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Fuite de cerveaux: Quand le gouvernement prend des décisions non inspirées

source: http://www.burundirealite.org/burundi/display_news_f.cfm?loc=2313

Source: Anonyme boursier du gouvernement Burundais

Bujumbura 27 décembre 2007 (Burundi Réalités ) -D'après un article
paru dans Burundi Réalités, nous apprenons que pour arrêter la
catastrophique fuite des cerveaux, le gouvernement burundais entend
faire rembourser ceux qui ne rentrent pas, par la force si besoin est.
Ainsi, le recouvrement d'environ 65000 $ investis dans la formation
d'un docteur ainsi que son rapatriement forcé décidés par le Conseil
des ministres devraient être formalisés et appliqués dès 2007.

A travers cette décision, le gouvernement passe à l'opinion un message
très clair : le pays fait de gros investissements pour une
intelligentsia ingrate. Certes, l'Etat fait un gros investissement
dans la formation d'un docteur, seul un irresponsable dirait le
contraire ; mais pourquoi alors les hommes et les femmes intelligents
du gouvernement s'obstinent- ils à arrêter des mesures fantaisistes
face à un problème aussi grave où un minimum de bonne volonté de la
part de ce gouvernement le résoudrait à long terme ?

Pour comprendre mon point de vue, je vais me poser quelques
interrogations tout en espérant que les professionnels habilités
sauront mener des enquêtes plus poussées afin d'éclairer le
gouvernement. Dans tous les cas, il est étonnant que ce dernier ne se
soit pas d'abord demandé pourquoi son élite ne voulait pas rentrer
chez soi.

Pourquoi donc ces « jeunes » docteurs se résignent-ils à vivre si loin
de leurs familles et pour la plupart dans des régions aux climats très
rudes? Dans quelles conditions les boursiers du gouvernement burundais
mènent-ils leurs études ? Est-ce que le travail que parviennent à
décrocher ceux qui ne rentrent pas valorise leurs diplômes ? Qu'en
est-il de leur environnement social ? Sont-ils accueillis à bras
ouverts dans les pays d'exil ? Pourquoi la plupart des responsables
politiques actuels ne sont pas restés en exil si c'est le paradis ?

D'un autre côté, quelle est la place d'un professeur d'université dans
la société burundaise ? Combien de professeurs sont-ils fiers de leur
travail ? Quelle en est la conséquence ? Pourquoi le gouvernement ne
parvient-il pas à trouver des solutions efficaces aux grèves
incessantes à l'Université du Burundi ? Qu'est-ce que les pays
voisins, notamment le Rwanda, ont de plus que notre pays pour lui
ravir les plus expérimentés, lesquels n'hésitent pas à se séparer de
leurs familles ? Pourquoi les grands professeurs briguent-ils les
fonctions administratives au lieu de s'adonner à la recherche et à la
formation des enfants du Burundi ?

Enfin, dans combien d'années un professeur d'université travaillant
uniquement à rembourser l'Etat peut-il compléter le montant indiqué ?
Comment évalue-t-on au gouvernement les chances de réussite d'une
telle mesure ? Quelles sont les priorités du gouvernement en matière
d'éducation et quels sont les moyens qu'il se donne pour y parvenir ?

Avant de clore cet article, je vais essayer de donner une petite
contribution dans la résolution de ce problème primordial pour le
développement du pays, n'ayant ni le temps, ni les moyens de pousser
plus loin mon analyse.

Tout d'abord, la bourse du gouvernement burundais est non seulement
inférieure au plus bas salaire minimal des pays occidentaux mais elle
est même inférieure à l'aide qui est octroyée aux réfugiés exilés dans
lesdits pays. Dans ces conditions, il n'est pas surprenant que
certains boursiers se voient refuser les visas d'études tandis que
ceux qui sont plus chanceux doivent, tout en suivant leurs études,
recourir à mille et une stratégies pour joindre les deux bouts du
mois. Ainsi, le gouvernement serait bien inspiré d'augmenter la bourse
des étudiants afin de leur permettre de se concentrer uniquement à
leur travail.

D'autre part, le gouvernement a dernièrement pris une mesure de
procurer des véhicules aux parlementaires, ce qui est du reste une
sage décision, et sûrement que leurs salaires sont aussi conséquents
pour envisager leur remboursement. Pourtant, il n'est pas rare de
trouver des professeurs d'université se déplacer à pied quand les bus
universitaires, au confort douteux soit dit en passant, n'ont pas
daigné les attendre. Pourtant ce sont ces mêmes professeurs qui ont
permis à ces parlementaires, sénateurs, ministres et même au Président
de la République de briguer les postes qu'ils occupent. Quel message
pensez-vous donner à la jeunesse, messieurs et mesdames les membres du
gouvernement ? Le mieux serait de réparer cette injustice en procurant
de plus beaux véhicules et des salaires conséquents aux docteurs qui
ont eu le courage de revenir et vous verrez que les autres vont
rentrer en masse et de leur propre gré. Après tout ce ne sont pas des
centaines que diantre!

En effet, si ça ne marche pas à l'université, ça ne marchera sûrement
pas à l'école secondaire, encore moins à l'école primaire et je n'ose
pas pronostiquer sur la qualité du Burundi de demain.

A mon humble avis, le gouvernement ne devrait pas perdre son temps et
ses moyens à affiner une mesure qui risque de produire l'effet inverse
que celui escompté. L'exemple d'ailleurs devrait inspirer les
autorités burundaises qui portent la responsabilité de ce que seront
les générations futures. Dans l'entre temps, je leur propose de
méditer sur les propos de l'intellectuel français Jacques Attali :

« L'avenir ne s'écrit pas dans les richesses du sous-sol, mais dans
les têtes. Bref, la libération des énergies passe par une révolution
de l'intelligence c'est-à-dire la formation et l'éducation. Et non la
contemplation du monde et des ressources dites naturelles. Dans le
monde des cinquante prochaines années, dans le monde de demain, pour
ne pas dire tout à l'heure, la seule vraie richesse sera la matière
grise »

A bon entendeur salut

 


 

 

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