Dunia Bakarani, le rescapé Tutsi au «Soft»: «Laurent
Nkunda a reçu l’ordre d’engager la campagne de Bukavu»
MISE EN LIGNE LE 10 JANVIER 2007 | LE SOFT INTERNATIONAL2 N°889 DATÉ 5
JANVIER.
Il est Tutsi, il vient du Masisi, Nord-Kivu. Il a été élu
Député national sur les listes de l’ancienne rébellion
du MLC de Jean-Pierre Bemba Gombo. La veille des scrutins, il était
encore membre de la rébellion du RCD-Goma - et l’un des fameux «Fondateurs» -
mais avait fini par ne plus rien partager avec ce mouvement, nous dit-il.
Et il ne s’en cache pas: s’il voulait devenir un jour un élu
du peuple, il n’avait aucune raison de rester au RCD. il a donc pris
ses clics et ses clacs et s’en est allé. Bien lui en a fait.
Faustin Bakarani Dunia est donc Député national. Le seul élu
Tutsi de la R-dCongo. Mais surtout, les dernières élections provinciales
n’ont permis d’élire aucun autre Tutsi. L’explication,
selon lui, vient de la gestion du RCD. Des années durant de gestion
de «l’État de l’Est», l’ex-rébellion
n’a rien fait qui vaille. Trois ans dans la gestion du pays lors de la
Transition, rien non plus.
Pour la première fois, ce Tutsi a accepté de se confier à un
média. C’est «le Soft International» .
Vous êtes le seul Tutsi à être élu député,
confirmez-vous?
Oui, tout à fait. Je suis le seul Tutsi élu député de
la République. Au niveau national. Au niveau provincial, il y a pas
eu un seul Tutsi élu. C’est malheureux.
Aucun élu Tutsi, en province aussi. Vous êtes donc - comme
on dit - un rescapé?
En province, aucun. Il y a un député Tutsi, un seul, au niveau
national. C’est moi. En effet, un rescapé, vous m’y voilà.
Et vous dites, c’est malheureux!
Bien sûr que c’est malheureux. Parce que je ne suffis pas pour
représenter la communauté. Je peux la représenter au
niveau national, pas au niveau provincial. Si au moins, il y avait un Tutsi,
même un seul, au niveau provincial, cela aurait pu nous aider.
Les élections n’étaient-elles pas démocratiques?
Elles étaient démocratiques, ah oui! Mais elles étaient
tribales. Outre cela, la loi électorale a oublié les minorités.
Il n’y a aucun passage dans cette loi qui défend les minorités.
Il est vrai, s’agissant des Tutsis, la grande part de la population
se trouve refugiée dans les pays voisins.
Vous auriez voulu voir la loi réserver un quota aux Tutsis?
Non seulement aux Tutsis - il n’y a pas que la communauté Tutsie
qui est absente. Au moins, moi, je suis à l’Assemblée
nationale, mais d’autres communautés, comme les Tembo, ne sont
ni à l’Assemblée nationale ni à l’Assemblée
provinciale. Je pense que la loi aurait pu prévoir quelque chose en
vue de défendre les minorités.
Il y a plus de 450 tribus dans le pays, et bien de minorités...
Bien sûr! Mais ce que je vous dis est aussi valable pour les autres
minorités. Je parle de la communauté Tutsie parce que j’en
suis issu. D’ailleurs, je n’ai pas été voté par
les seuls Tutsis. J’ai été aussi voté par d’autres
communautés. Si tous les Tutsis se trouvaient au pays et si tous avaient
voté pour des candidats tutsis, on aurait eu au moins 4 députés
nationaux et 4 députés provinciaux.
Combien de voix avez-vous obtenues?
J’ai obtenu 24.500.
C’est beaucoup?
Oui.
Combien de Tutsis y a-t-il à Masisi?
Environ 30.000. Mais je n’étais pas le seul Tutsi candidat.
Il y a eu des Tutsis candidats malheureux sur qui quelques voix de la communauté se
sont portées. Moi, je passe pour celui qui défend toutes les
communautés. Quand la question des terres dans le Masisi s’est
posée, j’ai défendu tout le monde, tous les opprimés
de Masisi.
Quelles sont les autres ethnies qui peuplent le Masisi?
Il y a les Hunde, les Tembo, les Kano et les Tutsis.
Mais vous êtes le président de la seule communauté Tutsie
et Hutue, n’est-ce-pas?
Je suis le président de la communauté Tutsie et Hutue de Masisi.
J’ai été élu par la communauté.
À quoi doit-on attribuer votre victoire?
Non seulement je suis le fils de mon père qui a bien vécu avec
toutes les communautés lors de la colonisation et après, mais,
moi-même, j’ai fait quelque chose pour la population meurtrie
de Masisi. Dans le problème des terres à Masisi et Rutshuru,
je me suis battu contre vents et marrées pour remettre la population
locale dans ses droits.
Qui a été votre père?
Mon père c’est Bakarani. Il fut directeur des sociétés
et a beaucoup travaillé avec des colons, dont le Belge Jean Buchet
qui fut expert comptable. Mon père vivait à Goma et travaillait
dans le café. Dans les années 70, il fut l’un des grands
exportateurs de café.
Votre élection n’est-elle pas due au fait que vous vous êtes
longtemps opposé au gouverneur RCD à Goma?
Opposé au gouverneur? C’est trop dire. Simplement, je n’étais
pas d’accord que les intérêts de la population locale
soient lésés par les autorités provinciales et les grands
hommes d’affaires qui voulaient s’accaparer des terres pour en
faire des fermes.
Votre victoire ne vient-elle pas du fait de votra adhésion au parti
MLC de Jean-Pierre Bemba, qui, à un moment, a représenté une
alternative face au RCD diabolisé?
Quelque part, oui. D’autant plus que le RCD avait failli à sa
mission. Comme Tutsi issu du RCD, il était impossible d’être élu
au Nord et au Sud Kivu dès lors que ce parti n’avait pas répondu
aux besoins de la population, pendant plus de cinq ans qu’il a géré l’Est
du pays. J’ai donc rallié le MLC de Jean-Pierre Bemba et j’ai été élu.
Vous avez donc choisi le MLC par opportunisme?
Ce n’est pas par opportunisme. Tôt, j’ai compris qu’avec
le RCD, il y avait très peu de chance d’être élu.
La preuve? Après l’examen, aucun Tutsi aligné par le
RCD n’est passé.
Il y a l’ancien ministre Vunabandi...
Il est Hutu.
Y a-t-il d’autres Hutus au Parlement, élus du RCD?
Au Parlement national, il y a une bonne dizaine. Ils viennent de tous les
partis. Au RCD, quatre sont passés: deux à Masisi, Yebangira
et Baganigabo, et deux à Rutshuru, Célestin Vunabadi et Georges
Muhiri.
On vous croit susceptible de faire partie de l’équipe Gizenga...
Officiellement, comme le président Bemba l’a dit, nous sommes
dans une opposition démocratique et forte. Jusqu’à nouvel
ordre, je suis dans cette position-là. Je ne sais pas vous dire le
contraire.
Le fait que des députés UN de Jean-Pierre Bemba aient uni
leurs voix à celles des députés AMP vous inspire quoi?
Les dissidents ne peuvent manquer. Mais deux choses m’inquiètent:
d’une part, la boulimie de l’AMP à tout prendre et à ne
laisser aucune place à l’UN. D’autre part, la représentation
de la femme qui est quasi nulle. Il fallait au bureau de l’Assemblée
nationale laisser au moins deux places à la femme étant donné le
débat sur la parité.
N’y a-t-il pas contradiction, vouloir jouer l’opposition et
demander à gouverner?
Au sein du gouvernement, nous allons jouer la carte de l’opposition,
mais au sein du Parlement, nous voulons être présents, effectivement,
en vue de contrôler l’action gouvernementale.
Comment vivez-vous votre présence comme député Tutsi
unique à l’Assemblée?
Ce n’est pas facile. J’assume. Je n’ai pas de choix.
Êtes-vous un peu intimidé, effrayé?
Pas du tout. Mais je me dis que dans l’avenir, ça pourrait…
Vous pensez que dans l’avenir vous pourriez vous sentir trop seul?
Quand les débats seront houleux ou quand il faudra faire des alliances,
par exemple. Mais je fais confiance à mon parti et à ma plate-forme.
Je suis optimiste.
Etes-vous en train de dire que l’équation Tutsie est trop lourde
pour être assumée par vous tout seul dans cet hémicycle?
Je n’ai pas le choix, je vais assumer. Mais je me dis que si nous étions à trois
ou quatre, on se partagerait le travail.
En attendant?
En attendant, je vais assumer. Je représente valablement la communauté Tutsie.
Que le RCD donné pour être le digne représentant des
Tutsis ne soit pas là, cela ne vous gêne-t-il pas?
Pas du tout. Si j’ai quitté le RCD, c’est parce que j’ai
compris que le leadership du parti avait échoué. La preuve
est que nous avons eu beaucoup de problèmes au Nord et au Sud Kivu.
Ce sont là les conséquences de la faillite du leadership du
RCD. Aujourd’hui, nous sommes passés au test, les élections,
et je suis le seul qui représente la communauté Tutsie sur
le plan national. Je pense sincèrement qu’il est grand temps
que le président de la République, le Premier ministre, le
président de l’Assemblée, voire la communauté internationale,
prennent acte de cela. À cet effet, j’ai pris des contacts avec
les ambassadeurs des États-Unis, de la Belgique et de Grande-Bretagne.
Que vous ont-ils dit?
Ils ont pris acte. Acte du fait que je suis le seul Tutsi élu de la
République. Dès lors, pour tout problème qui concerne
ma communauté, toutes les communautés de l’Est, je suis
désormais incontournable.
Vous vous prenez donc pour le seul responsable légitime de la cause
Tutsie?
Comme officiel, oui, je suis le seul responsable. Mais cela n’empêche
pas d’autres membres de la communauté qui sont dans tel ou tel
autre domaine, d’apporter leur contribution.
Pensez-vous être le seul représentant légitime de la
cause Tutsie de Rd-C?
Tout à fait. Il me faut dénoncer ces Tutsis opportunistes qui
se présentent comme les leaders de la communauté. On les a
vus avant et pendant la transition. Les problèmes de l’Est consistent
d’abord à retrouver nos réfugiés. Le moment idéal
fut les cinq ans de la rébellion du RCD. La transition était
un autre moment propice pour que les réfugiés regagnent la
maison. Mais nous n’avons fait qu’encaisser des échecs.
Avez-vous été approché par le RCD? Vous a-t-on reconnu
votre nouvelle qualité?
J’avais été sollicité par le RCD pour être
candidat député. Mais, j’ai dit non au RCD parce que
j’avais compris que quelque chose ne marchait pas avec le leadership
du RCD.
Ces sollicitations ont-elles été relancées depuis votre élection?
Non.
Qu’est-ce qui se passe dans le Masisi avec Laurent Nkunda?
Laurent Nkunda c’est l’autre conséquence de l’échec
du RCD. Le leadership du RCD n’a pas su assumer ses responsabilité s.
Après les accords de Lusaka et Sun City, arrivé au pouvoir,
tout le monde a pris chacun son chemin, faisant le plein des poches. Les
militaires sont restés à l’Est et à chacun de
prendre son destin en main. Si ceci ne s’était pas déroulé comme
cela, il n’y aurait pas eu tous ces problèmes.
Que voulez-vous dire?
Tout le leadership du RCD aurait pu encadrer d’une façon ou
d’une autre tous les militaires restés à l’Est.
C’est grâce à ces militaires que les politiciens du RCD
sont arrivés au pouvoir. Mais une fois arrivés au pouvoir,
ils ont abandonné ceux qui les ont portés au pouvoir. Frustrés,
ces militaires se sont repliés dans la forêt et ont repris les
armes parce qu’ils n’ont pas compris ce qui s’est passé dans
le pays.
Concrètement, qu’est-ce que le RCD aurait dû faire?
En cinq ans, il aurait dû faire revenir les réfugiés
au pays, faire reconnaître les grades des militaires et officiers ayant
servi sous son drapeau et, enfin, encadrer sur le terrain les militaires
et les officiers en vue d’éviter la guerre.
Nkunda n’a-t-il pas été reconnu général?
Bien sûr, mais il y avait cette affaire de justice internationale.
Il appartenait au leadership du parti d’annuler ces poursuites et de
rassurer Nkunda.
Nkunda fait-il la guerre pour éviter d’être rattrapé par
la justice internationale?
Encore que quand il est parti à Bukavu pour arrêter les crimes
contre les Tutsis Banyamulenge, tout le leadership du RCD était au
courant. Mais à son retour, il a été abandonné à son
triste sort.
Nkunda a-t-il reçu l’ordre d’engager ses troupes dans
la campagne de Bukavu ou n’en a-t-il que simplement informé le
leadership du RCD?
À
ma connaissance, c’est un ordre qu’il a reçu d’engager
ses troupes sur Bukavu. Il a eu dans ce dessein des équipements, du
carburant, etc. Nkunda n’avait rien, au départ, mais il est
parti avec des véhicules, du carburant, des vivres… Certainement
une grande logistique pour faire la guerre, pour prendre la ville. Où a-t-il
trouvé tout cela?
Et vous dites qu’il a reçu tout cela du RCD?
Je ne confirme rien, mais je vous dis que les premiers coupables sont ses
chefs du leadership du parti. Eh oui, ça je vous le confirme...
Êtes-vous en contact avec Nkunda?
Personnellement, je ne suis pas en contact avec lui. D’autant plus
que pendant ma campagne électorale, je me suis fait menacer. On ne
voulait pas qu’un Tutsi soit dans la logique du gouvernement, c’est-à-dire,
entre dans le processus électoral.
Menacé par Nkunda, lui-même?
Menacé par ses militaires.
Dans le passé, n’avez-vous pas défendu Nkunda?
Je n’ai jamais défendu Nkunda. J’avais signé une
déclaration dans laquelle nous disions que nous n’étions
pas d’accord qu’on déploie 10.000 hommes à Goma
parce que la présence de 5.000 Interhamwe dans le Nord-Kivu à l’époque
allait obliger le Rwanda à traverser à nouveau la frontière.
Ce qui n’allait pas arranger le Congo et les Congolais.
Selon vous, quel peut être le dénouement de l’affaire
Nkunda?
Je pense que Nkunda se trompe un peu, quand bien même il brandisse
des arguments valables. Le temps des armes est révolu. Tout ce que
je peux recommander au président de la République et au Gouvernement,
c’est de trouver une solution qui ne passe pas par la guerre. Le Président
a été élu au Nord-Kivu avec plus de 90%. Je ne pense
pas que la récompense aujourd’hui soit celle d’apporter
la guerre à cette population. Je pense qu’il faut trouver une
solution politique. Pas nécessairement une négociation…
Pensez-vous au retrait du mandat d’arrêt international?
Pourquoi pas, ça aussi.
Ça aussi?
Oui, même l’amnistie. Bien sûr que Laurent Nkunda pose
des conditions qui demandent du temps, mais il y a des solutions immédiates
qui peuvent être prises en vue de faciliter la tâche à la
population. En disant cela, je ne me fais pas l’avocat de Nkunda, je
regarde l’intérêt de la population du Nord-Kivu que nous
représentons.
Le Kivu majoritairement n’est-il pas opposé à Nkunda?
Je sais, oui…
Comment le président ferait-il retirer le mandat d’arrêt
international?
Qui veut la paix donne la paix. On ne peut pas faire la guerre à Laurent
Nkunda parce que la population sera la première à en payer
le prix.
Que dites-vous de l’exécution de Saddam ce jour même
où a lieu cette interview?
Je me pose plusieurs questions à la fois: est-ce qu’il fallait
vraiment l’éliminer? Est-ce que c’était le moment?
Qu’est-ce que cette exécution va-t-elle changer? Je me dis qu’en
le laissant en vie, ç’aurait peut-être changé la
donne. Comme Chrétien, je n’ai jamais été pour
la peine capitale, quelle que soit la faute commise.
Etes-vous d’accord avec l’emprisonnement?
Tout à fait.
Pourquoi la justice ne doit-elle pas suivre son cours, dans l’affaire
Nkunda?
Je suis tout à fait d’accord que la justice suive son cours.
Mais je m’interroge aussi sur cette justice sélective: pourquoi
ne s’occupe-t-on que des petits poissons? Il y a des condamnés
ici à Kinshasa. Qu’elle commence d’abord par des gros
poissons avant de s’occuper de Laurent Nkunda et de Thomas Lubanga,
par exemple. Sinon c’est la raison du plus fort. La justice doit être
neutre et impartiale.
C’est qui pour vous le gros poisson?
Je ne sais pas, mais vous êtes payé pour le savoir. Il y a des
mandats d’arrêt international émis contre certaines grandes
personnalités du pays...
Ces grandes personnalités n’ont pas, en réaction à ces
mandats, ouvert un front de guerre?
Front ou pas, la justice est neutre. Savez-vous ce qui se dit maintenant à l’Est
du pays? Lubanga s’est fait arrêter parce qu’il est Nilotique.
Donc apparenté aux Tutsis. Et pourquoi n’a-t-on pas arrêté Gédéon
ou les autres rebelles dans le pays? Cela pose problème. Et le procès
Lubanga n’est pas non plus aussi facile qu’on pourrait le croire.
Vous dites que le président Kabila a fait du 90% dans le Nord-Kivu,
mais vous savez très bien qu’il n’a pas été voté par
les Tutsis?
S’il y a des Tutsis, des Hutus, voire des Hundes qui ne l’ont
pas voté, il y en a d’autres qui l’ont voté.
Mais vous êtes d’accord que la majorité des Tutsis n’a
pas voté pour lui?
Il faut savoir que les Tutsis sont minoritaires. Même s’il l’avait été voté à 100%
par les Tutsis, cela n’aurait rien donné.
Quel rôle du Rwanda dans la nouvelle crise du Nord-Kivu?
Le Rwanda est aujourd’hui neutre. Il ne veut plus se mêler des
affaires intérieures du Congo. Le Rwanda est désormais un chantier
et la priorité des Rwandais c’est le développement de
leur pays. Tout simplement, ils demandent aux Congolais de se prendre en
charge et de trouver des solutions à leurs problèmes. Les Rwandais
mettent aussi en garde les forces négatives, les Interhamwe. Vous
avez suivi la déclaration du président rwandais faite depuis
le Japon: si les Interhamwe menacent la sécurité du Rwanda,
les Rwandais n’hésiteront pas un seul instant pour traverser
la frontière. La balle est dans notre camp, Congolais, pour traquer
définitivement toutes les forces négatives, toutes les forces étrangères,
de sorte qu’après les élections, nous puissions passer à la
construction et au développement de notre pays.
Les Interhamwe ne sont-ils pas désormais en sommeil?
Au contraire! Ils sont très actifs dans le Masisi, à Rutshuru.
D’ailleurs, au Sud-Kivu, c’est eux qui règnent, violent,
pillent et tuent… Je ne sais pas ce qui vous fait dire qu’ils
sont en sommeil.
Le président Kagame n’a-t-il pas aussi déclaré que
la sécurité était plus forte désormais à la
frontière des deux pays?
Je pense que le président Kagame voulait parler des relations entre
les deux États. En tout cas, les Interhamwe sont là.
Les opérations armées sont-elles aussi vives qu’avant?
Pas contre le Rwanda. Mais au Congo, si. Des familles crient toujours à l’insécurité causée
par les Interhamwe. Dans le Walungu, à Masisi, à Katoyi, à Walikale,
c’est plein d’Interhamwe. Dans le parc des Virunga entre Masisi
et Rutshuru, c’est bourré d’Interhamwe… En tout
cas, ils sont très actifs ces derniers temps.
Kinshasa n’en parle pas!
C’est là le problème. Je pense qu’avec le gouvernement élu,
les choses vont changer. C’est l’un des reproches qu’on
a faits au gouvernement de transition, celui de ne pas dénoncer les
Interhamwe.
Au Président, que lui diriez-vous s’il était devant
vous?
Je l’ai rencontré dans le passé. Je lui demanderais de
renforcer les relations avec les pays voisins. Les Congolais sont fatigués
de la guerre. Nous voulons reconstruire notre pays. Le problème qui
prévaut à l’Est du pays, à Masisi et Rutshuru,
exige une solution politique plutôt que militaire. En ce qui concerne
la représentation de la communauté Tutsie, je recommande qu’il
tienne compte des Tutsis qui représentent la base et non de ceux qui
ont fait ceci ou ont fait cela ou dont le parcours en politique est fait
de bilan négatif. Nous avons besoin de ceux qui peuvent nous aider à régler
les problèmes, à recouvrer une paix durable.
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