LA JUSTICE BURUNDAISE : UNE ENQUETE ET UNE
INSTRUCTION
QUI VIOLENT LES PRINCIPES DU DROIT
Le rôle du ministère public dans l’affaire KASSY MANLAN
et les profondes contradictions de notre système judiciaire.
Avant de porter un éclairage sur ce dossier judiciaire assez complexe,
je voudrais d’abord attirer l’attention des lecteurs que je n’ai
jamais eu l’opportunité de consulter les dossiers respectifs
des différents prévenus dans cette affaire. Depuis que ce dossier
a été déféré devant la Cour d’Appel
de Bujumbura et que les audiences sont publiques, il est permis, néanmoins,
de se faire une idée en tant qu’Avocat et observateur intéressé de
l’évolution de notre système judiciaire et de livrer à nos
lecteurs une réflexion personnelle sur les différentes lacunes
et entorses à la justice que ce dossier recèle.
J’ai été d’abord outragé par le fait que
le Procureur Général de la République qui a le devoir
d’instruire tout dossier pénal à charge ou à décharge
et en toute indépendance en vue de faire éclater la vérité et
de découvrir tous les participants dans la commission d’une
infraction pénale à quelque titre qu’il soit s’est
permis de fixer ce dossier devant la Cour d’Appel avant que l’enquête
ne soit complète.
En effet, il a le devoir de déterminer à quel niveau de participation
criminelle tous les prévenus dans ce dossier appartiennent. Le Code
pénal Burundais détermine trois niveaux de participation criminelle
en tant qu’auteur, co-auteur ou complice. Avant d’entrer dans
le vif de mon propos, il est nécessaire de définir certains
concepts juridiques.
N’ayant pas sur moi le Code pénal Burundais, je ne pourrais
donner de référence légale mais sachant que le droit
pénal Burundais s’est fortement inspiré du droit pénal
Français et Belge, je me suis permis de définir ces concepts à partir
de la définition du Code Pénal Français.
Le droit Français définit le meurtre comme le fait de donner
volontairement la mort à autrui. (Art. 221-1 du CPF) L’assassinat
quant à lui est défini comme constituant le meurtre commis
avec préméditation.(art. 221-3 CPF). La complicité quant à elle
est définie comme suit : « Est complice d’un crime ou
d’un délit la personne qui, sciemment, par aide ou assistance,
en a facilité la préparation ou la consommation.
Est également complice la personne qui par don, promesse, menace,
ordre, abus d’autorité ou de pouvoir aura provoqué à une
infraction ou donné des instructions pour la commettre. » (art.121-7
CPF)
Certains faits comme la commission d’un meurtre par plusieurs personnes
organisée en bande constitue une circonstance aggravante qui contribue à aggraver
la peine encourue.
Dans le cas d’espèce, il ne fait l’ombre d’aucun
doute que le meurtre du Dr Kassy Manlan a été prémédité,
c’est à dire préparé et soigneusement planifié par
des professionnels du crime puisque parmi les prévenus se trouvent être
des criminels qui étaient en train de purger des peines au sein de
la prison centrale de Mpimba.
Il ne fait l’ombre d’aucun doute aussi que des complices ont
pris part dans cet assassinat soit en donnant des ordres d’exécuter
le meurtre soit par abus d’autorité ou de pouvoir en abusant
de la fonction ou d’un mandat politique exercé au moment de
la commission de ce meurtre dans la mesure où aucune relation ou aucun
mobile ne permet d’établir une relation de cause à effet
entre les auteurs qui plaident coupables et la victime.
A toute vraisemblance ces auteurs ne seraient que les exécutants
matériels du meurtre commis contre la seule promesse de somme d’argent.
Comme Feu Dr Kassy Manlan était représentant de l’OMS
au Burundi, celui-ci n’entretenait aucun rapport politique avec un
quelconque groupe politique au Burundi et je vois très mal dans quel
cadre politique ce professionnel de la médecine aurait pu être
impliqué.
Il ne restait donc plus qu’au Procureur Général de la
République de poursuivre ses enquêtes derrière un motif
soit passionnel, soit familial (intrigue), soit financier qui aurait justifié son
assassinat.
D’après les informations en ma possession, le Procureur Général
de la République n’a même pas daigné enquêter
sur les raisons qui ont été à l’origine de la
disparition de la disquette que Feu Dr Kassy Manlan a été sommé de
produire avant son assassinat et de remettre aux auteurs de son assassinat.
Personne ne se pose la question de cette disquette qui devait contenir des
informations vitales dans l’enquête de ce dossier.
Le Procureur Général de la République ne peut trouver
aucun motif qui justifie de déférer Mr E. Manisha, G. Ntunzwenaya
et J. Ndayegamiye devant la Cour d’appel et les charger de complicité d’assassinat
alors que ceux-ci en tant que membres de corps de police sont sensés
ne rien connaître sur le rôle et les fonctions du Représentant
de l’OMS au Burundi.
Avaient-ils préalablement à cet assassinat eu l’occasion
d’enquêter sur Feu Dr Kassy Manlan pour justifier de la connaissance
de cette disquette ? Si la réponse est négative, il appartenait
donc à Mr Ngendabanka d’approfondir ses enquêtes pour établir
la culpabilité des prévenus.
La règle cardinale de toutes enquête et instruction criminelle
est qu’il n’y a pas de crime sans mobile, sans motif, sans raison.
A cet égard, le Droit Pénal Burundais et le Procureur Général
de la République font une avancée significative si pas unique
dans l’établissement des preuves à charge dans un dossier
d’assassinat. C’est un phénomène unique dans l’histoire
du droit pénal positif Burundais, qu’un assassinat soit commis
sans motif, sans raison apparente et sans mobile. !!!
Le cas est probablement unique dans les arènes du droit pénal
positif ou des peines de mort sont requises par le ministère public
dans une affaire d’assassinat où les seules preuves matérielles
sont constituées de témoignages d’auteurs ou co-auteurs
dans le même dossier et dans lequel quatre des prévenus complices
ou co-auteurs ( Ntunzwenayo, Manisha, Ndayegamiye et Bihumugani) de cet assassinat
nient catégoriquement leur implication. Toute personne comprendrait
les raisons de leur refus d’accepter leur implication puisque tout
ce dossier n’est articulé et basé que sur des révélations
orales faites par deux des auteurs du crime. Il est de notoriété publique
et de jurisprudence constante qu’en matière pénale les
témoignages rendus par des prévenus dans une même affaire
ne peuvent pas à eux seuls constituer des preuves suffisantes pouvant établir
d’une manière certaine la culpabilité d’une personne.
Comme disent les Anglais: « The standard of proof in criminal proceedings
must be ‘beyond reasonable doubt’ ». D’autres faits
matériels doivent être produits pour corroborés ces allégations
: tels que le contenu de cette disquette, les relevés des comptes
de la société Kost Internationale et des comptes personnels
du Consultant de cette société, l’état personnel
de santé de ce Consultant après la mort du Dr Kassy Manlan
, les comptes personnels de Mr et Mme Buyoya au Burundi et à l’étranger,
les différents mouvements de comptes de la BRB au Burundi et à l’étranger
afin d’établir une éventuelle relation de cause à effet
entre ce meurtre et le motif financier allégué par ces informations
qui circulent et s’ il s’avère que ce lien est établi
prendre les conclusions qui s’imposent et charger Mr Buyoya et/ou son épouse
d’avoir participé à titre de complice dans cet assassinat.
Il était donc plus que nécessaire que cette enquête établisse
le mobile du crime pour déterminer dans quelles circonstances les
quatre prévenus qui refusent leur implication sont intervenus dans
ce dossier.
Comme il s’avère que les prévenus Manisha ( ancien Chef
de la Police Municipale en Mairie de Bujumbura), Ntunzwenayo( ancien Administrateur
Adjoint de la Documentation Nationale), Ndayegamiye et Bihumugani ont systématiquement
refusés leur implication dans cette odieuse affaire d’assassinat
malgré les témoignages des autres co-auteurs dans cette affaire,
le Procureur Général de la République aurait dû entreprendre
des investigations plus approfondies et apporter les preuves matérielles
que ces prévenus sont impliqués dans la commission de ce crime.
Lesquelles ne peuvent être rapportées qu’en remontant
la chaîne jusqu'à la personne qui a donné l’ordre
d’exécuter le meurtre.
Pourquoi le Procureur Général de la République s’obstine
a déférer le dossier Kassy Manlan devant la Cour d’Appel
sans que les enquêtes établissent d’une manière
suffisante la culpabilité des prévenus et sans prouver le motif
du crime ?
La compétence du Procureur Général de la République,
Mr Gérard Ngendabanka, ne peut pas être remise en question dans
le cas d’espèce puisqu’il a déjà mis la
main sur les auteurs du crime à savoir les deux personnes qui d’après
lui sont détenues dans un endroit sûr qu’il ne voudrait
dévoiler et je comprend a cet égard ses inquiétudes
et ses appréhensions quant à la sécurité physique
de ceux-ci surtout qu’ils ont une double qualité de témoins à charge
et de prévenus.
Il jouit en fait d’une longue expérience au sein de la magistrature
debout et par conséquent connaît très bien tous les principes
et fondements sur lesquels sont basés les procédures d’enquête
et d’instruction judiciaire.
La raison de son manque de neutralité et de professionnalisme dans
la gestion de ce dossier doit se trouver ailleurs.
Mr Gérard Ngendabanka est un Hutu originaire de la province Rutana.
Il doit sa carrière politique fulgurante à Mr Pierre Buyoya
dans la mesure où très top après la prise du pouvoir
par Buyoya en Septembre 1987, Mr Gérard Ngendabanka alors encore jeune
magistrat frais émoulu lauréat de la Faculté de Droit
de l’université du Burundi en 1982 et susbstitut près
le Tribunal de Grande Instance, se voit attribué la prestigieuse fonction
de Directeur Adjoint de Cabinet du Président Buyoya juste après
la nomination du Premier Ministre Sibomana.
Il demeurera dans cette fonction jusqu’aux élections présidentielles
de 1993 à l’issue desquelles le public apprendra que la majorité des
Hutu qui travaillaient avec Buyoya militaient en fait au sein du Frodebu.
Mr Gérard Ngendabanka ne fera pas exception à la règle
et se verra donc offrir le poste de Ministre de la Justice sous Ntaryamira
et Ntibantuganya. Lors du coup d’Etat de Buyoya en Septembre1996, Mr
Ngendabanka quitte la scène politique provisoirement pour travailler
comme consultant national au sein de la Représentation au Burundi
de la Commission des Nations Unies pour les Droits de l’Homme. Il y
assurera cette fonction jusqu’au mois de Décembre 1998. Le Frodebu
avait obtenu des Accords d’Arusha que pendant la transition le Poste
de Procureur Général de la République lui revenait de
droit.
C’est donc dans des circonstances que Mr Buyoya accédant à la
pression du Parti Frodebu de pourvoir un des leurs à ce poste et sa
confiance en Mr Butasi ayant subie quelques frictions, Buyoya leur imposa
Mr Ngendabanka. Encore qu’il est vrai que le Parti n’avait pas
beaucoup de juristes d’expérience à proposer.
Si donc Mr Ngendabanka est toujours à ce poste, ce n’est pas
grâce à son militantisme au sein du Frodebu, loin de là,
mais grâce à Mr Pierre Buyoya qui lui a d’abord confié le
poste de Directeur Adjoint de Cabinet qui implique une confiance extrême
et surtout le poste de Procureur Général de la République.
Il me paraît tout a fait peu probable qu’aussi longtemps que
Mr Ngendabanka demeurera à la tête du Parquet Général
de la République, le dossier Kassy Manlan subisse un revirement notable
au niveau des enquêtes et de l’instruction afin que le mobile
du crime soit connu et que tous les complices et auteurs de cet assassinat
soient appréhendés, jugés et condamnés selon
la loi. Il faut absolument que dans l’intérêt de la vérité et
de la justice pour toutes les victimes de cette parodie d’instruction
judiciaire, la vérité soit connue et établie au grand
jour !!!
Quel doit être la décision logique que doit rendre le siège
de la Cour d’Appel eu égard aux révélations faites
par Maître Maingain ?
Les juges Burundais ont toujours invoqué des pressions multiples
exercées par le pouvoir politique sur leur personnes afin de justifier
les jugements très controversés qu’il sont appelés à rendre
dans des dossiers à connotation politique.
Le cas d’espèce ne constitue pas en tant que tel un dossier
politique puisqu’il s’agit d’un dossier d’assassinat
au mobile vraisemblablement financier d’un représentant de l’OMS
au Burundi dans lequel est probablement impliqué un ancien chef d’Etat
qui n’exerce plus de pouvoir effectif sur leur nomination , révocation
ou mutation.
Il revient donc à la Cour d’Appel eu égard à toutes
les lacunes que comportent ce dossier en terme de preuve et de mobile du
crime de rendre un jugement de renvoie de cette affaire au ministère
public pour complément d’enquête par ce qu’à ma
connaissance, ce serait trop demander à un siège de condamner
des prévenus qui nient leur participation criminelle, laquelle n’est
soutenue que sur base de témoignages oraux provenant des deux prévenus
qui plaident coupables.
Que ces juges n’aillent pas raconter par après qu’ils étaient
sous pression parce qu’à ma connaissance Mr Ngendabanka n’a
aucune emprise sur eux et ne joue aucun rôle dans leur appréciation
ou cotation annuelle.
Quel est le rôle du Président de la République dans
cette affaire ?
Le rôle du Président de la République est extrêmement
important dans cette affaire.
Au regard des résultats de l’enquête et de l’instruction
de ce dossier et compte tenu des relations personnelles qui lient Mr Ngendabanka à Mr
Buyoya, le Président de la République a le devoir de décharger
Mr Ngendabanka de ses fonctions et de nommer une autre personne dont les
qualités personnelles et morales sont telles qu’elle puisse
assumer cette fonction en toute neutralité et au dessus de tout soupçon
de partialité ou corruption.
Si le Président n’assume pas ses responsabilités dans
les circonstances d’espèce il sera immédiatement loisible à quiconque
de conclure que finalement ce que tout le monde chuchotait à voix
basse ne constitue plus qu’un secret de polichinelle et que Mr Ndayizeye
exerce en définitive son mandat de Chef d’Etat non pas au nom
et pour le compte du peuple Burundais mais au nom et pour le compte de Mr
Pierre Buyoya.
Le rôle du Barreau du Burundi dans l’assainissement de la justice
et dans le changement positif des attitudes.
En tant que membre du Barreau Burundais, je me sens interpellé lorsque
des cas comme le dossier Kassy Manlan défraie la chronique par des
révélations faites par un Avocat Belge sur un dossier dans
lequel sont impliqués plusieurs autres avocats Burundais, membre du
Barreau.
De part son essence même, la profession d’Avocat est une profession
libre assujettie à aucun pouvoir ni politique, ni judiciaire et encore
moins parlementaire. C’est une profession qui garanti des droits et
immunité de poursuite à tous ses membres particulièrement
lors de l’exercice de leur mandat de représentation de leur
client devant les juridictions.
Par ailleurs, dans tous les pays du monde les Avocats jouissent d’une
très haute autorité morale par rapport à n’importe
quel pouvoir. Il est vrai que le Barreau Burundais est jeune puisqu’il
n’existe que depuis 1967 ou 1969.
Il est autant vrai que le Barreau du Burundi a toujours été regardé comme
une profession réservée à quelques privilégiés
dont le nombre a longtemps été maintenu autour de 15 à 20
Avocats. Ce n’est que depuis les années 1995 que le Barreau
a réellement ouvert largement ses portes au grand nombre afin que
quiconque qui réunit les conditions académiques, professionnelles
et morales exigées par la loi puisse en faire la demande et exercer
cette noble profession.
Pourquoi cette profession est-elle noble ?
Cette profession est noble parce qu’elle est guidée par le
souci permanent de servir la vérité, rien que la vérité et
toute la vérité et ce dans l’intérêt supérieur
de la justice. Tel est le serment que nous prêtons lorsque nous nous
engageons à exercer cette profession. Le Barreau a un autre objectif
qui est celui de promouvoir le droit et la justice par des recherches, des études,
conférences et séminaires. Est-ce que le Barreau s’est-il
acquitté honorablement de cette noble mission à la satisfaction
de ses membres et des justiciables qui sont le peuple Burundais ?
Je me permets d’émettre de sérieux doute face à ces
questions. Nous devons cultiver l’autocritique et le débat contradictoire
au sein du Barreau. La mission du Barreau du Burundi s’impose de plus
en plus sur la scène politique Burundaise en tant qu’Institution
dont les valeurs lui permettent de prendre position sur différents
sujets cruciaux dans la mesure où cette mission est guidée
par la recherche de la vérité.
La position d’un Barreau timide, recroquevillé sur lui-même
où les membres ne sont qu’ à la recherche et la préservation
de leur petits intérêts financiers pouvait encore se justifier
dans les années quatre vingt en raison du faible nombre de membres
que comprenait cette institution. Mais cette position n’est plus soutenable
actuellement où les membres sont représentatifs de toutes les
sensibilités ethniques et régionales du Burundi et où ils
représentent une centaine ou légèrement moins.
Le Barreau doit s’imposer comme étant une institution incontournable
dans la dénonciation de toute entorse à la bonne marche de
la justice. Il ne suffit pas qu’on entende le Barreau uniquement apporter
ses bons offices lorsque les magistrats sont en grève comme intermédiaire
entre le Gouvernement et le corps des magistrats, davantage par crainte que
leurs intérêts financiers (Avocats) se retrouveraient en danger
si une grève devrait durer plus longtemps que prévu !!!
Dans un pays où la violation des droits de l’homme constitue
le lot quotidien des actes du Gouvernement, où des personnalités
sont emprisonnées en violation flagrante des dispositions du Code
de procédure pénal, où la Cour Constitutionnelle rend
des arrêts contradictoires ou sans fondement légal, le Barreau
du Burundi doit d’avantage faire preuve de sa volonté d’apporter
sa contribution a l’édifice d’un système judiciaire
légal, juste et cohérent.
J’ai été particulièrement choqué d’apprendre
que dans ce dossier de Kassy Manlan il a fallu l’intervention d’un
Avocat Belge au cours de l’audience publique pour dénoncer les
lacunes que comportait ce dossier alors que tous les avocats avaient la possibilité de
consulter ce dossier au greffe de la Cour d’Appel. Les droits et privilèges
dont il jouit en tant qu’Avocat sont les mêmes que les Avocats
Burundais.
Si nous ne prenons pas le risque de dénoncer ces utopies judiciaires,
qui le fera à notre place ? Je me sens un peu mal à l’aise
de critiquer un corps qui m’a accepté en tant que membre mais
j’estime important que cette critique soit formulée afin que
des échanges soit engagés à ce sujet.
Si les Avocats estiment que les garanties leur accordées par la loi
ne suffisent pas, qu’ils exigent des garanties supplémentaires
mais au moins qu’on les entendent s’exprimer sur n’importe
quel sujet qui intéresse le droit et la justice et Dieu sait combien
ces sujets ne manquent pas.
Conclusion
Le dossier Kassy Manlan révèle au grand jour les incohérences,
les irrégularités et les profondes contradictions dont souffre
le système judiciaire Burundais. Les critiques émises depuis
longtemps par les partis d’obédience Hutu à l’encontre
de la justice Burundaise se sont limitées à dénoncer
la non représentation des Hutu au niveau des chefs de juridiction
et au sein de la Magistrature debout comme étant la seule cause et
la raison du déficit de confiance et de crédibilité entre
les justiciables et le système judiciaire. Mais la réalité est
têtue pour nous renseigner que ce motif à lui seul ne peut pas
remédier à tous ces problèmes cités.
Ce drame judiciaire intervient au moment où le Ministre de la Justice,
le Procureur Général de la République sont tous de la
même mouvance politique à savoir le Frodebu. Le Président
de la Cour d’Appel quant à lui est un Hutu.
Je me permets de douter très sérieusement de la volonté politique
des partis au pouvoir actuellement de résoudre le problème
profond de la justice. Ce n’est pas en proposant des condamnations à mort
contre des exécutants d’un crime que l’on espère
déraciner le mal à jamais lorsque le commanditaire de ce crime
est toujours en liberté.
Si Mr G. Ngendabanka estime qu’il a une dette morale aussi profonde
a l’endroit de Mr Pierre Buyoya pour lui avoir confié les postes
cités plus haut, cette dette morale doit avoir des limites et plus
particulièrement lorsque elle doit être mise en balance par
rapport aux charges qu’imposent la Fonction combien importante de Procureur
Général de la République. Si cette dette morale est
plus lourde que les charges qu’imposent cette fonction alors le Procureur
Général de la République doit savoir tirer les conséquences
qui s’imposent et démissionner de ses fonctions et s’il
en est incapable, le Président de la République doit pouvoir
le décharger de ses fonctions dans l’intérêt supérieur
de la Justice et de la paix.
Maître Pacelli Ndikumana.
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