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SurviT-Banguka : La lutte que vous menez, Monsieur Bamboneyeho, à la tête de AC Génocide-Cirimoso est un long voyage contre l’oubli. Mais c’est assurément un voyage sur une route parsemée d’embûches. Entrevoyez-vous quelques succès au bout de ce voyage? Croyez-vous, qu’à l’instar de Primo LEVY, Simone WEIL et Vladimir JANKELEVITCH vous parviendrez à vaincre les pesanteurs du négationnisme et à faire admettre par la Communauté Internationale cette Shoah qu’est le récurrent génocide anti-tutsi ?

REPONSE DU PROFESSEUR VENANT BAMBONEYEHO :


Comme chacun sait, tout génocide passe par plusieurs étapes dont la dernière s’appelle toujours NEGATION. C’est pour cela qu’il ne suffit même pas d’arrêter la barbarie sur le terrain. Il faut immédiatement faire le triste bilan, qualifier ce crime des crimes selon la procédure reconnue en droit international, réprimer ce crime absolu, imprescriptible et inamnistiable conformément à la loi interne et internationale, et prévenir par tous les moyens le retour des démons du génocide. Parmi ces moyens, il faut citer « le devoir de mémoire », parce que, précisément, le négationnisme a la vie dure. C’est pour cela que, 60 ans après la Shoah, même si le négationnisme est puni par la loi, notamment en France, ce devoir de mémoire est toujours de rigueur. A chacun son Jean-Marie Lepen…
Comprenez donc, par-là, que le prestigieux combat de toute l’humanité et pas seulement des Juifs contre la Shoah, incarné notamment par Primo Lévy, Simone Veil et Vladimir Jankelevitch se poursuit toujours. Je vous laisse le soin d’en déduire la situation actuelle de notre combat contre le génocide des Tutsi au moment où le Burundi ressemble étrangement, sous cet angle précis du moins, à l’Allemagne de 1932 …

SurviT-Banguka : Vous situez votre combat contre le génocide sur le plan exclusivement moral et vous répugnez à vous déployer dans l’espace politique. Cette frilosité, que certains vous reprochent, cette répugnance à vous engager dans l’action politique trouvent-elles leur origine dans votre conviction que le génocide est un avatar du politique, un produit ou plutôt un effet pervers de la politique ?

REPONSE DU PROFESSEUR VENANT BAMBONEYEHO :

Je vous laisse l’entière responsabilité de ces considérations, suspicions et reproches. Ce que je sais, c’est que, face à l’exigence du sacrifice d’un chacun pour sortir d’une situation collective dramatique, ce sont, généralement, les lâches, les traîtres et les cyniques qui s’autorisent les premiers à parler, pour juger et condamner tout le monde, comme pour se donner bonne conscience. Quant à la définition essentielle du génocide, je vous renvoie à la Convention Internationale du 9 Décembre 1948, sur la répression et la prévention du crime de génocide, qui engage le Burundi depuis 1952, par la Belgique interposée, avant sa ratification juste après l’indépendance.

SurviT-Banguka : Comment expliquez-vous cette tragique régression, ce triomphe du négationnisme et du révisionnisme que constitue le processus d’Arusha par rapport au document S/1996/682 de la Commission Internationale d’Enquête qui avait qualifié de génocide les massacres de tutsi d’octobre 1993 et qui avait identifié et nommé les auteurs de ce génocide?

REPONSE DU PROFESSEUR VENANT BAMBONEYEHO :

Je pense qu’il ne sert à rien de se perdre en conjectures à ce propos. La réalité crève les yeux: la péripétie génocidaire en cours depuis le 21/10/1993 a été déclenchée par une monstrueuse et sanglante tentative de putsch, qui a accaparé, à elle seule, toute l’attention des gestionnaires des affaires du monde d’aujourd’hui, notamment les patrons de l’ONU. Dans ces conditions, le génocide des Tutsi n’était plus qu’un vulgaire détail, que Julius Nyerere considérait purement et simplement comme un SLOGAN de ces « SERPENTS DE TUTSI », selon les termes de son compatriote Malecela. C’est ainsi que toutes les tartufferies et les gesticulations de la Communauté Internationale et de l’ONU en particulier n’ont servi qu’à faire avancer un drôle d’agenda caché: imposer la vision d’une « démocratie » qui se défend en lieu et place d’un génocide qualifié, et imposer les organisations responsables de ce génocide comme des interlocuteurs incontournables pour un soi-disant processus de paix. Nelson Mandela n’a pas hésité à déclarer, le 21/02/2000, à Arusha, que le Burundi ne s’en sortira jamais tant qu’une poignée de Tutsi continueront à tout accaparer au détriment du peuple majoritaire Hutu, à l’image de l’Apartheid de son pays. L’on sait sous quelle pression l’Accord d’Arusha a été signé 6 mois plus tard. Le résultat, c’est, comme dit plus haut, un drôle de Burundi en dehors du temps, où le génocide devient démocratique, et où les génocidaires, considérés comme des héros d’une guerre de libération, triomphent comme Hitler, en 1932…, sous les applaudissements d’une certaine Communauté Internationale et la couverture massive de l’ONU.


SurviT-Banguka : Vous avez déclaré tout récemment que la création d’une commission Vérité et Réconciliation dans notre pays s’inscrit dans le prolongement des gesticulations du processus d’Arusha. Pouvez-vous expliciter cet énoncé ?

REPONSE DU PROFESSEUR VENANT BAMBONEYEHO :

Imaginez un malade tuberculeux, visiblement atteint du VIH Sida selon toute évidence, et dont une Commission Médicale serait appelée à s’occuper, avec interdiction de parler du Sida ou de procéder au moindre test y relatif. Voilà l’image de cette fameuse Commission Vérité-Réconciliation concoctée à Arusha pour une soi-disante réconciliation du peuple Burundais d’aujourd’hui, avec interdiction formelle de toucher au dossier brûlant du GENOCIDE, de quelque autre crime contre l’humanité ou des crimes de guerre !!! Lisez la loi y relative, vous verrez. Pour laisser le génocide des Tutsi impuni, toutes les astuces sont bonnes, n’est-ce pas? L’on se souviendra que Nelson Mandela disait à la Commission similaire de chez lui qu’il fallait vite tourner la page. Desmond Tutu lui rétorqua qu’avant de tourner la page, il fallait d’abord la lire … En matière de génocide, il est inutile de croire que la classe politique bien de chez nous, « même avec vision et talent » contrairement à ce que croit Nelson Mandela, pas plus qu’une autre, du reste, inventera une quelconque solution originale ...


SurviT-Banguka : Que vous inspirent les récentes menaces proférées contre les tutsi Banyamulenge par une organisation génocidaire congolaise? Que préconisez-vous pour que s’organisent la coordination et la synergie dans l’action des organisations anti-génocides dans nos trois pays (Burundi, Rwanda, RD Congo), synergie indispensable au succès de la lutte commune ?

REPONSE DU PROFESSEUR VENANT BAMBONEYEHO :

Comme un incendie, tout génocide parvenu à l’étape de l’extermination ne peut que continuer à se répandre tant qu’il n’aura pas été stoppé net, et réprimé par la rigueur de la loi interne et internationale. Dans notre Région des Grands Lacs Africains, le génocide des Tutsi ne peut que continuer à se répandre, puisque la banalisation de ce génocide reste monnaie courante dans certains Etats directement concernés, comme au Burundi et en RDC notamment. Même l’Etat Rwandais, qui a pourtant le prestigieux mérite d’avoir stoppé la barbarie et banni tout relent du crime absolu, ne peut pas être tranquille, tant que ses voisins continueront à jouer avec le feu…Comme tous les autres génocides de l’histoire, le génocide
des Tutsi se moque des passeports, des distances et des frontières géographiques. Pour la lutte contre ce fléau, il est donc inutile de continuer à croire que chacun se défendra à l’intérieur de ses frontières seulement. Une initiative comme SurviT-Banguka, qui prend apparemment pour modèle Le Congrès Juif mondial, devrait, semble-t-il, ratisser un peu plus large dès le départ …

SurviT-Banguka : Comparé aux organisations à vocation similaire au Rwanda voisin, AC Génocide doit encore améliorer sa stratégie de communication. Ne croyez-vous pas que ce déficit communicationnel fait le jeu des négationnistes et des révisionnistes de tout poil? Que comptez-vous faire pour développer une stratégie de communication à la hauteur des défis ?

REPONSE DU PROFESSEUR VENANT BAMBONEYEHO :

Permettez-moi, encore une fois, de vous laisser l’entière responsabilité de vos considérations sur les lacunes de AC GENOCIDE, en vous précisant, toutefois, que ces dernières ne se limitent pas au seul domaine de la communication. Par ailleurs, ma certitude est que le négationnisme et le révisionnisme de tout poil ne seraient pas moins forts si, d’aventure, AC GENOCIDE venait à disparaître. Vous savez mieux que moi où se recrutent généralement les responsables et les complices de ce négationnisme et de ce révisionnisme qui caractérisent le système politique fantoche du Burundi d’aujourd’hui ...

SurviT-Banguka : Certains membres de notre association SurviT-Banguka ne conçoivent la survie physique des Tutsi que dans leur affirmation comme communauté ethnique stricto sensu appelée à partager le pouvoir avec les autres communautés ethniques sur une base paritaire et à réaliser une cohabitation pacifique dans l’espace physique avec ces autres communautés. Ils proposent de laisser notre identité collective se déployer dans des structures plus éclatées à défaut de rester unitaires. Il me semble que vous n’acceptez pas cette vision d’une nation burundaise multicommunautaire et que vous préconisez la restauration d’une nation une et indivisible. Parler aujourd’hui de restauration d’une nation indivisible n’est-ce pas poursuivre une chimère et un mirage? Cette position qui est la vôtre ne procède-t-elle pas d’un postulat physique et plutôt d’un a priori idéologique ?

REPONSE DU PROFESSEUR VENANT BAMBONEYEHO :

Je vous demanderais de rassurer ces membres de votre Association. Nous connaissons les tenants et les aboutissants de leurs initiatives; car, SurviT-Banguka n’est même pas la première du genre. Nous connaissons la valeur réelle de ce genre de «réalisme » et d’ « efficacité », surtout depuis que des partis politiques prétendument Tutsi sont allés trahir la « cause Tutsi » qu’ils sont censés servir en dehors de toute « chimère » et de tout « mirage». Si vous voulez connaître la perspective où s’inscrit l’action de AC GENOCIDE, lisez l’ACCORD – CADRE POUR LA RESTAURATION DE L’ETAT DE DROIT AU BURUNDI que nous avons signé avec plusieurs autres acteurs socio- politiques bien connus.

SurviT-Banguka : Quel jugement portez-vous sur la phase actuelle de l’évolution politique dans notre pays ?

REPONSE DU PROFESSEUR VENANT BAMBONEYEHO :

Tout observateur honnête et pas nécessairement naïf peut constater qu’il n’y a d’évolution que dans le sens de la même impunité- légitimation- promotion de personnalités et organisations responsables d’un génocide qualifié et continué. Tant pis pour tous, mais surtout pour les complices et pour tous ceux qui font les malins. Quand la tuile leur tombera sur la tête, ce sera trop tard pour y croire.

SurviT-Banguka : Quel message adressez-vous aux membres de l’association Survit Banguka ?

REPONSE DU PROFESSEUR VENANT BAMBONEYEHO :

Apparemment, je suis mal placé pour leur faire des leçons, et je le sais depuis tout un temps.
Comme je ne doute pas de leurs bonnes intentions, je leur souhaite bon courage et bonne chance.

Interview réalisée par Athanase Boyi

 

 

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