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CNDD-FDD : palme du dégatier en une année au pouvoir.

« Devant le peuple burundais, seul détenteur de la souveraineté nationale, je jure fidélité à la Charte de l’Unité nationale, à l’Acte Constitutionnel et à la loi et m’engage à consacrer toutes mes forces à la défense des intérêts supérieurs de la nation, à assurer l’unité nationale, la sécurité pour tous, la paix sociale, la justice sociale et le développement du pays, à promouvoir et à défendre les droits de l’homme et à sauvegarder l’intégrité et l’indépendance de la République ".

Tel était l’engagement, qui sent le déjà entendu, du chef rebelle Pierre Nkurunziza, en août 2006, dans l’hémicycle de Kigobe, lors de sa regrettable prise de pouvoir. Plus d’une année après, c’est le chaos absolu dans le pays. Le peuple burundais qui croyait pousser enfin un ouf de soulagement après un historique génocide de plus de 13ans à l’endroit de l’ethnie tutsie a mordu la poussière. Car le sinistre président, fidèle à son passé rebelle qui ne passe jamais, a revisité son sermon du 26 août pour piéger le peuple en l’appliquant à l’envers : aliénation du peuple( qu’il disait souverain), infidélité à grande échelle, culture de la haine, de la division ethnique, de la cupidité, de la concussion et de l’incivisme sous toutes ses formes, telles auront été en l’occurrence, les antivaleurs qui font le credo de Nkurunziza et partant de son organisation , CNDD-FDD. Et le pays entier broie du noir aujourd’hui, pour avoir nourri de faux espoirs. Les faux espoirs, c’est d’abord l’anéantissement de la rébellion et le désarmement de la population .La rébellion hutue étant d’une essence protéiforme, elle ne sera naturellement, jamais anéantie par un rebelle hutu. Sa mission inavouée est plutôt de l’entretenir. S’agissant du désarmement, ‘c’est comme un programme destiné aux seuls tutsis, vu l’empressement des policiers hutus à les déposséder de leurs armes alors que tout indique que la guerre s’intensifie de plus bel. Les faux espoirs c’est aussi l’étouffement systématique des voix discordantes alors qu’il promettait la liberté à, tous y compris les médias. Mais ces derniers auront eu droit à une guerre totale et farouche et les prisons leur seront plutôt largement ouvertes, autant que tous ceux qui chantent faux comme Térence Nahimana. Ensuite, et c’est aussi au chapitre des faux espoirs, le président ne lésine pas sur des promesses intenables : gratuité des soins des moins de 5ans ou des mères qui accouchent. Comme prévu, le désordre suscité par cette mesure a fait presque autant de victimes, que le CNDD-FDD.

Un départ atypique.

Un faux départ d’abord. Apres avoir clamé haut et fort pendant toute la campagne électorale, que son règne sera caractérisé par un pourvoir démocratique, le CNDD-FDD et Nkurunziza Pierre vont instaurer une théocratie qui ne dit pas son nom. Les cérémonies officielles, à commencer par celle de son investiture comme nouveau chef de l’Exécutif, sont vite confondues avec une fête du parti du CNDD-FDD et avec des séances de prière. L’homme fort Hussein Radjabu entouré par ses lieutenants sabota les cérémonies d’ouverture en portant une tenue ou uniforme du parti CNDD-FDD. Ce fut un signal fort de cet homme pour annoncer son comportement d’aujourd’hui à savoir la confusion entre les affaires de l’état et les affaires du parti qu’il dirige. Quant aux séances de prière du Président Nkuruziza, elles conduiront à une sorte de primauté de l’église sur le corps législatif. En effet, dès les premiers jours de son régime, des rencontres hebdomadaires sont régulièrement tenues avec les hommes d’église auprès de qui le Président trouvera conseil et inspiration. L’autre dérapage monumental du Président Nkurunziza est le mauvais choix des membres de son gouvernement, des autorités de l’administration du territoire, des services de police et des services de renseignement. En lieu et place d’hommes et de femmes qualifiés, compétents, de techniciens crédibles auprès des bailleurs de fonds et capables de mettre sur les rails l’économie burundaise, Pierre Nkurunziza ou plutôt Hussein Radjabu préféra plutôt des hommes non diplômés, incompétents et sans aucun esprit patriotique pour reconstruire le tissu économique et social. A cote de ces errements vraisemblablement dus au besoin de trouver une voie facile vers le pardon et l’amnistie définitive pour les multiples crimes qui pèsent contre lui, des fautes intentionnelles vont vite entrer en jeu. La première épreuve à laquelle le pouvoir CNDD-FDDD a fait face fut celle du respect des textes et de la parole donnée tout en satisfaisant les promesses irréalistes de la période de campagne. La nomination des membres du gouvernement en fut la première manifestation de l’incapacité du CNDD-FDD à satisfaire à cette donne par ailleurs aphoriste. Il ne parviendra pas à donner au FRODEBU le nombre de ministères que lui reconnaît la constitution conformément au score obtenu aux élections. Le parti de Ndadaye dénoncera cette tricherie mais les condamnations resteront sans grand effet.

Droits de l’Homme, connaît pas.

Au cours de ces 12 premiers mois du pouvoir CNDD-FDD, des accusations de violations graves des droits de l’homme sont signalées aussi bien par les ligues burundaises de droit de l’homme de l’homme et la société civile que des organisations internationales de défenses des droits de l’homme. Amnisty International et Human Right Watch ont à plusieurs reprises formulé des accusations à charge du régime: la torture est pratiquée systématiquement par la police présidentielle. L’emprisonnement de Ntawe sur décision de Nkurunziza, l’arrestation des membres de AC-Génocide, l’enlèvement suivi du meurtre d’un employé de l’Union Européenne par la police présidentielle, la séquestration des journalistes au domicile du député Basabose, l’emprisonnement illégal de Térence Nahimana, du journaliste Aloys Kabura, du Vice-président Kadege, du Président Ndayizeye Domitien et co-accusés du putsch orchestré par le CNDD-FDD et que sais-je encore sont des bavures commis ici et là au vu et au su d’un pouvoir qui, visiblement est dirigé par une main invisible. Le respect et la promotion des droits de l’homme présentés naguère par CNDD-FDD comme son cheval de bataille restent une illusion. Le gouvernement CNDD-FDD ne confond-il pas sérénité et mutisme ? Le plus souvent, aucune explication n’est fournie, comme pour rappeler a ceux qui doutent encore de la véracité de ces accusations que « qui ne dit mot consent.»

Tragique calvaire des tutsis.

Les douze premiers mois du régime CNDD-FDD sont également marqués par la persécution de la communauté tutsi. Tantôt ce sont les expropriations illégales. Le cas de Rumonge que le Président connaît bien constitue un exemple frappant. Tantôt c’est le soi-disant problème des vaches et des éleveurs en mairie de Bujumbura. Faut-il rappeler que pour se donner raison, le régime évoque un problème de menaces à l’environnement. Qui aurait oublié les déclarations de l’actuel Secrétaire Général du CNDD-FDD sur le problème des vaches en mairie de Bujumbura ? N’a-t-il pas dit « n’ahandi inka z’abatutsi zarwira » pour signifier qu’ils en ont tellement abattu et qu’il ne comprend pas pourquoi il en reste encore. Tantôt la persécution et menaces de toute sorte des déplacés Tutsi de Bugendana et d’ailleurs. Faut-il rappeler le projet de construction d’un aéroport international sur le site des déplacés de Bugendana alors l’aéroport international de Bujumbura n’est même pas exploité à 5% ! N’oublions pas également la séquestration et l’intimidation des élèves tutsi dans les écoles secondaires burundaises : c’est le cas des événements que voici : les attentats à la grenade et à la fusillade dans les bistrots des quartiers tutsi comme Musaga, Ngagara, Nyakabiga, etc. au moment le pouvoir en place s’attelle à désarmer les Tutsi et d’armer les Hutu, ce qui montre à suffisance aux septiques que l’idéologie d’exclusion et de génocide reste ancrée dans les esprits des anciens rebelles, aujourd’hui au pouvoir et qu’ils sont déterminés à éliminer physiquement tous les Tutsi ou à les amener à fuir leur propre pays. Décidément, le pouvoir veut enfin de compte servir ses anciens camarades de lutte restés dans le maquis sous la casquette du FNL-PALIPEHUTU et qui continuent à recruter. Les Tutsi sont aujourd’hui pris en tenaille entre les polices du CNDD-FDD et les combattants du PALIPEHUTU-FNL. La chasse que le nouveau régime a lancée contre les cadres et fonctionnaires tutsi rentre également dans cet ordre. Il serait en effet erroné de la ramener à une simple redistribution des postes (spoiling system). L’exemple le plus frappant est celui d’un leader syndical au COTEBU. Lorsque toutes manœuvres de le révoquer eussent échouées, le pouvoir est allé jusqu’a mettre des armes dans son bureau. On aura tout vu, tout lu, tout su.

Une diplomatie doublement timorée et indécise.

La diplomatie burundaise sous le régime CNDD-FDD est tâtonnante. Ainsi, face à l’épineux problème des réfugiés rwandais fuyant les tribunaux gacaca, le régime CNDD-FDD a été caractérisé par une versatilité sans précédent. Par moments, le gouvernement s’est engagé à ne plus repousser ces demandeurs d’asile, mais pour se dédire seulement quelques jours après et ordonner leur départ vers le Rwanda. Cette versatilité se prolongera avec le silence et l’inertie du régime face à l’annexion d’une portion du territoire burundais par notre voisin du nord. Il est en effet difficile de comprendre comment le Rwanda puisse occuper des terres burundaises sans que le gouvernement ne lève le petit doigt. Le seul fait qu’il ne s’agit que de quelques hectares ne convainc personne, surtout si l’on sait que lors de sa prestation de serment, le président s’engage entre autres choses à sauvegarder l’intégrité territoriale. Mais la reine des fautes du régime dans ses relations avec l’extérieur a été atteinte avec l’annulation sans explication de la visite de la deuxième vice-présidente du Burundi en Belgique. N’eut été la période de grâce dont semble jouir le pouvoir CNDD-FDD en raison de son inexpérience, cette décision aurait conduit à une brouille grave avec l’ancienne puissance coloniale.
Les manquements du pouvoir CNDD-FDD, c’est aussi le deux poids deux mesures appliquées aux partis politiques. Alors que les manifestations sont interdites, il a été permis à des centaines si pas des milliers de jeunes membres du parti au pouvoir de manifester devant le parquet de la République en mairie de Bujumbura pour soutenir un de leurs dirigeants impliqué jusqu’au coup dans une sale affaire de détournement de fonds publics. Plus d’un aurait remarqué que la jeunesse du CNDD-FDD avait une inspiration, celle des jeunes patriotiques de Laurent GBAGBO

Du clair obscur au volet social.

Là où le CNDD-FDD a failli marquer des points mais pour les gâcher aussitôt après, c’est dans sa politique sociale. Que ce soit dicté par le populisme qui le caractérise ou par un réel soucis d’améliorer les conditions de ce peuple dont il se réclame mais qu’il a meurtri par une guerre génocidaire pendant plus de 12 ans, le CNDD-FDD aura pris une mesure louable s’il avait été soigneusement préparée : celle de la scolarisation gratuite au niveau du primaire. Malheureusement, même si elle a permis d’augmenter sensiblement le taux de scolarisation, la décision semble avoir été prise sans penser aux mesures d’accompagnement indispensables, comme la construction des salles de classe, la formation des enseignants, l’achat et/ou la production de matériel didactique. Les spécialistes de l’enseignement doutent à juste titre de la qualité de cette formation dispensée à des effectifs parfois triples mais avec moins du tiers du matériel qu’il faudrait .La gratuite de l’enseignement de base n’est pas la seule tentative du CNDD-FDD de s’acheter la sympathie de certaines couches de la population, pourtant avec des effets pervers. Au niveau de l’armée, on ne peut pas ne pas mentionner la deuxième inhumation à Gifurwe des restes des hommes en armes du CNDD-FDD tués avant l’accession de ce dernier au pouvoir, victimes des luttes intestines ayant caractérisé sa période de maquis. Au grand dam de ceux qui espéraient encore une allure nationale au maquisard génocidaire d’hier, le CNDD-FDD s’est comporté à cette occasion comme une faction en compétition au lieu d’agir comme un véritable gestionnaire de tout le pays. Il aurait du patienter au moins jusqu'à la journée du 7 mars, même si Pierre Buyoya avait pris soin d’éliminer cette journée de la liste des fêtes officielles et ce sans le moindre explication. Au cas où le CNDD-FDD jugerait de rétrograde le maintien du 7 mars comme journée des hommes en uniforme, il aurait au moins feint d’associer ù cette remise en terre des restes des militaires issus d’autres groupes ayant fusionnés dans la FDN. D’autre part, les avantages accordes aux seuls officiers issus des rangs des FDD portent eux aussi les germes d’une scission au sein de la FDN. En effet, il n’est en secret pour personne qu’avant de fusionner avec l’ancienne armée gouvernementale, le CNDD-FDD a lancée une élévation vertigineuse des grades de ses hommes. C’est ainsi que le Burundi est entré le Guinness Book of Records avec un corps d’officiers généraux dont la moitié a à peine le niveau baccalauréat lorsqu’ils n’ont pas tout simplement un certificat d’études primaires.

Une politique qui fait le lit à la grande corruption.

L’échec du pouvoir actuel c’est aussi la lutte contre la corruption. Après la promesse de surveiller et s’il le faut, arrêter les gros bonnets de la corruption, une vieille forme de corruption mais avec de nouveaux visages et de nouvelles méthodes va dominer le train de « lutte » contre ce fléau. Il s’agit du commerce du sucre burundais produit par la SOSUMO. Alors que tout le monde avait salué la promesse de réglementer le commerce de ce produit, le favoritisme dans l’attribution des licences s’est vite dessiné. Seuls les membres du parti au pouvoir font parti du cercle des seuls sept personnes autorisées à commercialiser ce produit sur toute l’étendue du territoire. Et lorsque des voix se sont élevées pour dénoncer la persistance de l’exportation illicite du sucre, le seul le commerçant incarcéré fut celui qui avait détourné 10 tonnes, là où une autre ayant été attrapée avec pas moins de 200 tonnes n’a jamais été inquiétée … parce qu’elle est proche du pouvoir. Il importe de remarquer que le reste de la classe politique ne manque presque jamais l’occasion de ses maladresses. Dans l’hypothèse où les burundais mûrissent rapidement en matière d’exercice démocratique comme le souhaite d’ailleurs le même CNDD-FDD, il y a fort à parier que cette organisation paiera de quelques pourcentages de vote son mépris arrogant des lois qu’il est censées appliquer.

Charles Nkunda

 

 

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