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Pierre Nkurunziza ou le véritable
as de la démagogie.
Le compte à rebours a déjà commencé.
Le mandat du parti CNDD-FDD est quasiment à terme. Vu
le lourd fiasco qui tient lieu de son minable bilan, la probabilité de
sa reconduction est comparable à celle de se faire foudroyer
deux fois par jour en pleine saison sèche. Dans quelques
mois, le CNDD-FDD sera donc ravalé au bas de l’échelle
pour reprendre modestement la lutte politique aux côtés
des autres organisations politiques ordinaires. Au même
moment, la page politique sera définitivement tournée
pour le président Pierre Nkurunziza qui, cinq ans durant,
aura tenu en bride le Burundi, sous la marque de fabrique CNDD-FDD.
L’Histoire
qui est têtue va s’en emparer pour gloser autour
de cet ancien président. Mais en termes a priori peu glorieux.
Car s’il est des attributs que la postérité retiendra
du président burundais, Pierre Nkurunziza ou de son parti,
CNDD-FDD, c’est qu’il aura indiscutablement resté,
d’un bout à l’autre de son mandat, un parfait
virtuose de la démagogie ; un brillant orfèvre
des mots alléchants et d’autres pompeuses promesses,
artistiquement conçues pour hypnotiser le peuple qu’il était
pourtant appelé à remorquer.
Incapable de prendre le taureau par les cornes et de faire
face aux grands sujets de préoccupation des Burundais, Pierre
Nkurunziza a joué au cynique en adoptant la politique de l’autruche.
Alors que les grands dossiers compromettants qui émaillent
son mandat ont toujours suscité une salve de protestations
tant à l’échelle nationale qu’internationale,
le président burundais a chaque fois brillé par son
assourdissant silence. Pour pousser son indifférence au paroxysme,
il n’hésite pas d’enfourcher son vélo fétiche
pour une longue et coûteuse randonnée à l’intérieur
du pays, escorté notamment par des centaines de chanteurs
et de footballeurs qu’il encadre dans ses nombreux temps
libres.
Pour tout dire, il est cruellement resté étranger à la
gestion de l’Etat tout en encourageant la médiocrité professionnelle
de ses ménestrels dans le contexte général de
l’incurie. Les exemples sont légion, pour illustrer
les ratés d’un Chef de l’Etat qui aura tout fait
sauf ce qu’il avait précisément promis au peuple
avant et au lendemain de son plébiscite en 2005. De la construction
d’un aéroport international en commune Bugendana à l’érection
de six nouveaux barrages électrique en passant par des stades
et autres infrastructures modernes, tout est encore à attendre
alors que le pays est à l’heure du bilan.
Il est plutôt aisé de jeter un regard rétrospectif sur le
vaste tableau des ses mensonges avérés et mémorables afin
d’en zoomer quelques uns. Aux premières heures de son règne, éclata
l’incident du vrai faux putsch, un montage volontairement orchestré par
le labo CNDD-FDD dans l’intention de tuer dans l’œuf toute velléité d’opposition
et de régler symboliquement ses comptes avec ceux qui auraient, d’une
façon ou d’une autre, mis les bâtons dans les roues du parti
présidentiel, CNDD-FDD. Le dossier a été mis au dos de parfaits
innocents, en l’occurrence l’ancien président de la République,
Domitien Ndayizeye, son adjoint Alphonse Kadege et leurs autres compagnons d’infortune,
traînés dans la boue, molestés et mis à l’écrou
alors qu’ils n’y étaient pour rien comme l’a prouvé plus
tard la justice. Pourtant, le magistrat suprême, Pierre Nkurunziza, avait
juré, la main sur le cœur, que les prévenus dans ce dossier
fomentaient un horrible putsch. Les Burundais attendent encore de lui des excuses
publiques. Il devrait faire amende honorable avant de rempiler pour un autre
mandat au cas où….
Un regard rétrospectif sur le très chargé chapitre de la
criminalité montre aussi que des innocents ont été fauchés
sur instigation des responsables que d’aucuns croyaient être au-dessus
de la mêlée. Pierre Nkurunziza n’a jamais bronché.
L’assassinat, en plein jour, par des policiers en uniforme, de l’échangeur
de monnaie Bround Ndarishikanye, n’aurait pas été un isolé crime
crapuleux. Au moment où il s’apprêtait à faire des
révélations fracassantes sur le jet présidentiel, Falcon
50, le colonel Rwamigabo a été mystérieusement fauché dans
un assassinat simulé en accident de roulage. L’assassinat de l’ancien
vice-président de l’OLUCOME, retrouvé haché à mort
le 9 avril, n’est toujours pas élucidé. Ce meurtre a suscité une
vive émotion dans tous les milieux, mais le Chef de l’Etat burundais
est resté inébranlable. C’est aussi cette inexplicable sérénité qui
a fait penser que le Chef de l’Etat est complice de ces crimes. « Si
le président de la République ne suspend pas le gouverneur de Kayanza
dans ses fonctions nous allons considérer qu’il est complice de
ce genre d’assassinats », a déclaré le président
du forum pour le renforcement de la société civile (FORSC). En
dépit de son officiel engagement à privilégier le dialogue
entre partenaires sociopolitiques, le président burundais a plutôt
cultivé l’esprit de rocher. Le parti qu’il représente
a régulièrement boudé les réunions et autres ateliers
où l’on dénonçait les abus du pouvoir et le projet « cadre
de dialogue » financé par les Nations Unies à hauteur de
35 millions de francs burundais n’a été q’un coup d’épée
dans l’eau. Au lieu de cela, l’on a plutôt assisté à la
restriction des libertés pour différentes organisations de la société civile
et autres partis politiques de l’opposition. Pour prouver qu’il reste
maître de la confusion qu’il n’a cessé d’entretenir
dans le pays, le Chef de l’Etat vient de contrarier son ministre de l’Intérieur
en recommandant aux leaders de partis qui le peuvent d’organiser leurs
jeunes militants dans le cadre de mouvements sportifs paramilitaires. « Même
les handicapés sont interpellés car nous voulons des militants
solides », a-t-il déclaré, comme pour faire un appel du pied à son
parti dont les milices essaiment déjà tout le pays. Décidément,
le président Nkurunziza a du mal à se défaire de son passé rebelle.
L’homme ancien continue à l’habiter.
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