LA PRESSE EST EN DANGER AU BURUNDI.
AIDEZ NOUS A RESISTER. SIGNER LA PETITION
Halte à l’injutice !
Domitille KIRAMVU et Serge NIBIZI, journalistes à la Radio Publique
Africaine, RPA ont été injustement incarcérés
le mercredi 22 novembre 2006. Leur comparution le même jour n’était
que mascarade puisqu’ils ont été arrêtés
aussitôt après l’interrogatoire. Ce qui prouve que leur
détention avait été décidée avant même
qu’ils ne s’expliquent devant le magistrat.
La magistrature elle-même est divisée sur le bien fondé de
cette affaire. Pour preuve, le magistrat désigné initialement
pour traiter le dossier s’est aussitôt désisté pour
n’avoir trouvé aucune charge valable contre les journalistes.
Un geste de bravoure qui mérite d’être salué.
La loi a été délibérément violée,
pour preuve :
- c’est un officier de la police de sécurité intérieure
qui a déposé les convocations et à la RPA et à la
Radio Isanganiro. Preuve que cette affaire ne le concernait pas, il a gardé les
convocations par-devers lui et n’a pu les donner à leurs destinataires
que le mardi soir, alors que ces derniers devaient comparaître le même
mardi dans l’après-midi. Pire, pour le cas de la RPA, il a fait
transmettre le document par un civil croisé par hasard dans la rue
et qui l’a pris pour un courrier ordinaire. Or c’est connu, une
convocation devant la justice est délivrée par un huissier,
ensuite elle est déposée et l’on en accuse dûment
réception dans un registre d’usage.
- autre preuve de violation de la loi et d’une justice de deux poids
deux mesures, la RPA n’a fait que reprendre une nouvelle déjà diffusée
dans le journal Intumwa, organe d’expression du parti au pouvoir, tout
en citant ledit journal, une pratique courante dans le journalisme, en particulier à la
radio. Est-ce donc par ignorance du B.A-BA de ce métier que cette
mesure inique a été prise ?
Le Burundi : Etat prédateur de la presse ?
Depuis quelque temps, l’on assiste à un enchaînement d’actes
d’intimidation dirigés contre les professionnels des médias
:
- Février 2006 : En visite officielle à Mwakiro en province
de Muyinga, le Président de la République déclare détenir
des éléments de preuve sur une tentative de destabilisation
du pouvoir, que les auteurs sont connus et que même des preuves sonores
et visuelles sont disponibles. Plus tard, on parlera d’une invention
des journalistes !
- Mars 2006 : le président du parti au pouvoir, cynique, remercie
les radios en particulier Isanganiro « du fait qu’elle donne
la parole à des vaut-rien et des paresseux », faisant allusion
aux membres des partis d’opposition qui interviennent sur cette radio.
- Avril 2006 : une trentaine de journalistes sont passés à tabac,
séquestrés, leur matériel confisqués alors qu’ils
couvraient une conférence de presse au domicile du député Mathias
Basabose. Ils seront par la suite accusés de complicité de
tentative de putsch ;
- Mai 2006 : Aloys KABURA, correspondant de l’Agence Burundaise de
Presse à Kayanza, est arrêté puis jeté en prison
sur base de deux mandats d’arrêt signés par une personne
et portant la même date, mais dont l’un était anti daté ;
les deux andats ne portaient pas le même motif. Il était accusé de
rébellion, d’outrage et imputation dommageable pour des propos
tenus dans un bar. Il a purgé une peine de cinq mois de prison ferme.
- Juin 2006 : lors d’une assemblée générale au
sud du pays, le parti au pouvoir appelle au boycott des médias et
donne injonction aux membres du Gouvernement, de ne plus s’adresser à la
presse.
- Juin 2006 : devant une équipe d’une vingtaine de journalistes
de la sous-région qui participaient à un atelier à Bujumbura,
le ministre de l’Information, Communication et Relations avec le Parlement
en même temps porte-parole du Gouvernement, déclare ouvertement
la guerre aux journalistes burundais.
- Août 2006 : commence pour Alexis SINDUHIJE, Directeur de la Radio
Publique Africaine, une série de manœuvres de harcèlement,
d’intimidation et des tentatives d’enlèvement.
- Août – septembre 2006 : des journalistes des radios privées
RPA et Isanganiro font l’objet d’intimidation, sont interdits
d’accès aux sources (Ngozi, Bururi, Bwiza).
- Août 2006 : l’antenne de la RPA à Ngozi est fermée
sans aucune raison.
- Septembre 2006 : lors de la célébration du premier anniversaire
du parti au pouvoir, le président du parti appelle publiquement à lyncher
les journalistes. Il n’hésitera pas à employer des métaphores
qui renvoient à la mise à mort.
- Octobre 2006 : convocations en cascade des responsables et journalistes
des radios privées RPA, Isanganiro et Bonesha.
- Octobre – novembre 2006 : conception d’une série de
lois liberticides : organisation et fonctionnement du Conseil National de
la Communication ; la Carte de Presse et le statut du journaliste professionnel.
La première est déjà approuvée par l’Assemblée
Nationale. Malgré une demande insistante, les professionnels des médias
n’ont jamais été consultés.
- Novembre 2006 : incarcération de deux journalistes de la RPA, convocation
de deux autres journalistes de la même radio et d’un autre de
la radio Isanganiro.
Là où le bât blesse, tout cela est arrivé alors
que les journalistes et le public avaient nourri de faux espoirs devant les
promesses répétitives des plus hautes institutions de la république
de ne plus inquiéter les journalistes :
? Lors de son investiture, le Chef de l’Etat avait suscité beaucoup
d’espoir chez les professionnels des médias lors de son investiture
en déclarant que la presse allait désormais travailler librement,
qu’aucun journaliste n’allait plus être inquiété dans
l’exercice de son métier et qu’aucun média ne serait
plus menacé de fermeture ;
? Récemment encore, à Gitega, alors qu’il rencontrait
les responsables des médias, le Chef de l’Etat avait à nouveau
rassuré les journalistes, inquiets par des pratiques de plus en plus
liberticides, que les autorités allaient tout mettre en œuvre
pour rétablir un climat sain entre elles et les médias ;
? A deux reprises, le Premier Vice-président de la République
avait tenu à réaffirmer l’engagement du gouvernement à respecter
le droit d’expression.
Malheureusement, cette cascade d’intimidations et de répressions
viennent briser cet élan d’espoir et suscite beaucoup d’inquiétudes
et d’interrogations sur les vrais mobiles de cet acharnement contre
la presse burundaise :
1. Comment peut-on vouloir une chose et son contraire ?
2. Pourquoi le gouvernement jette-t-il la poudre aux yeux de l’opinion
nationale et internationale en déclarant à qui veut l’entendre
que la liberté d’expression est garantie ?
3. Que veut cacher le gouvernement en voulant faire taire les témoins
?
4. Que valent les engagements des hautes institutions de la République
au moment où la parole donnée n’est pas respectée?
5. Dans ce contexte, comment faire confiance à un nouvel appel au
dialogue ?
Devant cette situation qui laisse craindre une dérive autoritaire,
les professionnels des médias réaffirment leur détermination à ne
pas se laisser intimider par ces pratiques d’un autre âge.
Les professionnels des médias s’engagent à poursuivre
leur combat de chercher et de traiter l’information dans la liberté et
l’indépendance que leur confèrent la Constitution et
les textes internationaux en matière de droits de la personne humaine
ratifiés par le Burundi et qui consacrent la liberté d’expression
et d’opinion.
Les professionnels des médias réaffirment leur détermination à poursuivre
la lutte pour la libération de leurs collègues injustement
incarcés à la prison centrale de Mpimba.
Les professionnels appellent le Chef de l’Etat à joindre l’acte à la
parole afin que cesse le harcèlement, les menaces et autres abus de
pouvoir dont la presse burundaise est victime et lui demandent d’ordonner
la libération immédiate et inconditionnelle des deux journalistes
injustement incarcérés.
Ils lancent un appel pressant à la communauté nationale et
internationale pour qu’elle mette tout en œuvre pour la libération
des deux journalistes.
Le même appel est lancé à l’endroit des organisations
internationales de défense des droits de la presse et des organisations
nationales et internationales de défense des droits de la personne
humaine de soutenir plus que jamais la presse burundaise dans son noble combat
pour la liberté d’expression en général et pour
la libération des deux journalistes en particulier.
Les représentants des associations des professionnels des médias
réunis ce jeudi 23 novembre 2006 à la Maison de la Presse
Votre soutien: reactionsurrpa@yahoo.fr
|