LE PRESIDENT NDAYIZEYE TENTE DE MODIFIER LA CONSTITUTION
L’intention que manifeste, encore de manière informelle, le
Président Domitien NDAYIZEYE de modifier le projet de Constitution à l’effet
de se porter candidat aux prochaines élections présidentielles
constitue un tournant majeur dans le processus politique actuel en générale
et dans le processus électoral en particulier.
Il faut dire que cette manœuvre politique initiée par le Chef
d’Etat Burundais constitue une surprise pour les acteurs politiques
Burundais et pour les observateurs politiques les plus avisés, et
rélève que Monsieur NDAYIZEYE avait longuement dissimulé son
jeu et ses intentions.
Après avoir neutralisé les principaux protagonistes politiques
Tutsi (UPRONA, MRC, PARENA etc.) Monsieur Domitien NDAYIZEYE semble décidé à s’imposer
au détriment de ses rivaux du camp hutu, en l’occurrence et
particulièrement le Docteur Jean Minani Président du FRODEBU,
Monsieur Pierre Nkurunziza Président du CNDD-FDD, et Monsieur Léonard
Nyangoma Président du CNDD.
On se souvient que dès les premiers mois de cette année 2004,
s’est engagé une véritable épreuve de force entre
le camp politique hutu représenté par M. Domitien NDAYIZEYE
et le camp politique tutsi représenté par M. Alphonse M. KADEGE
pour déterminer la configuration politico- ethnique et la nature des
institutions qui dirigeront le Burundi au terme de la période de transition
qu’ils présidaient.
Avec l’appui de l’Afrique du Sud, de la Tanzanie et de l’Ouganda
et exploitant l’opportunisme et l’amateurisme de certains leaders
politiques tutsi, M. Domitien NDAYIZEYE a gagné haut la main cette épreuve
de force puisqu’il a pu faire adopter au forceps par le parlement un
projet de constitution qui ne prend pas en compte les desiderata des partis
politiques à dominance tutsi et puisqu’il a pu révoquer
M. Alphonse M. KADEGE de son poste de Vice- Président de la République
sans coup férir et sans conséquence préjudiciable pour
lui.
Pour arriver à ses fins M. Domitien NDAYIZEYE a successivement neutralisé :
a) Les petits partis politiques tutsi en leur promettant de les faire entrer
au gouvernement à partir du 1er novembre 2004;
b) Le MRC-RURENZANGEMERO en lui promettant le poste de Vice- Président
de la République après le 1er novembre 2004;
c) Les partis poliques tutsi alliés à l’UPRONA en les
menaçant de les écarter du gouvernement s’ils continuaient
de combattre le projet de constitution ;
d) Le parti UPRONA en limogeant M. Alphonse M. KADEGE en même temps
qu’il s’engageait à continuer de gérer la transition
avec un autre Vice- Président de la République issu de l’UPRONA à condition
que ce dernier renonce aux exigences de son parti en rapport avec le projet
de constitution.
Dans toutes ces opérations de neutralisation des partis politiques
tutsi, M. NDAYIZEYE a bénéficié l’appui du Dr
Jean MINANI, de M. Pierre NKURUNZIZA et des autres leaders politiques hutu.
Tout le monde pensait que M. NDAYIZEYE soutiendrait l’élection
du Dr Jean MINANI à la présidence de la République lors
des prochaines élections contre M. Pierre NKURUNZIZA son rival hutu
le plus lourd.
Voilà que maintenant, il amorce une manœuvre politique majeure
pour s’imposer et écarter Jean MINANI et Pierre NKURUNZIZA de
la course à la magistrature suprême.
Pour réussir dans cette entreprise, M. Domitien NDAYIZEYE a besoin
de :
- L’approbation de la communauté internationale, de l’Afrique
du Sud et de la Sous- région ; on peut supposer qu’il a cherché et
reçu cette approbation ;
- De l’appui du parti FRODEBU : (l’on peut supposer qu’ayant été Secrétaire
Général du FRODEBU, M. NDAYIZEYE garde des solides soutiens
au sein de ce parti et qu’il va tenter de neutraliser le Dr Jean Minani
au sein du FRODEBU) ;
- De la neutralité bienveillante de l’armée burundaise
: (une source anonyme indique qu’il est occupé à rechercher
cet appui) ;
- De l’appui des principaux partis politiques tutsi (UPRONA, MRC, etc.)
: la même source anonyme indique que pour obtenir cet appui M. NDAYIZEYE
serait disposé à inclure dans la constitution qui sera promulgué les
exigences formulées par l’UPRONA et les autres partis politiques
tutsi qui lui sont alliés en rapport avec la co-gestion de l’Etat
entre Hutu et Tutsi et l’alternance politico- ethnique au sommet de
l’Etat.
Ainsi donc pour neutraliser ses rivaux hutu, Jean Minani et Pierre Nkurunziza,
M. Domitien NDAYIZEYE aura besoin de l’appui des leaders des partis
politiques tutsi, et plus particulièrement ceux de l’UPRONA.
L’opposition la plus forte à cette manœuvre proviendra
sans aucun doute de M. Pierre Nkuzunziza Président du CNDD-FDD qui
n’acceptera pas de se faire dérober cette place de Président
de la République que jusque récemment il avait beaucoup de
chance de conquérir.
Plus que un pavé dans la marre, la manœuvre politique pratiquée
par Domitien NDAYIZEYE constitue une boîte de Pandore car rien n’empêchera
alors à l’ancien Président BUYOYA de revenir officiellement
sur la scène politique avec les conséquences dramatiques que
cela pourrait comporter.
D’aucuns soupçonnent Pierre BUYOYA et Domitien NDAYIZEYE d’être
de mèche et de manœuvrer ensemble pour rester ou revenir au pouvoir.
Dans l’hypothèse où M. Domitien NDAYIZEYE se présentait
aux prochaines élections présidentielles organisées
après avoir modifié la constitution, beaucoup d’observateurs
pensent qu’il aurait des chances de l’emporter sur Pierre NKURUNZIZA
en utilisant les moyens de l’Etat et en recourrant au besoin à la
manipulation des opérations électorales avec la complaisance
de la CENI dont le Président lui est proche.
Seule la communauté internationale pourrait contraindre M. NDAYIZEYE à renoncer à sa
manœuvre.