Hommage à un compatriote : Léonce
Ngabo
J’ai écrit les lignes qui suivent en avril 2006, peu après
la sortie du
film « Un Dimanche à Kigali » du réalisateur québécois
Robert Favreau.
Je venais alors de voir en salle, et pour la première fois, ce film
sur
le Génocide des Tutsis du Rwanda. Au moment où je les reprends,
le film
s’est entre temps hissé à la tête des meilleurs
films de l’année et
récolte pas moins de douze nominations aux prix Jutra qui récompensent
les
meilleures performances du cinéma dans ce pays. Aujourd’hui,
je profite
de sa sortie sur DVD en magasin pour vous en reparler et rendre hommage
é
galement à notre compatriote Léonce Ngabo qui tient un des
rôles les
plus importants et les plus brillants dans le film « Un Dimanche à
Kigali ».
Attention : je tiens à préciser que je ne suis pas expert
de la
critique cinématographique. Je vous raconte tout simplement ce que
j’ai vu et
compris en tant que simple cinéphile.
« Un Dimanche à Kigali » où l’histoire
de la barbarie
humaine
Encore une fois, le génocide tutsi rwandais est-t-il porté à l’écran
avec toute la rigueur de l’art et dans le respect des victimes. Alors
que
les autres films, « L’Hôtel Rwanda » par exemple,
se focalisent sur les
massacres proprement dits avec tout l’aspect de violence collective
qui
les caractérise au moment des faits, « Un Dimanche à Kigali » met
l’accent sur les humiliations individuelles subies par les tutsis,
les
femmes en particulier, dans les jours qui ont précédé le
génocide. Par
définition, une femme tutsi est une pute et les interahamwe ne se
gênent
guère de leur lancer cela à la figure. Il est à noter
que le génocide se
déroule sur fond d’une autre tragédie, le SIDA, dont à peu
près tout le
monde semble accepter la fatalité. Le film insiste lourdement sur
le
viol sauvage et inhumain infligé à ces femmes tutsi d’abord
battues,
torturées, ensanglantées et tellement mal-en-point, un état
moribond qui
semble paradoxalement attirer l’instinct sexuel satanique des bou!
rreaux.
Le film revient aussi, dans un laps de temps, sur l’épisode
quasi
raciste où les Blancs sont évacués et les Noirs laissés à la
merci des
hordes génocidaires. Comme quoi, la valeur de la vie des uns n’est
pas égale
à
celle des autres.
Il faut reconnaître que Luc Picard et Fatou N’Diaye ont joué
merveilleusement. De plus, malgré la douleur qui était visible
sur leurs visages,
il était presque agréable d’écouter les Rock Merville,
Maka Koto et
autres Stars de Montréal bien connus imiter les mélodies berceuses,
en
Kinyarwanda SVP!
Léonce Ngabo : lorsqu'un compatriote force
l'admiration !
Cinéaste lui-même, chanteur et chimiste, notre artiste national
est
é
galement un comédien hors pair. Il joue dans le film le rôle
de gérant
d’hôtel où était hébergé Bernard
(Luc Picard). Léonce - ou plutôt Maurice
- incarne le sage et le bon gérant, conseillant notamment à Bernard
de
fuir avec Gentille (Fatou N’Diaye) à cause de l’imminence
du génocide.
Au moment de la débandade des Blancs évacués par des
paras français et
belges armés jusqu’aux dents, Maurice (Léonce) lui-même
et son
personnel sont laissés à eux-mêmes sur le carreau de
l’hôtel. Ils sont
visiblement déboussolés, bouleversés et terrorisés à l’idée
des événements qui
allaient immanquablement les frapper.
Bernard, séparé de sa Gentille – n’est-elle pas
rwandaise, donc noire?
- et évacué avec les autres « humains », reviendra
6 mois plus tard
pour tenter de retrouver celle qu’il aime. Et c’est Maurice (Léonce)
qui
se charge de lui raconter les affres du génocide. Maurice raconte
douloureusement que les maris avaient tué leurs femmes et enfants,
que les
voisins avaient tué leurs voisins, que les amis avaient tué leurs
amis…
On voit les yeux de Maurice (Léonce) briller de larmes lorsqu’il évoque
la mort de son épouse et de ses propres enfants emportés par
la
tragédie ! Un moment pathétique raconté par un comédien
extraordinaire.
Plusieurs personnes dans la salle n’ont pas pu maîtriser leurs
larmes. Entre
temps, Bernard cherche toujours Gentille : qu’est-ce qu’elle
est
devenue, la pauvre Gentille? Je vous laisse découvrir vous-même
l’épisode
tragique de cette histoire combien émouvante.
Ngabo Léonce force l’admiration dans ce film. S’il n’est
pas lui-même
nominé dans sa catégorie, c’est probablement parce qu’il
n’est pas
encore connu du public cinéphile. Qu’à cela ne tienne,
Léonce mérite une
reconnaissance de la communauté burundaise au Canada. Bien plus, le
Burundi se doit d’honorer ses plus dignes représentants en matière
des Arts
et de Culture qui constituent, à mon avis, ses meilleurs ambassadeurs
dans le monde. Léonce Ngabo est de ceux-là.
Je vous recommande de voir « Un Dimanche à Kigali » qui
sort en magasin
sur DVD le 30 janvier 2007. Émotion garantie. Attention : 13 ans et
plus (violence, mots grossiers)
Gabriel Hakizimana
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