pouvoir ; plus jamais Buyoya, Ndayizeye, le Frodebu et des choses du genre
; plus jamais les soldats de l’ONU et les pays de la région
au service du génocide, plus jamais l’impunité… Car
c’est justement cela l’objet du changement auquel nous nous préparons
avec le Peuple burundais…
SurviT-Banguka : La lutte que mènent AC Génocide et l'Accord
Cadre contre l'I D C et ses serviteurs burundais n'est-elle pas un combat
contre le Léviathan, un combat entre David et Goliath?
REPONSE DE MONSIEUR CHARLES MUKASI:
Précisons d’abord ensemble qu’il n’existe pas d’organisation
nommée Accord Cadre. L’Accord Cadre pour la Restauration de
l’Etat de Droit est un accord signé le 5 février 2000
entre six organisations, mouvements politiques, associations et partis politiques,
pour définir ensemble les conditions minimales de restauration de
l’Etat de droit au Burundi. AC Génocide est signataire de cet
accord, aux côtés de la Coalition Contre la Dictature, PA Amasekanya,
la JRR, l’UFB et le Parti UPRONA...
Nous sommes là pour apporter notre contribution à la restauration
de l’Etat de droit au Burundi. Nous sommes là parce que nous
avons dit oui à un projet de société, celui de la restauration
de l’Etat de droit, au nom de la Charte de l’Unité Nationale,
du droit international et de la morale universelle. En d’autres termes,
nous ne combattons personne ; et notre raison d’être n’est
pas de dire non à qui que ce soit ; ce sont ceux qui sont contre le
droit et la morale qui nous combattent. Je ne sais pas si l’IDC est
parmi ceux-là, mais il ne faudrait pas inverser les rôles...
Maintenant, vous vous référez à une certaine mythologie,
où le Léviatan est un monstre qui symbolise le mal. S’il
faut combattre ce symbole du mal, et que vous insinuez que dans ce rôle
nous jouons les David contre Goliath, le seul risque que nous courrons c’est
de déjouer les pronostics des partisans de Goliath, et gagner comme
David ; parce que tous les monstres, même génocidaires, ont également
leur point faible… N’est-ce pas ?
SurviT-Banguka : Monsieur Charles Mukasi, la lutte contre le génocide
et pour l'établissement de l'Etat de droit, est indéniablement
pour vous un sacerdoce qui vous a amené à renoncer volontairement
aux avantages matériels attachés aux fonctions que vous occupiez
dans les hautes sphères de l'Etat .Maintenant vous menez une vie austère
d'ermite. Il ne vous arrive pas de regretter votre choix quand vous voyez
certaines autorités se construire des maisons à étage?
REPOSNE DE MONSIEUR CHARLES MUKASI:
Il s’agit d’un choix, et croyez-moi si vous voulez, je n’envie
pas le sort de ceux qui vivent la peur au ventre, parce qu’ils ignorent
quand et comment ils seront surpris en train de répondre du génocide,
de la mort de Kassy Manlan, de Monseigneur Ruhuna, De Monseigneur De Courtney,
des millions de compatriotes innocents, des massacres du Titanic, de Buta,
Butezi et autres Bugendana, des détournements, des mensonges divers,
du racisme, du terrorisme ! A quoi bon loger dans un palace si c’est
pour y être hanté par ce genre de cauchemars ; et comment être
jaloux du sort qui fut celui de Mobutu ou Milosevic, et qui pourrait être
celui de certains hommes politiques burundais propriétaires des palaces
acquis du sang de leurs compatriotes ?
Ce choix est surtout partagé, je ne me sens donc pas seul. Il y a
beaucoup d’autres personnes engagées dans cette entreprise de
restauration de l’Etat de droit, chacun se sacrifiant dans son domaine
pour que les Barundi vivent mieux demain. Je pense aux autres leaders et
militants de la mise en application de l’Accord Cadre ; je pense à ces
compatriotes qui ont été assassinés en tentant de sauver
des humains comme eux, aux avocats qui passent leur temps à nous sortir
des griffes du régime en sachant que nous sommes incapables de les
payer, aux magistrats qui risquent leur carrière en acceptant de dire
le droit, aux simples passants qui vous accorde un sourire ou une poignée
de main complice aux risques de déplaire aux thuriféraires
d’une dictature toujours aux aguets, à vous tous qui avez décidé d’informer
et bousculer les fausses consciences tranquilles pour combattre les silences
coupables : vous auriez pu également vous mettre au service d’une
dictature qui paye bien, mais vous avez choisi de vivre… Je me trompe
?
Ceci dit, je crois qu’il ne s’agit pas d’un sacerdoce,
et je ne vis pas en ermite, pas du tout alors, je suis très terre à terre.
Et comme pour tout le monde, il y a parfois des frustrations lorsque le minimum
vital n’est pas disponible ; mais il y a aussi ces symboles pour vous
soutenir en pareil cas. Et lorsque les choses vont mal, il faut penser aux
efforts quotidiens de tous ces agriculteurs, éleveurs, enseignants, étudiants
ou commerçants qui vivent vraiment à la sueur de leur front,
et vous dire que l’on réussit toujours ce qu’on prépare
et que la récompense se trouve toujours au bout de l’effort...
Mais je vous rassure, je ne dors pas à la belle étoile ! Néanmoins
si vous pensez qu’il est temps de changer de résidence…
SurviT-Banguka : A la lumière d'autres participations au congrès
mondial sur le génocide qui a eu lieu l'année dernière
en Californie, que préconisez-vous pour que l'action des organisations
luttant contre le génocide dans notre pays reçoive un écho
plus ample et plus favorable auprès de l'opinion publique mondial?
REPONSE DE MONSIEUR CHARLES MUKASI:
Pour qu’une action reçoive un écho, favorable on non,
auprès d’une quelconque opinion, il faut que cette action existe.
Ceux qui pensent que les génocidaires sont forts et incontournables,
qui qu’ils soient, leur seul et unique rôle est de faire le lit à ces
mêmes génocidaires, et le monde ne les aidera que dans le choix
qui aura été le leur. Ils sont les invités privilégiés
d’Arusha et ils y reçoivent un écho ample et favorable
; nous sommes les privilégiés invités de Sacramento,
et nous y avons reçu un écho ample et très favorable…
Notre participation à la conférence de Sacramento est donc
un signe que le monde sait désormais qu’au Burundi il y a des
organisations qui luttent contre le génocide et dont le prestige est
tel qu’on ne peut plus désormais organiser des manifestations
mondiales contre le génocide sans leur contribution. La suite dépendra
de nous, comme le début a dépendu de l’engagement de
ceux qui, au Burundi, ont décidé qu’il faut maintenir à l’ordre
du jour la lutte contre le génocide. Parce que, « pour que le
mal reste il suffit que les bons ne fassent rien » ; de même « pour
que l’injustice reste, il suffit que ceux qui ont le pouvoir d’agir
ne fassent rien ». Et on réussit toujours ce qu’on prépare.
Préparez-vous l’institutionnalisation du génocide et
des génocidaires, bienvenus à Arusha et dans les institutions
arushiennes. Préparez-vous la promotion du PLUS JAMAIS CA, bienvenus à Sacramento
et dans les futures institutions de l’Etat de droit…
Il faut simplement savoir tenir ; le monde n’est ni sourd ni aveugle…
SurviT-Banguka : Les révélations sur une possible implication
de l'ex-Président Major Pierre Buyoya dans l'assassinat du Docteur
Kassy Manlan vous ont-elles surpris?
REPONSE DE MONSIEUR CHARLES MUKASI:
Buyoya a dit qu’il n’était pas impliqué. Mais
sachant les mensonges qu’il a toujours déversés sur les
micros des journalistes, cela me surprendrait que cette fois il n’ait
pas également dit une contre-vérité.
Ce qui me surprend, c’est que tout le monde savait que sur son site
web officiel, le CNDD/FDD avait antérieurement été plus
affirmatif que ne l’a fait l’avocat Maingain devant le tribunal,
au sujet de l’implication personnelle de Buyoya et son épouse
dans le détournement des fonds de l’OMS ainsi que dans l’assassinat
du Dr Kassy Manlan pour couvrir ce détournement : Buyoya n’avait
pas démenti. Comment démentir aujourd’hui de façon
crédible une supposition, sans avoir démenti une affirmation
même faite par le CNDD ? Comment porter plainte contre un avocat de
la partie civile, sans l’avoir fait contre la direction du CNDD qui
gère et administre ce site web ?
Ce qui me surprend également, c’est que Buyoya ne s’imagine
pas que, de la part de quelqu’un qui était chef d’Etat
au moment du crime, cette réponse est méprisante. Il a l’obligation
de dire qui fut ou furent les assassins, et quel fut leur mobile. C’est
pour cela que nous, les contribuables, avons payé pour l’entretenir
lui et sa famille ; ce n’était pas pour qu’il nous dise
un jour : je ne connais pas ceux qui vous ont tué, vous ont menti
ou vous ont volé, ce serait trop enfantin...
La surprise serait que le Ministère public et les juges ne tiennent
pas compte de ces révélations. La Partie civile, qui travaille
de concert avec le Ministère Public, a correctement joué son
rôle en rappelant qu’il y avait une question restée sans
réponse, et que l’instruction en était incomplète,
qu’il y avait donc risque que la justice ne soit pas rendue à partir
du moment où l’on n’avait pas clairement identifié le
mobile du crime. Ce faisant, la même Partie Civile a fourni des pistes
de réponses ou de recherche...
Cela est tout à fait régulier, c’était son droit
et son obligation, particulièrement si certains accusés continuent
de vouloir incriminer ses clients. Les menaces de Buyoya contre l’avocat
semblent relever de ce constat fait, en son temps, par Anatole France : « les
aveux d’un coupable résultent parfois de la véhémence
de ses dénégations ». Ici il est question du poids des
faits, et non de la parole de Buyoya contre celle de la partie civile, encore
que la parole de ce Buyoya n’engage souvent que les naïfs…
Ces révélations sont-elles fondées ? L’avocat
Maingain cite un rapport de l’OMS et demande qu’il soit versé dans
le dossier judiciaire en cours. L’OMS n’a pas démenti
l’existence de ce rapport ; l’avocat pourrait donc avoir raison.
Les juges et le Ministère Public doivent alors saisir formellement
l’OMS et demander sa collaboration avec la justice. L’OMS refusera-t-elle
de le faire ? Nos magistrats auront au moins correctement fait leur travail.
Par ailleurs, un virement d’une somme importante a-t-il été effectué par
OMS Genève en faveur de OMS Burundi via les comptes de la BRB ? Ce
montant est-il parvenu à destination ? Cette vérification sera
des plus simples à effectuer...
Deux choses restent alors à faire, soit monsieur Ngendabanka décide
de demander aux juges de lui remettre le dossier pour compléter une
instruction qu’il a manifestement bâclée jusque là ;
soit les juges délibèrent et le lui renvoient d’initiative
et pour le même objet. Car un crime sans mobile, c’est comme
une enquête qui n’identifie pas le mobile du crime : même
au Burundi, ça n’existe pas !
L’autre surprise est que Buyoya ayant affirmé être prêt à répondre à une éventuelle
convocation, le buyoyiste Bararunyeretse pourrait ne pas lever l’immunité contre
cet honorable sénateur ancien Chef d’Etat, alors que cela avait été fait
contre Bagaza, aussi sénateur, honorable et ancien chef du pays que
l’autre ; avec cette différence que dans le cas de Bagaza il
ne s’agissait que des soupçons et que personne n’était
mort dans l’affaire ! Ici, il s’agit du représentant de
l’OMS assassiné et de toutes les victimes emportées par
une épidémie de Malaria qui a décimé les administrés
de Buyoya, parce que ce dernier avait détourné l’argent
destiné à secourir ceux qui payent pour qu’il vive bien,
lui et sa famille…
|