Source : http://www.un.org/News/fr-press/docs/1996/19960828.CS725.html
28 août 1996
Communiqué de Presse
CS/725
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LE CONSEIL DE SECURITE EXAMINE LA SITUATION AU BURUNDI A LA LUMIERE DE LA
RUPTURE DE L'ORDRE CONSTITUTIONNEL DU 25 JUILLET DERNIER
19960828
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MATIN CS/725 Réuni sous la présidence de M. Tono Eitel (Allemagne),
le Conseil de sécurité a examiné, ce matin, la situation
au Burundi, à la lumière de la récente rupture de l'ordre
constitutionnel, survenue le 25 juillet dernier.
Les Etats Membres du Conseil suivants ont fait une déclaration : Botswana,
Chili, France, Indonésie, Italie, République de Corée,
Pologne, Etats-Unis, Guinée-Bissau, Honduras, Egypte, Royaume-Uni,
Chine, Fédération de Russie et Allemagne.
Le représentant du Burundi s'est exprimé devant le Conseil
de sécurité. Les pays suivants, non membres du Conseil, ont
aussi participé au débat : Irlande (au nom de l'Union européenne),
Belgique, République-Unie de Tanzanie, Canada, Australie, Afrique
du Sud, Ouganda, Japon et Ethiopie.
Au titre de l'examen de la question, le Conseil était notamment saisi
du rapport de la Commission internationale d'enquête, et des conclusions
que son Président, M. Edilbert Razafindralambo (Madagascar), a remis
au Secrétaire général le 23 juillet 1996. Le Conseil était également
saisi du dernier rapport du Secrétaire général, qui
n'exclut pas que le pire se produise et que le Burundi soit le théâtre
d'un génocide.
Le Conseil de sécurité était également saisi
d'une série de lettres concernant la situation dans le pays et en
particulier d'une lettre datée du 2 août par laquelle le Représentant
permanent de la Tanzanie transmet au Secrétaire général
le texte du Communiqué conjoint du IIème Sommet régional
sur le Burundi, qui s'est tenu le 31 juillet 1996 à Arusha. Convoqués
par le Président de la Tanzanie, les Président du Kenya, de
l'Ouganda, du Rwanda, les Premiers Ministres de l'Ethiopie et du Zaïre,
se sont réunis à Arusha, aux côtés du représentant
du Président en exercice de l'OUA et du Secrétaire général
de l'OUA. Le Sommet régional demandait au régime d'entreprendre
immédiatement et inconditionnellement des négociations avec
toutes les parties au conflit. Le Sommet régional décidait
d'exercer le maximum de pression sur le régime de Bujumbura, y compris
l'imposition de sanctions économiques afin de créer des conditions
propices à la normalisation au Burundi. Le Sommet lançait vivement
un appel à la communauté internationale pour qu'elle appuie
les efforts déployés et les mesures prises par les pays de
la région.
(à suivre - 1a)
- 1a - CS/725 28 août 1996
Dans une lettre datée du 19 août 1996 adressée au Secrétaire
général, le Chargé d'affaires par intérim de
la Mission permanente de l'Irlande, M. Conor Murphy, transmet une Déclaration
faite le même jour par la Présidence au nom de l'Union européenne.
L'Union y appelle toutes les parties burundaises à cesser immédiatement
les violences et à respecter la sécurité de tous les
Burundais. Elle réaffirme qu'elle est disposée à soutenir
les efforts de redressement du Burundi, dès lors que l'oeuvre de réconciliation
nationale attendue est engagée avec toute la détermination
nécessaire.
Dans une lettre adressée le 7 août au Secrétaire général,
le Kenya transmet la Déclaration de son gouvernement sur l'imposition
de sanctions économiques contre le Burundi. Le Kenya se joint aux
autres pays de la région et à la communauté internationale
pour condamner le coup d'Etat au Burundi et exhorte toutes les parties, en
particulier les factions armées à l'intérieur comme à l'extérieur
du Burundi qui prennent part au conflit, à engager immédiatement
et sans conditions des négociations. Dans le cadre de l'initiative
régionale visant à normaliser la situation au Burundi, le Gouvernement
kenyan a donné des instructions à tous les organismes compétents à l'intérieur
de nos frontières pour qu'ils veillent à ce que toutes les
formes de communication entre le Kenya et le Burundi soient suspendues, y
compris la circulation des personnes, des biens et des services par voies
aérienne, routière et ferroviaire.
Dans une lettre au Secrétaire général, en date du 5
août, le Secrétaire général de l'OUA fait part
du communiqué publié le même jour par l'Organe central
du Mécanisme de l'OUA pour la prévention, la gestion et le
règlement des conflits concernant la situation au Burundi. L'Organe
central y exhortait tout le peuple du Burundi à rester calme et à éviter
toute action susceptible de compromettre le processus de paix. L'Organe central
y priait le régime en place au Bujumbura de prendre des mesures immédiates
pour mettre un terme à l'illégalité et rétablir
l'ordre constitutionnel au Burundi.
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Rapport final de la Commission d'enquête internationale au Burundi
(S/1996/682)
Dans une lettre en date du 25 juillet 1996 qu'il adresse au Président
du Conseil de Sécurité, le Secrétaire général
soumet au Conseil de sécurité le rapport final de la Commission
d'enquête internationale au Burundi (S/1996/682).
Le Secrétaire général rappelle que suite à sa
résolution 1012 (1995), du 28 août 1995, le Conseil de sécurité l'avait
prié d'établir une commission d'enquête internationale
chargée d'établir les faits concernant l'assassinat du Président
du Burundi, le 21 octobre 1993, ainsi que les massacres qui ont suivi.
Le Secrétaire général rappelle qu'à la suite
de la résolution 1012 du Conseil, il a nommé, le 20 septembre
1993, une Commission d'enquête internationale au Burundi composée
de quatre juristes, M. Edilbert Razafindralambo (Madagascar), Président
de la Commission et MM. Abdelali El Moumni (Maroc), Mehmet Güney (Turquie),
Luis Herrera Marcano (Venezuela) et Michel Maurice (Canada).
Auparavant, indique le Secrétaire général, deux missions
des Nations Unies ont précédé la Commission au Burundi.
En mars 1994, à la suite de la tentative de coup d'Etat au Burundi
qui a conduit à l'assassinat du Président Melchior Ndadaye
et à une vague de massacres et actes de violence dans tout le pays,
le Secrétaire général, pour donner suite à une
demande du Gouvernement burundais et conformément à une note
du Président du Conseil de sécurité, avait dépêché une
mission préparatoire chargée d'établir les faits à laquelle
il a nommé les Ambassadeurs Martin Huslid et Siméon Aké.
Le rapport de cette mission a été rendu public le 24 février
1995. Le 26 juin 1995, le Gouvernement burundais ayant officiellement demandé à l'ONU
de créer une commission d'enquête judiciaire, le Secrétaire
général avait envoyé M. Pedro Nikken au Burundi pour étudier
les modalités selon lesquelles une telle commission pourrait être
mise en place. Le rapport de M. Nikken contenait des recommandations relatives à la
création de la Commission et à son mandat.
Le 5 janvier 1996, rappelle le Secrétaire général, il
a présenté un rapport intérimaire sur les travaux de
la Commission (S/1996/8). Le présent rapport lui a été remis
le 23 juillet 1996, par le Président de la Commission. Le mandat de
la Commission, tel que défini dans la résolution 1012 du Conseil
de sécurité, comportait les éléments distincts
ci-après :
-- "établir les faits concernant l'assassinat du Président
du Burundi le 21 octobre 1993"; -- "établir les faits concernant
... les massacres et les autres actes de violence graves qui ont suivi (l'assassinat
du Président du Burundi le 21 octobre 1993)"; -- "recommander
... des mesures visant à traduire en justice les responsables de ces
actes ..."; -- "recommander des mesures de caractère juridique,
politique ou administratif, selon qu'il conviendrait, après consultation
avec le
( suivre)
- 3 - CS/725 28 aot 1996
Gouvernement burundais, ... pour empêcher que ne se reproduisent des
actes analogues à ceux sur lesquels elle aurait enquêté et,
d'une manière générale, pour éliminer l'impunité et
promouvoir la réconciliation nationale au Burundi".
S'agissant des principes, le Secrétaire général souligne
que bien que le Gouvernement burundais ait demandé qu'il s'agisse
d'une commission d'enquête judiciaire, la Commission n'a été dotée
d'aucun pouvoir judiciaire. Elle était chargée d'effectuer
une mission d'établissement des faits concernant les crimes indiqués
plus haut et était très libre dans la formulation de ses recommandations.
Cela étant, la mission a décidé d'appliquer à ses
activités d'établissement des faits, dans la mesure du possible,
les normes qui régissent les activités judiciaires — non
seulement pour asseoir sur une base solide les conclusions auxquelles elle
aboutirait, mais aussi afin de réunir des éléments de
preuve qui puissent servir ultérieurement dans des poursuites judiciaires.
(Les règles de procédure régissant à la fois
son propre fonctionnement et l'audition des témoins figurent à l'annexe
I du rapport.)
Les travaux de la Commission se sont divisés en deux périodes
: la première, du 25 octobre au 20 décembre 1995, a abouti à la
présentation d'un rapport préliminaire selon les dispositions
de la résolution 1012, et la seconde, du 7 janvier au 22 juillet 1996,
qui se termine par la remise du présent rapport.
Conclusions
La Commission estime que les éléments de preuve dont elle dispose
suffisent à établir que des actes de génocide ont été perpétrés
au Burundi contre la minorité tutsie le 21 octobre 1993 et les jours
suivants à l'instigation et avec la participation de certains militants
et responsables hutus du FRODEBU, y compris au niveau des communes.
[Aux termes de l'article II de la Convention pour la prévention et
la répression du crime de génocide, le génocide s'entend
du meurtre de membres d'un groupe ethnique commis dans l'intention de détruire
ce groupe en tout ou en partie. Le fait que le Burundi n'ait pas ratifié cette
convention est sans pertinence puisque ses dispositions font maintenant partie
du droit international coutumier et ont valeur de jus cogens.]
La Commission estime que les éléments de preuve ne lui permettent
pas de déterminer si ces actes avaient été planifiés
ou ordonnés ou non par des dirigeants au niveau supérieur.
La Commission considère que, même si elle n'a pas recueilli
de preuves — et on ne pouvait pas non plus attendre d'elle qu'elle
en recueille vu les circonstances — de témoignages directs ni
de preuves matérielles à l'appui, les éléments
de preuve indirecte dont elle dispose l'autorise à conclure que certains
membres haut placés du FRODEBU avaient planifié à l'avance
une riposte face à l'éventualité bien réelle
d'un coup d'Etat de l'armée, que cette riposte consistait notamment à barrer
les routes et à armer les Hutus, à prendre en otages des hommes
et des jeunes hommes tutsis et que ce plan avait
( suivre)
- 4 - CS/725 28 aot 1996
é
té connu d'avance de certains membres locaux du FRODEBU occupant des
postes de responsabilité, y compris au niveau des communes.
La Commission estime qu'il est établi que des éléments
de l'armée et de la gendarmerie burundaises et des civils tutsis ont
perpétré un massacre aveugle d'hommes, de femmes et d'enfants
hutus. Si l'on n'a pas rapporté la preuve que la répression
avait été planifiée ou ordonnée par les autorités
centrales, il est constant que les autorités militaires à tous
les échelons de la hiérarchie n'ont fait aucun effort pour
prévenir, arrêter, réprimer de tels actes ou ouvrir une
enquête sur ce sujet. La Commission considère que pour n'avoir
pas agi, les autorités militaires en question voient leur responsabilité engagée
vis-à-vis de ces actes.
La Commission estime que les éléments de preuve dont elle dispose
ne lui permettent pas d'identifier nommément les individus qui doivent
répondre des actes visés dans les présentes conclusions
devant la justice.
Recommandations
Formuler des recommandations quant à la manière de réaliser
la réconciliation nationale au Burundi et de rétablir la paix
et la sécurité dans le pays dépasse sinon le mandat
de la Commission, certainement les moyens dont elle dispose. On aurait tort
d'attendre de la Commission qu'elle opère des miracles là où,
en dépit des efforts intenses qu'ils ne cessent de déployer,
l'Organisation des Nations Unies et les autres membres de la communauté internationale
ne sont toujours pas parvenus — il s'en faut de beaucoup — à prévenir,
encore moins à inverser la détérioration constante de
la situation.
Pour s'être imprégnée des réalités de l'intérieur
du pays dans une certaine mesure, la Commission croit devoir souligner cependant
qu'il semblerait que les efforts notoires de la communauté internationale
soient axés sur la redistribution des pouvoirs au sein de l'élite
politique et militaire de Bujumbura et que le problème fondamental
de la réinstallation de dizaines de milliers de Tutsis déplacés à l'intérieur
du pays et de Hutus en exil, du freinage de la croissance démographique,
de la création de possibilités d'emploi ailleurs que dans l'agriculture
et de l'amélioration des rendements agricoles, toutes choses qui requerraient
une assistance extérieure considérable, ne soit guère évoqué.
L'impunité a été sans aucun doute une cause non négligeable
du pourrissement de la crise actuelle. Toutefois, si à l'origine elle était
l'une des causes de la situation actuelle, elle en est maintenant devenue
un effet. Faire de l'élimination de l'impunité une condition
préalable à la solution de la crise, ce serait faire totalement
preuve d'irréalisme et ne servirait qu'à fournir les prétextes à ceux
qui sont peu disposés à prendre les mesures qui s'imposent.
Seule une bonne administration de la justice en toute équité permettrait
d'éliminer l'impunité. La Commission ne voit pas comment une
telle administration de la justice pourrait être mise en route tant
qu'un semblant de vie normale n'aura pas été rétabli
dans le pays.
( suivre)
- 5 - CS/725 28 aot 1996
La Commission estime que, dès que la situation dans le pays permettrait
d'opérer des réformes efficaces, la plus importante de celles-ci
serait d'établir un équilibre ethnique raisonnable à tous
les niveaux dans les corps des juges, des procureurs et de la police judiciaire.
Il faudrait pour cela confier à un organe apolitique impartial, indépendant, à composition
ethnique équilibrée, doté des pouvoirs nécessaires
et bénéficiant de la confiance de la population, le soin de
nommer ces fonctionnaires et de les relever de leurs fonctions. La police
judiciaire, corps pratiquement inexistant à l'heure actuelle, devrait être
dotée des effectifs et des moyens nécessaires et être
affranchie de tout contrôle ethnique ou politique. Elle devrait avoir
un statut purement civil et n'entretenir aucun lien avec l'armée ou
la gendarmerie. Il faudrait mettre un terme à la pratique actuelle
de la détention pour une durée indéterminée en
l'absence de toute accusation formelle ou de poursuites.
À
l'évidence, aucun système de justice n'a les moyens de poursuivre
tous les dizaines, les centaines de milliers d'individus appartenant aux
deux groupes ethniques qui se sont rendus coupables d'homicide à une époque
ou une autre. tant qu'ils sont. Pour que les principaux responsables de ces
crimes puissent un jour être traduits en justice, les juges ou les
procureurs doivent être habilités à offrir l'immunité ou
des remises de peine aux simples exécutants ou participants en échange
de leur coopération.
La mise en place d'un système de justice impartial et efficace nécessiterait
une assistance internationale considérable sous la forme d'activités
de formation et d'un concours financier. On pourrait ménager une période
de transition pendant laquelle, pour gagner la confiance des justiciables,
on inviterait des magistrats d'autres Etats francophones d'Afrique à siéger
en qualité d'observateur auprès des tribunaux à composition
ethnique mixte et à faire office de médiateurs entre les juges,
le cas échéant.
Ayant conclu que des actes de génocide ont été perpétrés
contre la minorité tutsie au Burundi en octobre 1993, la Commission
est d'avis qu'une compétence internationale doit s'exercer à l'égard
de ces actes.
La Commission estime toutefois qu'il ne sera pas possible de mener une enquête
internationale convenable sur ces faits tant que la situation actuelle persistera
au Burundi. Si l'on décidait d'exercer une compétence internationale à raison
des actes de génocide perpétrés au Burundi une fois
l'ordre et la sécurité et l'harmonie entre les ethnies rétablis
dans une mesure raisonnable, l'enquête, loin d'être circonscrite
aux actes commis en octobre 1993 devrait s'étendre à ceux perpétrés
dans le passé afin de déterminer si ces derniers constituaient également
des actes de génocide et, dans l'affirmative, d'en identifier les
auteurs et de les traduire en justice. Il faudrait en particulier s'intéresser
aux événements qui ont eu lieu en 1972, lorsque, de l'avis
général, on avait entrepris systématiquement d'exterminer
tous les Hutus instruits. Nul n'a jamais été poursuivi pour
ces actes.
( suivre)
- 6 - CS/725 28 aot 1996
Tout organe international chargé d'enquêter sur le génocide
au Burundi doit être doté de moyens et de pouvoirs qui lui permettent
d'inspecter tous fichiers et dossiers, d'ordonner la divulgation de toutes
pièces, d'appeler des témoins, de faire réprimer le
faux témoignage, de garantir la sécurité des témoins
et l'immunité ou des remises de peine en faveur de toute personne
disposée à lui prêter sa coopération.
En ce qui concerne l'assassinat du Président Ndadaye, la prise d'otages
et la répression aveugle sur la personne de civils, tous faits qui
relèvent de la compétence interne du Burundi, la Commission
estime qu'il est patent qu'il n'y a aucun espoir de voir la justice burundaise
actuelle engager en toute justice une enquête ou des poursuites efficaces
en l'espèce tant que ceux-là même dont la conduite doit
faire l'objet d'une enquête continuent du haut de leurs postes de responsabilité au
sein du Gouvernement, de l'armée et de la rébellion armée,
d'exercer sans partage un pouvoir de vie et de mort sur les citoyens dans
l'ensemble du pays. Une telle enquête devrait être confiée à un
organe judiciaire indépendant, crédible, doté de tous
les pouvoirs nécessaires et agissant dans des conditions d'ordre public
et de sécurité raisonnables.
Aperçu des autres conclusions de la Commission
La Commission internationale indique qu'elle s'est heurtée à des
difficultés considérables dans l'accomplissement de son mandat.
Parmi celles- ci, le temps écoulé depuis les événements
visés par l'enquête; la polarisation ethnique du pays; la situation
au Burundi sur le plan de la sécurité; l'insuffisance des moyens.
Bien que la Commission n'ait pas obtenu — et ce n'est guère étonnant
vu les circonstances — de preuves directes sous forme de témoignages
oraux ou écrits, elle considère que les preuves indirectes
sont suffisantes pour lui permettre de conclure que l'assassinat du Président
Ndadaye et de son successeur désigné par la Constitution a été prémédité dans
le cadre du coup d'Etat qui a renversé le Président, et que
le coup d'Etat a été préparé et exécuté par
des officiers occupant des postes élevés dans la hiérarchie
de l'armée burundaise. La Commission estime toutefois qu'étant
donné les éléments de preuve dont elle dispose, elle
n'est pas en mesure d'identifier les personnes qui devraient être traduites
en justice pour ce crime.
Au sujet de l'enquête sur les massacres et autres actes de violence
graves qui ont suivi l'assassinat du Président Ndadaye, la Commission
a dû resteindre le cadre temporel de l'enquête; étant
donné que la violence au Burundi n'a jamais cessé depuis l'assassinat
et en est la conséquence.
Une montagne de dépositions et autres éléments de preuve
tendent à désigner certains militants et dirigeants hutus du
FRODEBU, y compris au niveau des communes comme les instigateurs des massacres
de Tutsis partout où la Commission a été conduite par
son enquête. Quant à savoir si ceux-ci avait agi de leur propre
chef ou s'ils obéissaient à des ordres ou à un plan
préétabli, les éléments de preuve disponibles
n'autorisent nullement à se prononcer. Aucune preuve directe ne permet
de conclure dans un sens ou dans l'autre et les éléments de
preuve indirecte peuvent être interprétés dans un
( suivre)
- 7 - CS/725 28 aot 1996
sens comme dans l'autre. En effet, si d'une part, on peut en conclure que
les responsables locaux avaient agi sur des ordres précédemment émis
par leurs supérieurs, il n'est pas inconcevable d'autre part que les
responsables en cause, ayant appris au terme d'une journée de tension
indescriptible que le Président Ndadaye avait été tué et
croyant leur gouvernement irrémédiablement condamné,
aient entrepris de leur propre chef de massacrer les otages tutsis en différentes
parties du pays. Entre l'exécution des otages et le massacre systématique
des femmes et des enfants, il n'y avait qu'un petit pas à franchir.
Autant que la Commission ait pu en juger, les actes de prise d'otage constituent
un phénomène sans précédent au Burundi, voire
au Rwanda.
Les massacres de Tutsis, loin de constituer uniquement une manifestation
d'hostilité de la part d'un groupe politique ou ethnique contre un
autre groupe étaient une tentative d'extermination totale de l'ethnie
tutsie. Les Tutsis n'ont pas été massacrés dans un accès
de violence, mais systématiquement traqués. Que l'on ait dans
certains cas laissé la vie sauve à des femmes tutsies peut
s'expliquer par le fait qu'au Burundi la femme ne perpétue pas l'ethnie
car l'enfant appartient à l'ethnie de son père. Parfois, des
Hutus ont été pris en otages en même temps que les Tutsis,
mais il s'agissait uniquement de Hutus dont l'affiliation à l'UPRONA était
notoire, alors que dans le cas des Tutsis l'affiliation politique était
indifférente. La plupart des Hutus de l'UPRONA ont certes subi de
graves sévices, mais ils n'ont pas été tués.
Les dirigeants qui avaient donné le coup d'envoi des massacres ici
ou là n'ont cessé, dans leur fuite, de les susciter dans les
endroits qui en étaient encore épargnés.
Rapport du Secrétaire général sur la situation au Burundi
(S/1996/660)
Dans son rapport présenté sur la situation au Burundi en application
de la résolution 1949 (1996) du 5 mars dernier, le Secrétaire
général a rappelé que le Conseil lui a demandé,
ainsi qu'aux Etats Membres concernés continuer à faciliter
activement l'établissement des plans d'urgence qui permettraient une
réponse humanitaire rapide en cas d'explosion de violence ou de détérioration
grave de la situation humanitaire au Burundi. Le Secrétaire général
indique que depuis lors, son représentant permanent a régulièrement
fait rapport au Conseil de sécurité oralement. Le 22 juillet
1996, il a lui-même adressé une lettre au Président du
Conseil, conformément au paragraphe 15 de la résolution 1049
(1996), l'informant que la situation s'était à nouveau dégradée
dans ce pays. Le lendemain, la Commission d'enquête internationale
au Burundi, créée par le Conseil de sécurité dans
sa résolution 1012 (1995) du 28 août 1995, lui a présenté son
rapport final qu'il a transmis au Président du Conseil le 25 juillet
1996.
Précisant que son rapport a été établi sur la
base des informations dont le Secrétariat disposait au 8 août
1996, le Secrétaire général a fait observer que le conflit
au Burundi est exacerbé par la notion, profondément ancrée
dans l'une et l'autre communauté, que sa survie est compromise si
elle n'a pas les rênes du pouvoir. En conséquence, la minorité tutsie
historiquement dominante refuse de renoncer à une domination effective
alors que la majorité hutue est résolue à reprendre
le pouvoir qu'elle avait conquis à la faveur d'une élection
démocratique en 1993. A l'évidence, ce conflit ne se prête
pas à une
( suivre)
- 8 - CS/725 28 aot 1996
solution militaire. Il faut trouver des mécanismes politiques menant à un
partage du pouvoir entre la majorité et la minorité qui apaiserait
les craintes des deux parties et édifierait progressivement la confiance
qui leur permettra de vivre en harmonie. La convention de gouvernement de
1994 était un de ces mécanismes, mais, malheureusement, elle
a échoué. Manifestement aussi, dans la situation actuelle,
les deux parties ne pourront pas entre elles définir et mettre en
place des mécanismes politiques efficaces. Elles ont besoin de concours
extérieurs.
Fort heureusement, des éléments extérieurs sont disposés à les
aider. Ces derniers mois, ils ont tous appuyé les nobles efforts déployés
sans relâche par le Président Nyerere et ils espèrent
que celui-ci va redoubler d'efforts pour amener tous les partis politiques
et factions du Burundi à engager un dialogue qui permettra de négocier
un nouveau mécanisme politique prenant à la suite de la convention
de gouvernement. Vu l'acuité de la crise actuelle, il est souhaitable
que toutes les tendances soient représentées à ces pourparlers,
aussi difficile que cela soit pour les uns de s'asseoir à la même
table que les autres après les horreurs que le Burundi a vécues
ces quelques années.
Le Secrétaire général fait remarquer que le coup d'Etat
du 25 juillet n'a pas arrangé les choses. Comme il l'avait déclaré la
veille, le renversement par la force du gouvernement légal ne résoudra
pas les problèmes du Burundi. Il ne fera qu'accentuer les craintes
d'une partie et renforcer les extrémismes des deux bords. Il renforcera
la violence et ajoutera aux souffrances du peuple burundais. La nécessité du
dialogue politique n'en est que plus impérieuse.
La réaction prompte et énergique des pays de la région
montre à quel point ils s'inquiètent des répercussions
de ce coup d'Etat sur la paix et la sécurité dans la région
déjà troublée des Grands Lacs. Elle ne manquera certainement
pas de bien signifier à ceux qui ont pris le pouvoir que leur action
n'allégera pas l'épreuve que vit leur pays. Cela étant,
il faut veiller à ce que les sanctions ne deviennent ni un instrument
punitif ni une source de difficultés et de souffrances supplémentaires
pour le peuple burundais. Les sanctions ne sont jamais qu'un moyen au service
d'une fin. Et la fin est en l'occurrence l'ouverture de négociations
sérieuses en vue d'un règlement politique.
Dans l'intervalle, le Secrétaire général demeure convaincu
que la communauté internationale ne doit pas écarter toute éventualité que
le pire se produise et que le Burundi soit le théâtre d'un génocide.
En pareil cas, quoi qu'en pensent les gouvernements aujourd'hui, l'intervention
militaire pour sauver des vies humaines pourrait s'imposer comme une obligation
inévitable. Elle serait alors plus rapide et plus efficace si elle était
planifiée à l'avance par des pays qui ont les capacités
militaires et logistiques pour ce faire. Le Secrétaire général
en appelle de nouveau à ces pays afin qu'ils élaborent les
plans d'urgence nécessaires. L'organisation des Nations Unies est
prête à apporter son concours, dans la limite de ses moyens,
mais il ne
( suivre)
- 9 - CS/725 28 aot 1996
faut pas se leurrer : une telle opération ne saurait être planifiée,
déployée et commandée par l'ONU comme il s'agissait
d'une opération de maintien de la paix.
Déclaration
M. NSANZE TERENCE (Burundi) a souligné qu'au lendemain de l'avènement
d'un nouveau régime, un sommet tenu à Arusha par les pays de
la région des Grands Lacs a décrété des sanctions économiques
globales contre le Burundi. A l'intérieur du Conseil, il a tenu à mettre
en relief les facteurs principaux militant contre cet étranglement
généralisé au détriment d'un peuple innocent.
Appelant l'attention sur les impératifs nationaux qui militaient en
faveur d'un changement de gouvernement, il a notamment fait valoir qu'en
dépit d'une croisade mondialisée, le Burundi cheminait inexorablement
vers l'apocalypse redoutée, le régime déchu s'étant
notoirement avéré impuissant à assurer le salut d'une
nation en péril. En témoignent les massacres quotidiens qui
se commettaient sous les yeux d'un pouvoir littéralement tétanisé.
Une question aussi légitime qu'inéluctable surgit : à l'intention
de ceux qui s'apitoient sur une démocratie contrariée, est-il
raisonnable et responsable de soutenir qu'un système politique, où la
population est quotidiennement décimée est encore une démocratie
? Au demeurant, le gouvernement antérieur au 25 juillet 1996 n'était
pas issu des élections. Il n'était que l'émanation des
douze partis politiques ayant conclu une Convention de gouvernement appelée à régir
l'Etat burundais pendant une période transitoire, consécutivement à l'impossibilité pour
le parti victorieux de gouverner seul du fait du génocide imputé à ses
membres en 1993-1994.
S'agissant de la précipitatioan des mesures coercitives, le représentant
a considéré qu'au stade actuel, les mobiles ayant poussé les
pays voisins restent inconnus et, dans le meilleur des cas, sont diversement
interprétés. Le déchaînement contre le Burundi
est dicté par des motifs inavoués. Comme pour les autres pays
dans la région et dans le monde, la dose minimum de réalisme
et de sagacité politiques commandaient qu'on laisse le nouveau régime
réussir ou échouer dans son évolution vers une démocratie élective.
Pour cause, dans le programme gouvernemental, le Président Pierre
Boyoya a déjà solennellement et expressément engagé le
nouveau régime à mettre un terme à toutes formes de
violence et de criminalité, oeuvrer pour une paix et une sécurité durables, éradiquer
l'impunité, déclencher un nouveau processus démocratique,
confirmer la mission confiée à M. Mwalimu Julius Nierere, entamer
des pourparlers même avec les factions armées décidées à déposer
les armes et à divorcer avec les idéologies d'extermination
et de génocide. Dans le droit fil de cette nouvelle dynamique politico-démocratique,
des consultations sont déjà entreprises en vue de l'instauration
d'une assemblée nationale transitoire. Cette nouvelle assemblée
sera convoquée en session ordinaire dès le mois d'octobre.
Dans le même ordre d'idées, le débat national que le
Burundi et le Conseil de sécurité appellent de tous leurs voeux
est programmé pour le mois de novembre. Quant aux partis politiques,
ils seront régis par une nouvelle loi qui sera votée par l'assemblée
nationale.
( suivre)
- 10 - CS/725 28 aot 1996
Sans doute sous l'influence de l'effet entraîneur du blocus économique,
certains acteurs s'évertuent à asséner à la nation
burundaise un autre coup mortel, destiné à priver le Burundi
de l'indispensable bouclier normalement assuré par l'armée
nationale, à savoir en décrétant l'embargo sur les armes.
En revanche le Burundi propose au Conseil de sécurité de se
rabattre sur une alternative plus réaliste, plus constructive et plus
rentable. Dans cette optique, une dynamique diplomatique se traduisant par
une mission ad hoc dans les Etats de la région des Grands Lacs, dont
le Burundi, permettrait au Conseil de sécurité de mieux maîtriser
les tenants et les aboutissants de la problématique globale. Ayant
côtoyé les données du problème à la source
même, il lui serait infiniment plus aisé d'y apporter des solutions
commandées par les réalités existantes.
Comme en fournit l'évidence la démonstration ci-après,
la Charte des Nations Unies est gravement violée par les sanctions économiques
ordonnées contre le Burundi. En effet à juger d'après
leur nature et leur gravité, elles sont identiques à celles
prescrites par le Chapitre VII de la Charte. Or, de telles sanctions ne sont
imposées à un Etat Membre de l'Organisation que lorsqu'il s'est
rendu coupable d'une menace grave contre la paix, d'une rupture de la paix
ou d'un acte d'agression. La rupture des relations économiques et
l'interruption des diverses communications en vertu de l'article 41 de la
Charte ne sont nullement justifiées dans le cas de notre
pays, puisqu'il n'a agressé aucun autre Etat et n'a menacé la
paix nulle part dans la région l'ayant accablé de sanctions.
Depuis l'accession à la tête de l'Etat par un gouvernement plus
apte à opérer le sauvetage de la nation, les mêmes acteurs
dans la même région se coalisent pour décréter
la mort collective du peuple burundais. Hier la prévention du génocide était
l'objectif prioritaire aux dires de ces Etats et d'autres acteurs principaux.
La question se pose sur la différence entre le génocide par
les armes à feu ou les armes blanches et le génocide éventuel
que provoqueront ces sanctions économiques combien draconiennes.
L'avènement du nouveau régime au pouvoir par un canal spécial
et pour des impératifs nationaux a été commandé par
un patriotisme historique, celui d'accourir à la rescousse d'un peuple
sur le point de sombrer dans les ténèbres. La voie empruntée
par le Burundi en souscrivant au changement de régime à la
tête de l'Etat n'est pas l'unique exception à la démocratie.
Néanmoins sous l'impulsion du respect total des options démocratiques
en vigueur dans d'autres pays et de la sacro-sainte souveraineté des
Etats, le Burundi s'abstient scrupuleusement à émettre à leur
encontre la moindre critique. En vertu de ce code de conduite s'inspirant
précisément et de la démocratie et des principes du
droit international illustrés dans la Charte de l'ONU et dans celles
de l'OUA, le Burundi se garde de se mêler des affaires intérieures
des autres gouvernements et s'interdit rigoureusement de s'arroger le droit
de les menacer de ou encore moins de leur imposer des sanctions quelconques
sous prétexte ou au nom d'un don-quichottisme à sens unique
et insollicité. A ce stade la question surgit, celle de savoir si
le Burundi est, aujourd'hui et sera, à l'avenir habilité à réciproquer
par des mesures
( suivre)
- 11 - CS/725 28 aot 1996
coercitives à l'encontre de l'un quelconque de ces Etats, si, certains
principes ou pratiques démocratiques y sont sacrifiés.
Débat
M. CONOR MURPHY (Irlande), au nom de l'Union européenne et des Etats
associés, a indiqué que l'Union européenne appuie les
efforts des dirigeants régionaux, de l'OUA et du Président
Nyerere, en vue d'aider le Burundi à surmonter la grave crise qu'il
traverse. Nous encourageons ces acteurs à poursuivre leurs efforts
pour faciliter la recherche d'une solution politique. L'Union européenne
a récemment nommé un Envoyé spécial pour la région
des Grands Lacs, M. Aldo Ajello, qui devra apporter son assistance à la
recherche d'une solution politique. Toutes les mesures doivent être
prises pour garantir que d'autres vies ne seront pas perdues; le rapport
du Secrétaire général sur la situation au Burundi documente
clairement l'énormité et la gravité de la situation
politique et humanitaire actuelle.
Dans ce contexte, l'Union juge essentiel d'organiser, sans délai,
un dialogue, en vue de rassembler toutes les forces politiques burundaises
sans exception, y compris les représentants des organisations civiles.
Ce dialogue devra permettre des négociations sur un consensus démocratique,
institutionnel, capable de garantir la sécurité pour tous.
Seule la participation libre et entière de toutes les couches de la
société dans les institutions et organes principaux de l'Etat
pourra restaurer la réconciliation nationale et la paix, de manière
durable. Des mécanismes politiques doivent être conçus,
en vue du partage du pouvoir, et de façon à exclure la peur
et à rétablir progressivement la confiance d'un peuple qui
doit pouvoir vivre en harmonie.
L'Union européenne appuie ce principe. Elle demande instamment à toutes
les parties burundaises de déclarer immédiatement un cessez-le-feu,
nécessaire au processus de réconciliation. La sécurité des
Burundais doit être complètement respectée. La violence
ne fournira pas de réponse à la crise burundaise. L'Union ne
sous-estime pas la complexité de la tâche à venir. Une
nouvelle relation fondée sur la confiance doit naître au Burundi.
A cette fin, la culture régnante de l'impunité doit prendre
fin. La volonté de nouer le dialogue est presque le test le plus essentiel
de la responsabilité politique. La volonté de mettre de côté toute
position inflexible est le test du courage politique. L'Union européenne
et ses Etats Membres ont apporté une contribution importante aux niveaux
multilatéral et bilatéral, en vue d'alléger les souffrances
du peuple burundais. Elle réaffirme sa volonté d'appuyer les
efforts de relèvement, une fois que le processus de réconciliation
nationale aura été résolument entamé par tous
ceux concernés. L'Union européenne souhaite réitéré l'importance
qu'elle attache à une solution prompte et satisfaisante du sort de
ceux qui ont cherché protection auprès des missions européennes
et des autres missions étrangères au Burundi.
M. DIRK WOUTERS (Belgique) a fait remarquer que le coup d'Etat récent
a été rejeté par la communauté internationale.
Consciente des éventuelles répercussions régionales
de la crise burundaise, la Belgique, comme ses partenaires européens,
salue l'action diplomatique engagée par le Chefs d'Etat
( suivre)
- 12 - CS/725 28 aot 1996
de la région pour aider le Burundi à surmonter de façon
pacifique la grave crise qu'il traverse et les encourage à poursuivre
leurs efforts pour faciliter la recherche d'une solution politique négociée.
Elle en appelle à toutes les parties burundaises pour qu'elles collaborent
pleinement et de façon constructive à ces efforts.
La Belgique appelle à l'arrêt immédiat de toutes violences
au Burundi, perpétrées par quelqu'auteur que ce soit. Elle
lance un appel pour un cessez- le-feu immédiat et sans conditions
entre les belligérants au Burundi. Le cessez-le-feu constitue la première étape
du processus de réconciliation nationale et de la reconstruction du
pays. Ce n'est que par le respect de la sécurité de tous les
Burundais que la paix peut être restaurée dans ce pays. Le processus
de paix passe ensuite par le dialogue et l'ouverture des pourparlers rassemblant
toutes les forces politiques sans exclusion. Afin que ce dialogue puisse
porter ses fruits et que la paix civile au Burundi soit durablement restaurée,
la Belgique estime que l'Assemblée nationale et les partis doivent
pouvoir jouer un rôle dans le processus de réconciliation.
Pour ce faire, les dirigeants politiques devront prendre rapidement leurs
responsabilités et faire montre d'un sens de l'Etat et d'une conviction
démocratique. La Belgique reste prête à contribuer substantiellement à tout
effort de reconstruction économique une fois que la paix au Burundi
a été retrouvée.
M. GOEFFREY M. NKURLU (Tanzanie) a fait observer que son pays, qui partage
une frontière avec le Burundi, a été le témoin,
, au fil des ans, du problème endémique de la violence ethnique,
de sa cruauté et de la dévastation qu'elle entraîne.
Comme la plupart des conflits de cette nature, le conflit burundais transcende
les frontières. La Tanzanie a été affectée par
ce conflit, tant au niveau social ou économique. Le Gouvernement et
le peuple de la Tanzanie se sont réjouis des événements
positifs de juillet 1993, au cours desquels le Burundi, revenu à une
démocratie multipartite, a élu Melchior Ndadaye. Avec l'assassinat
de Ndadaye et les massacres qui ont suivi, la maturité politique dont
avait fait preuve Pierre Buyoya pendant et durant les élections générales
au Burundi, en cédant le pouvoir au vainqueur, a volé en éclats.
Le Burundi a été ramené au règne de la fragmentation
et de la méfiance entre parties en conflit. Dans le contexte des efforts
menés par le Président Nyerere pour engager les parties politiques
au dialogue, de l'OUA et de la communauté internationale, le coup
d'Etat du 25 juillet ne peut que rencontrer la condamnation dans les termes
les plus vigoureux. Toute tentative visant à appuyer ce coup d'Etat
enverrait un mauvais message au régime burundais actuel. Quelques
que soient les circonstances, le coup d'Etat est illégal. Il est une
méthode dépassée et obsolète d'assumer le pouvoir
politique.
Comme convenu au IIème Sommet régional d'Arusha, le régime
de Bujumbura doit immédiatement prendre des mesures spécifiques
visant le retour à l'ordre constitutionnel établi. Le régime
doit immédiatement et sans conditions entreprendre des négociations
avec toutes les parties au conflit, y compris avec les parties et factions
armées, dans le pays et à l'extérieur. Le cadre de ces
négociations doit être le processus initié à Mwanza
et consolidé par
( suivre)
- 13 - CS/725 28 aot 1996
l'Initiative de paix d'Arusha, sous les auspices de M. Mwalimu Nyerere. A
tort, le régime du Burundi souhaite donner l'impression que les décisions
d'Arusha, et l'imposition de sanctions, sont une ingérence dans ses
affaires intérieures et une atteinte à sa souveraineté.
Elles sont le seul moyen viable d'aider le peuple burundais à régler
leurs différences.
M. DAVID KARSGAARD (Canada) a déploré le coup de force militaire
qui a mis un terme aux institutions constitutionnelles et légales
du Burundi. Un coup de force ne peut pas remplacer le dialogue entre toutes
les factions et parties impliquées pour rétablir la paix sociale
et politique dans un pays. Seul un nouvel accord politique, respectueux des
principes démocratiques et des droits des minorités, contribuera à les
résoudre. Le Canada souscrit entièrement aux efforts constants
des pays voisins du Burundi pour promouvoir des négociations efficaces
entre toutes les parties burundaises concernées.
Depuis de nombreux mois, le Canada déploie des efforts pour encourager
une solution pacifique et durable aux divers différents qui frappent
la région des Grands Lacs de l'Afrique centrale. Il soutient les nobles
efforts des facilitation et médiation entrepris par l'ancien président
tanzanien, M. Mwalimu Julius Nyerere. Toutefois, le coup de force du 25 juillet
dernier a singulièrement entravé ces efforts qui ne visaient
qu'à porter appui aux institutions que le peuple burundais lui-même
s'était librement donné dans la plus grande transparence.
Le Canada appuie pleinement la prise de position ferme et courageuse des
chefs d'Etat, en session à Arusha le 31 juillet dernier. Toute la
région souhaite ardemment que les nouvelles autorités en place
au Burundi prennent rapidement le chemin de la table de négociation
et du respect des principes démocratiques qui sont les leurs et les
nôtres.
M. MASAKI KONISHI (Japon) a fait valoir qu'il ne faut pas permettre l'usage
de la force et de la violence par quelque partie que ce soit. En vue d'atténuer
les souffrances des réfugiés du Burundi et du Rwanda qui ont
cherché refuge au Zaïre, notamment, le Japon a fourni une assistance
humanitaire de 54 millions, durant son dernier exercice fiscal. Cette aide
a été acheminée par le canal des institutions de l'ONU
et les ONG. Le Japon a fourni de plus 10 millions de dollars, cette année,
au HCR, afin de protéger et d'aider les réfugiés. Le
Japon invite instamment les parties concernées à renouer les
négociations à travers le processus de paix de Mwanza. Tout
en invitant les parties à négocier, nous devons leur donner
des raisons et les encourager à le faire. La communauté internationale
doit dire clairement aux parties qu'un règlement politique global
ouvrira la voie à la reconstruction et le développement de
leur pays. Le Japon appuie par conséquent l'idée d'une conférence
internationale, qui le moment venu, ferait suite à une solution politique.
Le mois prochain, le Japon accueillera un symposium à Tokyo, sur les
problèmes que rencontrent les pays africains au lendemain des règlements
politiques de longs conflits, la recherche d'une paix véritablement
durable et la promotion d'une reconstruction et du développement en
dépit des difficultés de ces pays. Bien qu'il ne soit pas en
mesure de fournir du personnel ou un
( suivre)
- 14 - CS/725 28 aot 1996
appui logistique à une éventuelle force multinationale, le
Japon envisagera la possibilité et les modalités d'une contribution
financière.
M. RICHARD ROWE (Australie) a demandé instamment à tous les
secteurs de la population burundaise d'entamer un dialogue constructif, en
vue d'une solution pacifique et durable au conflit et du rétablissement,
sans délai, des institutions et processus démocratiques. L'Australie
lance un appel à toutes les parties pour qu'elles fassent preuve de
retenue et permettent l'avènement d'un environnement, où les
parties seraient libérées de la peur d'être écartées
et partageraient une confiance générale. L'Australie invite
les parties à reconnaître que la violence continue ne ramènera
pas la paix au Burundi. L'Australie appuie les efforts des pays des la région.
Le Ministre des affaires étrangères de l'Australie, M. Alexander
Downer, a participé au Sommet de l'OUA à Yaoundé, en
juillet dernier. Il a été impressionné par la détermination
des dirigeants africains à oeuvrer en faveur d'une solution au Burundi.
Tout en appuyant l'initiative régionale, le Gouvernement australien
souligne l'importance de réponses mesurées qui permettraient à la
fois une solution politique et la satisfaction des besoins essentiels de
la population. L'accès libre et sans entrave de l'aide humanitaire
est impératif, pour stabiliser la situation au Burundi. Si une intervention
extérieure devient la seule solution pour empêcher le Burundi
de sombrer dans l'anarchie et le génocide, les Etats Membres de l'ONU
ont l'obligation de veiller à ce que les objectifs d'une telle action
soient clairement définis, et que les moyens nécessaires à leur
réalisation soient suffisants et disponibles. Le Secrétaire
général doit continuer, en coopération avec l'OUA, d'envisager
les mesures qui empêcheraient un autre désastre humanitaire.
M. K.J. JELE (Afrique du Sud) a jugé que la communauté internationale
ne saurait tolérer la poursuite des actes de violence dans l'impunité la
plus totale. Leurs auteurs doivent se rendre à l'évidence qu'ils
en seront tenus personnellement pour responsables. Les vues de l'Afrique
du Sud coïncident avec le rapport sur le Burundi : la crise au Burundi
requiert un dialogue et une solution politiques. L'intervention militaire
doit demeurer l'ultime recours. L'Afrique du Sud appuie les mesures prises à Arusha,
notamment l'imposition de sanctions. La communauté internationale
devrait pour sa part agir à l'unisson avec les efforts régionaux
et appuyer la mise en place d'un dialogue politique susceptible de contribuer
au règlement de la crise. La communauté internationale doit
agir maintenant afin de mettre un terme au cycle de la violence au Burundi.
M. PAUL MUKASA-SSALI (OUGANDA) a indiqué que son pays condamne sans
appel les putschistes au Burundi et exige un retour rapide à l'ordre
constitutionnel. Les sanctions imposées ne visent pas à punir
mais à encourager les dirigeants de Bujumbura à prendre rapidement
les mesures nécessaires à la restauration de l'ordre constitutionnel
dans le pays. Elles visent en outre à encourager l'ensemble des parties
au conflit à inaugurer sans conditions, des négociations dans
le cadre du processus de paix de Mwanza, renforcé par l'initiative
de paix d'Arusha sous les auspices du Président Nyerere. Dans ce contexte,
les dirigeants burundais doivent
( suivre)
- 15 - CS/725 28 aot 1996
restaurer les prérogatives du Parlement et lever l'interdiction des
partis politiques.
M. DURI MOHAMMED (Ethiopie) a fait observer que la situation au Burundi est
un sujet d'extrême préoccupation pour la communauté internationale
et l'Afrique en particulier. Les efforts diplomatiques de l'OUA et sa présence
sur le terrain démontrent l'engagement du continent aux côtés
du Burundi. Les Chefs d'Etats de la région des Grands Lacs a appuyé l'initiative
du Président Nyerere. Le coup d'état du 25 juillet constitue
une menace à la paix et à la sécurité de l'ensemble
de la région. Le deuxième sommet d'Arusha a estimé que
le problème le plus grave demeure celui de l'illégalité.
Il a par conséquent décidé d'imposer des sanctions contre
le Burundi. Les dirigeants de ce pays ont la responsabilité d'oeuvrer
en faveur d'une solution aux problèmes. Le retour du Burundi à l'ordre
constitutionnel demeure le défi prioritaire. L'Ethiopie appelle les
parties au conflit à mettre un terme aux hostilités. Les efforts
de la communauté internationale devraient être coordonnés.
M. MOTHUSI NKGOWE (Botswana) a regretté que certaines personnalités élues
du peuple burundais y compris le Président Ntibantunganya aient dû chercher
refuge dans des ambassades occidentales, en raison de l'action non démocratique
de l'armée burundaise. Il a aussi regretté que le coup d'Etat
n'ait pas rencontré la condamnation énergique de tous les membres
de l'ONU, ainsi que nous l'aurions préféré. Un coup
d'Etat est une accession illégale au pouvoir et l'illégalité politique
ne saurait être tolérée, en aucune circonstance et quels
que soient les lettres de créance du leader du nouveau régime
militaire. Le message de l'Afrique à la suite du coup d'Etat burundais
a été ferme et clair. Le régime militaire ne bénéficiera
d'aucun délai pour consolider son pouvoir et s'investir d'un mandat
qui viole les aspirations de la majorité du peuple burundais. Les
pays voisins ont parlé d'une seule voix et agi de façon unie.
Ce n'est pas le première fois que les pays africains ont réagi
de la sorte. Les responsables du coup d'Etat n'ont pas été punis
parce qu'ils sont burundais. Au Lesotho déjà, en 1994, un groupe
de pays africains avaient jugé les limites atteintes et fait savoir
aux auteurs du coup d'Etat que leur action était inacceptable. L'époque
des coups d'Etat en Afrique et de régimes armés doit être
reléguée aux oubliettes de l'histoire. Les dirigeants militaires
ne doivent pas être encouragés à user de telles méthodes
illégales pour parvenir au pouvoir, parce qu'ils sont considérés
comme bienfaisants ou modérés.
Le Botwsana est parfaitement conscient et sensible aux besoins humanitaires
du peuple burundais. Il appuie les efforts du Secrétaire général,
en consultation avec les Etats voisins et le Secrétaire général
de l'OUA, en vue d'ouvrir des couloirs humanitaires. L'accent de ce débat
ne saurait être mis toutefois sur les effets du boycott décrété par
les pays voisins du Burundi. Le Conseil de sécurité et toute
la communauté internationale doit concentrer leurs efforts sur les
objectifs de ce boycott. Le Conseil doit adopter une déclaration claire
de principes, pour appuyer les efforts des Etats voisins, pour demander à toutes
les parties politiques au Burundi de renouer le dialogue sous les auspices
du processus de paix de
( suivre)
- 16 - CS/725 28 aot 1996
Mwanza, pour imposer un embargo sur les armes à toutes les factions
burundaises y compris celles á l'extérieur, déclarer
sa volonté d'imposer d'autres mesures spécifiquement ciblées à l'encontre
des dirigeants qui feraient entrave au processus de paix.
M. JUAN SOMAVIA (Chili) s'est dit préoccupé par le fait que
le Conseil de sécurité ne se décide pas encore à déclarer
que la situation au Burundi ressemble fort à celle d'un génocide.
Il est d'avis qu'un embargo sur les armes à destination du Burundi
est devenu une nécessité car toute arme qui arrive dans ce
pays est utilisée pour tuer un civil désarmé. Il s'agirait
là d'un message à l'intention de l'ensemble des factions armées
et signifierait que le recours à la force et à la violence
doit cesser. La solution du problème au Burundi appelle plus qu'une
simple perspective humanitaire. Elle est tributaire de la manifestation d'une
volonté politique authentique. Eu égard à la situation,
le Chili estime que l'inaction s'avère être la pire des voies à suivre.
Dans ce contexte, il est ici le lieu de saluer la grande leçon de
décision politique démontrée par les dirigeants de la
région des Grands Lacs, qui ont su faire preuve d'une capacité d'action
immédiate et d'un engagement en faveur de la démocratie, contrastant
avec les hésitations des apôtres traditionnels du système
démocratique.
Le Chili condamne le coup d'état et tous ceux qui incitent à la
violence et au génocide d'où qu'ils proviennent. Il appuie
les efforts des dirigeants régionaux et de l'OUA, en particulier ceux
déployés par l'ancien Président Nyerere. Le Chili appelle
de ses voeux l'inauguration de négociations politiques engageant l'ensemble
des parties. Il est temps que ces dernières démontrent leur
bonne foi, notamment par la cessation des hostilités, la protection
du personnel humanitaire international et des fonctionnaires du gouvernement
constitutionnel antérieur. Le Chili plaide en faveur de la mise en
place de corridors humanitaires assurant le libre accès de l'assistance
humanitaire à l'ensemble de la population burundaise.
Pour sa part, le Conseil de sécurité devrait inviter au lancement
de négociations dans un délai de 60 jours, en vue d'un accord
politique global. Si les parties agréent, l'on pourrait établir
une opération de maintien de la paix de type classique, susceptible
de renforcer le cessez-le-feu et de préserver la stabilité au
cours du processus de négociation. Le Chili est d'avis que le moment
est le plus opportun pour agir.
M. HERVE LADSOUS (France) a jugé que les demandes que le Conseil a
exprimées il y a un mois appellent une réponse de la part de
toutes les parties et de tous les dirigeants burundais. La France s'associera
aux efforts du Conseil pour obtenir que cette réponse soit positive
et intervienne rapidement. La France, dans l'esprit de la déclaration
de l'Union européenne du 19 août, soutient en outre les efforts
que les dirigeants régionaux, l'Organisation de l'Unité africaine
et l'ancien Président Nyerere ont entrepris pour aider le Burundi à surmonter
la grave crise qu'il traverse. Comme ses partenaires européens, la
France est préoccupée par les répercussions humanitaires
des mesures prises par les Etats de la région, en particulier par
l'impact de ces mesures sur les groupes défavorisés. Il est
important que les organisations internationales et non gouvernementales
( suivre)
- 17 - CS/725 28 aot 1996
puissent continuer leur travail en direction de ces groupes. Elle estime
que cette question doit être examinée de manière urgente
et avec la plus grande attention.
La délégation française continue en outre d'appeler
de ses voeux, dès que les conditions en seront réunies, la
tenue d'une conférence sur la situation dans la région des
Grands Lacs sous l'égide des Nations Unies et avec le concours de
l'OUA.
M. NUGROHO WISNUMURTI (Indonésie) a jugé qu'une solution pacifique
ne pourra être trouvée au Burundi qu'au moyen de négociations
et d'un dialogue entre les parties. Compte tenu du risque de contagion de
ce conflit aux pays voisins, de la menace posée á la paix et
la sécurité dans la région, l'Indonésie estime
que tout report ou ambiguïté de la part du Conseil auraient non
seulement des conséquences graves pour le Burundi, mais aussi encouragerait
une plus grande instabilité dans la région des Grands Lacs.
L'Indonésie appuie les initiatives régionales et internationales
de paix, en particulier les efforts du Président Nyerere. Au Burundi,
le recours à des moyens militaires a seulement contribué à plus
de violence, qui a engendré à son tour une spirale sans fin
de violence. Le coup du 25 juillet a compliqué une situation déjà dangereuse,
en renforçant les craintes d'une partie et en durcissant la position
des extrémistes des deux bords. La seule solution viable ne peut que
résider dans la création d'un mécanisme de partage du
pouvoir entre la majorité et la minorité.
A cette fin, la communauté internationale doit adresser un message
fort aux dirigeants actuellement au pouvoir à Bujumbura. La récente
visite de quatre parlementaires burundais au Conseil de sécurité atteste
du désir de nombreux burundais de rompre avec les traditions du passé,
d'entamer un dialogue propice à la réconciliation nationale.
L'Indonésie se félicite de la réponse prompte et unanime
apportée par les pays de la région contre ceux qui détiennent
aujourd'hui le pouvoir au Burundi. La communauté internationale a
un rôle clé à jouer, pour atténuer le risque d'une
catastrophe humanitaire au Burundi. L'Indonésie appuie l'établissement
de couloirs humanitaires dans le pays. Le Conseil doit également encourager
la transparence et informer la communauté internationale des événements
passés et présents au Burundi.
M. FRANCESCO PAOLO FULCI (Italie) a déclaré qu'un cessez-le-feu
immédiat est absolument nécessaire afin de dissiper la menace
d'autres massacres et destructions. Un climat de confiance mutuelle doit
voir le jour. L'inauguration d'un dialogue politique est à même
de jeter les bases pour la reconstruction des institutions démocratiques
du pays et le retour sur la voie du développement économique.
L'Italie privilégie une approche régionale et globale. La présence
de plus d'un million et demi de réfugiés dans la région
représente un grave facteur de déstabilisation. Leur retour à leur
foyers dans des conditions sûres et dignes est essentiel au rétablissement
de la paix. L'engagement de la communauté internationale est elle-même
nécessaire à la relance du processus démocratique au
Burundi. Le Conseil de sécurité doit clairement se prononcer
sur les objectifs qu'il entend poursuivre s'il désire relancer un
processus crédible de réconciliation nationale.
( suivre)
- 18 - CS/725 28 aot 1996
M. PARK SOO GIL (République de Corée) a estimé que la
situation actuelle au Burundi milite en faveur de mesures urgentes que la
communauté internationale doit adopter, afin de prévenir une
détérioration plus grande de la situation et d'aider le pays à renouer
avec la paix et une solution politique. Nous appuyons sans réserve
les décisions du IIème Sommet d'Arusha. Nous appuyons les mesures
décidés au Sommet afin de faire pression sur les parties burundaises
pour qu'elles rouvrent de sérieuses négociations en vue d'une
solution politique. Cette initiative régionale est la manifestation
d'une division du travail entre l'ONU et les organisations régionales.
Arusha II marque également un tournant historique dans la détermination
de la région à condamner le renversement inconstitutionnel
de gouvernements. Cette initiative aura, à n'en pas douter, des effets
salutaires sur l'avenir de tout le continent. Le Conseil, à son tour,
doit assumer sa responsabilité première, pour maintenir la
paix internationale et la stabilité dans la région des Grands
Lacs. Le Conseil doit se préparer à toute éventualité.
Nous appuyons dans cet esprit le plan opérationnel d'urgence établi
par le Secrétaire général, qui vise à fournir
un niveau maximum d'assistance humanitaire en cas d'aggravation soudaine
du conflit.
M. ZBIGNIEW MATUSZEWSKI (Pologne) a déclaré que la situation
au Burundi met en péril non seulement l'existence même de ce
pays mais également la paix et la sécurité de l'ensemble
de la région. L'heure est venue pour les dirigeants du Burundi de
retrouver la voie de la paix, de la démocratie et de la sécurité.
La Pologne les incite à renouer immédiatement avec un dialogue
politique fructueux. L'ensemble des forces politiques au Burundi ainsi que
les tous les secteurs de la société doivent avoir le droit
de siéger à la table des négociations. La Pologne appelle
les dirigeants burundais à déclarer un cessez-le-feu immédiat
et à mettre rapidement un terme à la violence.
M. KARL F. INDERFURTH (Etats-Unis) a estimé que force est de constater
que les militaires de Bujumbura n'ont entrepris aucun pas vers la restauration
de la démocratie. De ce fait, les massacres des deux côtés
se poursuivent. Dans ce contexte, les Etats-Unis appuient les efforts des
pays de la région en vue d'accroître la pression sur les auteurs
du coup d'état. Les Etats-Unis appuient surtout les dispositions d'Arusha
qui appellent le nouveau régime à entamer sans conditions des
négociations avec l'ensemble des parties, à l'intérieur
comme à l'extérieur du pays en vue du retour à l'ordre
constitutionnel et à la légalité, de la restauration
de l'Assemblée Nationale dans ses prérogatives et de la légalisation
de tous les partis politiques. Les Etats-Unis expriment en outre leur appui
aux sanctions économiques imposées au Burundi. Ils émettent
l'espoir que ces mesures sauront convaincre les auteurs du coup d'état
que la seule issue demeure l'arrêt des combats et l'instauration du
dialogue politique. Dans l'éventualité où ces mesures
s'avèrent sans effet, le Conseil de sécurité demeure
prêt à envisager toute action visant à la cessation des
hostilités, y compris un embargo sur les armes, voire des sanctions
sélectives à l'encontre des dirigeants de factions, si la situation
l'exigeait. Aujourd'hui, le Conseil adresse un message clair au nouveau régime
ainsi qu'aux rebelles selon lequel la communauté internationale ne
saurait tolérer un génocide. La communauté internationale
ne doit pas permettre la répétition des horreurs du Rwanda.
Pour ce faire, le Conseil de sécurité oeuvrera en faveur d'un
projet de résolution sans
( suivre)
- 19 - CS/725 28 aot 1996
é
quivoque: les dirigeants des factions au Burundi doivent absolument mettre
un terme aux massacres et entamer rapidement un dialogue politique.
M. ALFREDO LOPES CABRAL (Guinée-Bissau) a déclaré que
le coup d'Etat militaire du 25 juillet dernier au Burundi est un acte violent
qui bafoue l'ordre constitutionnel établi, accélère
la spirale de la violence et confisque arbitrairement le pouvoir politique,
au détriment de la démocratie, de la réconciliation
nationale et de la paix dans ce pays. Il s'agit assurément, d'un acte
illégal qui tend à consacrer la primauté des armes sur
les bulletins de vote. Il faut le réprouver. Il importe de le condamner.
A l'évidence, ce conflit ne se prête pas à une solution
toute faite ou encore moins imposée de l'extérieur. Il faut
trouver des mécanismes politiques susceptibles de promouvoir le partage
du pouvoir entre les deux ethnies hutue et tutsie.
La rupture brutale de la Convention de Gouvernement de 1994, seul cadre juridique
auquel la plupart des protagonistes de la scène politique burundaise
pouvaient s'associer sans se méconnaître, risque encore une
fois, de provoquer la recrudescence de la violence et d'alourdir en l'allongeant
la souffrance du peuple burundais. Le Conseil de sécurité ne
peut pas admettre l'usage de la force dans le règlement de la situation
au Burundi. L'armée burundaise et ceux qui la commandent doivent respecter
la légalité constitutionnelle et les institutions qui en sont
issues.
La Guinée-Bissau estime en effet que la réconciliation nationale
est le seul moyen pour l'instauration et la consolidation d'une paix durable
au Burundi. Elle lance un appel pressant aux frères et soeurs burundais
pour qu'enfin et, au delà de leur affiliation politique, de leur appartenance
ethnique ou de leur famille idéologique, ils se retrouvent ensemble
et s'engagent, honnêtement, courageusement et sans tarder, dans un
dialogue ouvert et constructif en vue d'instaurer un climat de confiance,
de reconnaissance et de respect mutuels conduisant à la paix et à la
sécurité pour tous sur l'ensemble du territoire national.
La reprise du dialogue et des négociations, dans le cadre des pourparlers
de Muanza, sous les auspices de Mwalimu Julius Nyerere doit être encouragée.
Il est de l'avis de la Guinée-Bissau que des sanctions appliquées
par les voisins du Burundi de façon sélective, ciblée
et limitée dans le temps contre les auteurs du coup d'état
et ceux qui les soutiennent peuvent accélérer ce processus,
pourvu qu'elles soient soutenues dans leur principe par le reste de la communauté internationale
et assorties de mesures capables d'en endiguer le coût social. Toute
démarche individuelle ou toute action collective de la part de nos états
doit s'inscrire dans cette logique et concourir au rétablissement
de la légalité et de la paix véritables au Burundi.
Le Guinée-Bissau estime que l'action humanitaire doit être poursuivie,
de même que doivent être étudiées, dès maintenant
toutes les modalités pour la reprise de l'aide au développement,
une fois que la paix, la réconciliation nationale, la démocratie
et le strict respect des droits de l'homme auront gagné droit de cité et
triomphé.
( suivre)
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M. GERARDO MARTINEZ BLANCO (Honduras) a considéré que la violence
ethnique et la souffrance de la population burundaise risquent de durer sans
le rétablissement de l'ordre constitutionnel et l'instauration d'un
dialogue politique. Le Honduras appelle les parties burundaises à entreprendre
les efforts qui s'imposent afin d'installer la confiance mutuelle et créer
les conditions de la paix et de la réconciliation nationale. Il est
convaincu que seul le partage du pouvoir entre la minorité tutsie
et la majorité hutue demeure l'élément clé pour
instaurer la paix et l'harmonie entre tous les Burundais et afin que le pays
retrouve la voie de la coopération internationale. Eu égard
aux difficultés en vigueur, le Honduras souhaite que le Conseil de
sécurité exprime son appui à la réouverture des
négociations dans le cadre du processus de paix de Mwanza et des efforts
entrepris par l'ancien Président Nyerere. Tout aussi important est
l'appui que le Conseil est susceptible d'apporter aux initiatives régionales
en faveur d'une solution pacifique au conflit au Burundi, notamment aux décisions
adoptées lors du deuxième sommet d'Arusha. Le Honduras estime
que la situation qui prévaut actuellement au Burundi constitue une
menace à la paix et à la sécurité de la région
des Grands Lacs. Il existe au Burundi une menace d'escalade de la violence
susceptible d'embraser l'ensemble de la région. Concernant la situation
humanitaire, le Honduras estime que le risque de génocide persistera
tant qu'il ne sera pas mis fin au règne de l'impunité, à la
violence ethnique et aux violations des droits de l'homme.
M. MAGED ABDEL AZIZ (Egypte) a déclaré, qu'au vu des événements
survenus au Burundi, il est regrettable qu'il n'ait pas été tenu
compte des décisions d'Arusha I. Les parties au Burundi ont montré qu'elles
ne peuvent pas s'entendre entre elles. L'Egypte appuie donc les initiatives
des pays voisins , en vue de résoudre les problèmes du pays.
Ces Etats ont raison, car ils sont exposés en premier aux conséquences
de l'évolution de la situation. L'Egypte appuie les initiatives adoptées
par l'OUA, qui avait déployé il y a 3 ans une mission d'observation.
L'Egypte appuie les requêtes formulées par ces pays voisins,
en vue de rétablir l'ordre constitutionnel et de garantir l'accès
des populations à une assistance humanitaire. Le Burundi doit faire
face aux événements du passé et surmonter ses peurs.
Les Etats voisins et la communauté internationale devra faire preuve
de détermination pour encourager un règlement politique et
organiser, le moment venu, une conférence internationale sur le Burundi.
M. STEPHEN GOMERSALL (Royaume-Uni) a considéré, comme l'affirme
le Secrétaire général, que le conflit au Burundi ne
saurait trouver une solution militaire. Nous appuyons les initiatives prises à Arusha
par les dirigeants des Etats voisins, et les efforts de médiation
du Président Nyerere en particulier. Nous nous félicitons de
l'approche régionale de principe adoptée en réponse
au changement inconstitutionnel de gouvernement du 25 juillet dernier. Nous
saluons cette initiative de l'Afrique, tout en soulignant que le Conseil
et la communauté internationale conservent un rôle crucial.
Le Conseil est saisi d'un projet de résolution qui, de l'avis de notre
délégation, devrait être un véhicule important
aux fins d'une réponse coordonnée. Nous appuyons les décisions
prises à Arusha concernant l'imposition de sanctions économiques,
mais partageons l'inquiétude du Secrétaire général
quant aux effets possibles de ces mesures sur les
( suivre)
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fournitures humanitaires et le personnel de secours. Il est essentiel que
les institutions humanitaires soient autorisées à avoir accès,
sans restriction et en toute sécurité, aux personnes dans le
besoin. Nous nous félicitons de la décision des dirigeants
régionaux de créer un Comité de coordination régional, à Nairobi.
Nous accueillons avec confiance leurs assurances au sujet de la distribution
et de l'accès de l'aide humanitaire. La présence d'observateurs
des droits de l'homme continue d'être justifiée.
En dépit des nombreuses promesses du Major Buyoya, les actes d'oppression
se poursuivent. Il n'existe aucun consensus national sur sa proposition touchant
une période de transition prolongée avant le retour à un
gouvernement. Le Major Buyoya doit répondre aux préoccupations
des dirigeants régionaux. Toutes les parties doivent déclarer
un cessez-le-feu immédiat et entamer des négociations sérieuses.
Comme le note le Secrétaire général, nous devons prévoir
un plan d'urgence au cas où les efforts régionaux et internationaux
ne suffiraient pas à éviter une catastrophe humanitaire.
M. QIN HUASUN (Chine) s'est dit convaincu que le règlement de la crise
au Burundi passe par la réconciliation nationale, la coexistence pacifique
et le partage du pouvoir entre les divers groupes ethniques du pays. Pour
ce faire, toutes les parties au Burundi doivent immédiatement cesser
les hostilités et entamer rapidement des négociations. La Chine
partage l'opinion du Secrétaire général, qui considère
que le règlement de la question burundaise ne passe nullement par
une option militaire. Bien au contraire, c'est bien la voie politique qu'il
s'agit de promouvoir. La Chine appelle les dirigeants burundais à renoncer à la
violence et à la haine raciale et à embrasser la voie de la
réconciliation nationale et de la défense des intérêts
nationaux. Elle émet l'espoir qu'ils sauront pleinement coopérer
avec les efforts inlassables du Président Nyerere auxquels la Chine
exprime son soutien.
M. YURIY V. FEDOTOV (Fédération de Russie) a estimé que
le débat du Conseil donnera une impulsion nouvelle aux efforts visant à une
solution politique de la situation au Burundi. Une solution militaire n'en
est pas une. Une catastrophe humanitaire se profile à l'horizon. Faute
d'un règlement politique qui répondra aux véritables
questions, il sera impossible de rétablir la paix au Burundi. Nous
appuyons les efforts des dirigeants de la région visant à imposer
des sanctions. Ces sanctions doivent cependant répondre à des
objectifs clairs et définis, et frapper également les dirigeants
de l'extérieur. La Russie se félicite des assurances données
par les pays de la région, en vue d'acheminer l'aide humanitaire.
L'on ne peut exclure d'autres mesures visant à soumettre à embargo
la fourniture d'armes aux factions à l'intérieur et à l'extérieur
du pays. Les sanctions pourraient également frapper les dirigeants
et leurs avoirs personnels. La Russie estime que l'envoi en temps utile d'une
mission du Conseil de sécurité est important, pour évaluer
la situation véritable du pays.
M. TONO EITEL (Allemagne) a indiqué que son pays partage l'opinion
selon laquelle la crise au Burundi ne saurait être réglée
par la voie militaire. Elle est convaincue qu'un dialogue politique demeure
essentiel avec l'ensemble des forces politiques, y compris les représentants
de la société civile.
( suivre)
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L'Allemagne exprime son appui aux efforts des dirigeants de la région,
en particulier ceux de l'ancien Président Nyerere, en vue de promouvoir
une solution à la crise. Elle appuie leur appel en faveur de la restauration
immédiate des prérogatives de l'Assemblée nationale,
de la levée de l'interdiction des partis politiques et de l'inauguration
de négociations avec les parties au conflit. Les sanctions imposées
ne doivent pas être considérées comme un instrument de
punition. Elles sont des moyens visant à une fin. Toutefois, elles
ne doivent pas non plus contribuer à l'aggravation des souffrances
du peuple burundais. L'Allemagne se félicite des dérogations
au régime des sanctions à des fins humanitaires. L'Allemagne
attache une importance particulière au déploiement à travers
le pays, d'observateurs des droits de l'homme, financé par la Commission
européenne.
M. TERENCE NZANZE (Burundi), reprenant la parole, a déclaré que
le régime est engagé à poursuivre le dialogue. Le Conseil
doit donc prendre acte de cet engagement solennel du nouveau régime.
Le rapport du Secrétaire général, bien qu'il reflète
la triste situation du Burundi, aurait gagné à être actualisé.
La situation actuelle est beaucoup moins sombre. La semaine dernière,
le nouveau régime a publié une déclaration invitant
des membres de la communauté internationale à se rendre au
Burundi, pour enquêter sur les allégations d'Amnesty International.
Aujourd'hui encore, le nouveau régime a fait parvenir un message au
Secrétaire général, dans lequel il réaffime sa
volonté de défendre et de respecter le droit à la vie.
Dès sa naissance, le nouveau régime a déclaré qu'il
invitait le Président Nyerere à relancer les pourpalers de
paix avec toutes les parties. "L'histoire nous apprend que l'homme n'apprend
rien de l'histoire". Certaines délégations et collègues
devraient réfléchir à cette phrase d'Hegel, et se souvenir
de la situation qu'a connue leur propre pays.
* *** *
( suivre)
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