ORIGINE ET NATURE DU CONFLIT ENTRE HUTU ET TUTSI AU BURUNDI
Reconstitution des principaux faits historiques
Le présent article vise à réfuter un certain nombre
d’idées reçues sur la nature du conflit burundais.
D’aucuns présentent le conflit burundais comme un phénomène
endogène, un conflit atavique entre deux ethnies (dont l’une
aurait vécu jadis dans le servage et qui aujourd’hui serait
victime et objet de toutes les exclusions) et qui se vouent une haine mutuelle
et implacable.
Mon propos est de démontrer par des faits historiques vérifiables
que le conflit burundais est de nature néocoloniale à l’instar
des guerres civiles qui ont déchiré bon nombre de pays anciennement
colonisés par les Etats européens et qui y ont été allumées
par ces mêmes Etats avant leur retrait.
C’est dire que la crise burundaise est la résultante et le
produit de facteurs exogènes dont hutu et tutsi sont tous ensemble
des victimes.
Bien plus, contrairement à ce qui est souvent affirmé le conflit
burundais n’est pas un avatar de la colonisation mais plutôt
un avatar de la décolonisation.
Deux donnes, l’une géographique l’autre historique ont
déterminé l’éclatement de la crise burundaise
au moment précis où il est survenu c’est-à-dire
entre 1962 et 1965.
La donne géographique est la situation du Burundi à proximité d’un
grand pays comme le Congo Démocratique doté d’énormes
minerais de gisements stratégiques (comme le cobalt).
Rappelons que le cobalt extrait du sous sol congolais constituait la seule
et unique matière première de base servant à la fabrication
des pièces de rechange pour les avions de combats des pays membres
de l’OTAN.
Alors que l’Union Soviétique regorgeait de cobalt dans son
sous sol, les pays membres de l’OTAN y compris les Etats Unis d’Amérique
en étaient totalement dépourvus dans leur sous sol et ne comptaient
que sur le cobalt congolais.
C’est pour cela que pour les pays membres de l’OTAN l’accessibilité permanente
au cobalt congolais était une question de vie ou de mort.
La donne historique est la situation de guerre froide qui prévalait à l’indépendance
du Burundi.
Dans le cas où l’Union Soviétique et/ou la Chine Communiste
parvenaient d’une manière ou d’une autre à se rendre
maître du Congo Démocratique et à rendre de manière
durable le cobalt congolais inaccessible aux pays de l’OTAN, ils pouvaient
gagner militairement la guerre froide.
En effet privés de cobalt congolais, les avions de combat des pays
membres de l’OTAN resteraient cloués au sol et seraient totalement
détruits en cas d’attaque par l’aviation soviétique
exactement comme l’aviation égyptienne a été décimée
au sol pendant la guerre de juin 1967. (Ce qui vient d’être dit
du cobalt congolais est valable dans une moindre mesure de l’uranium
congolais).
Ce scénario catastrophe mais hautement probable et réalisable
a constitué tout au long de la guerre froide un casse-tête et
une véritable obsession pour les stratèges militaires de l’OTAN.
Empêcher que ce scénario ne se matérialise en éloignant
du Congo Démocratique et de sa proximité tout danger communiste
a donc constitué un impératif stratégique majeur.
Pour la réalisation de cet objectif les pays membres de l’OTAN
se sont répartis la tâche :
- La France fut chargée de maintenir fermement dans sa zone d’influence
et d’y combattre toute velléité nationaliste les deux
pays francophones frontaliers du Congo Démocratique à savoir
la République Centrafricaine et le Congo Brazzaville ;
- Le Portugal reçut la même mission en Angola dont il refusa
l’indépendance et où il soumit les mouvements de libération à une
répression sauvage avec l’appui tacite des pays occidentaux
;
- L’Angleterre fut chargée de maintenir son emprise sur l’actuelle
Zambie appelée à l’époque Rhodésie du Nord
en retardant son accession à l’indépendance jusqu’à 1964
;
- La tâche de combattre le nationalisme au Congo Démocratique,
au Burundi et au Rwanda fut confiée aux Belges et aux Américains.
Cette tâche relativement aisée lorsque le Congo, le Burundi
et le Rwanda restaient des colonies ou territoires sous tutelle Belge, devenait
plus difficile lorsque le contexte historique de l’époque rendit
inévitable l’accession de ces trois pays à l’indépendance.
Or cette décolonisation des trois anciennes possessions belge en
Afrique Centrale intervenait au plus fort de la guerre froide, au paroxysme
de la compétition idéologique et militaire entre le camp communiste
et le camp capitaliste.
Les stratèges de l’OTAN, au premier rang desquels se trouvaient
les Américains et les Belges devaient concilier trois exigences :
Première exigence : accorder une indépendance nominale et
théorique au Congo, au Burundi et au Rwanda.
Deuxième exigence : garder les trois pays dans la zone d’influence
du camp occidental.
Troisième exigence : empêcher que les trois pays ou l’un
d’entre eux ne bascule dans le camp soviétique ou chinois et
assurer de la sorte aux pays de l’OTAN l’accessibilité permanente
au cobalt du Congo Démocratique.
Il devenait donc impérieux d’éloigner du Congo Démocratique
le danger communiste et d’établir autour de cet immense pays
un cordon sanitaire et une zone politiquement sûre qui le protégerait
du fléau communiste.
L’actualité récente et immédiate met en évidence
la place stratégique que jouent le Burundi et le Rwanda dans le maintien
de l’unité et de l’ordre public au Congo Démocratique
ou dans la déstabilisation de ce pays. Le régime Mobutu a été balayé à partir
de ces deux pays et le régime Kabila a été ébranlé à partir
du Rwanda et du Burundi.
Pour les stratèges de l’OTAN un obstacle de taille rendait
difficile la réalisation de cet objectif ; cet obstacle était
le nationalisme congolais représenté par le MNC de Patrice
Lumumba, le nationalisme rwandais représenté par l’UNAR,
le nationalisme burundais représenté par l’UPRONA du
Prince Rwagasore.
Combattre ces trois nationalismes devenait donc un objectif stratégique
majeur.
Mais pourquoi donc le nationalisme de nos trois pays était-il préjudiciable
aux intérêts des membres de l’OTAN ?
D’abord les nationalistes africains en général et ceux
de nos trois pays en particulier recevaient un actif soutien diplomatique
et parfois matériel des pays communistes ; ensuite parce que les nationalistes
de nos trois pays refusaient aux occidentaux l’extension et la consolidation
de leur zone d’influence dans notre sous région et par ricochet
rendaient impossible l’accessibilité permanente au cobalt congolais
aux stratèges militaires de l’OTAN, ce qui dans le contexte
de la guerre froide constituait un danger mortel.
Aux yeux des Occidentaux donc les nationalistes des trois pays étaient
les alliés naturels et objectifs des régimes communistes.
Combattre le nationalisme congolais, le nationalisme rwandais et le nationalisme
burundais devenait pour les pays occidentaux (en particulier les USA et la
Belgique) un impératif stratégique majeur.
Au Congo Démocratique, le nationalisme fut rapidement vaincu lorsque
le 17 janvier 1961 Patrice Lumumba fut assassiné par la CIA parce
qu’il avait amorcé un spectaculaire rapprochement avec l’Union
Soviétique et qu’il avait ouvert son pays à l’influence
communiste rendant ainsi impossible aux pays de l’OTAN l’accès
au cobalt congolais.
Au Rwanda, le nationalisme (qui pour des raisons propres à l’histoire
de ce pays était monoethnique et tutsi) fut également vite
abattu lorsqu’en 1959-1960 la Belgique alluma dans ce pays une guerre
civile, tribale et génocidaire qui décima des milliers de nationalistes
de l’UNAR et envoya les autres dans un long exil dans les pays voisins
et notamment au Burundi.
Les nationalistes rwandais de l’UNAR avaient eu l’inexcusable
tort d’accepter l’appui financier de Moscou et de Pékin.
Au Congo Démocratique les Américains installèrent des
régimes fantoches et pro-occidentaux (à la place des nationalistes
de souche lumumbiste) représentés par Cyrille Adoula, Joseph
Iléo, Moïse Tchombé, Joseph Kasavubu et Joseph-Désiré Mobutu.
Au Rwanda, les Belges installèrent à la place des nationalistes
de l’UNAR un régime pro-occidental, fantoche, tribaliste et
sanguinaire représenté par Grégoire Kayibanda.
Seul le nationalisme burundais continuait à représenter pour
les occidentaux un défi, un obstacle et une menace à leurs
intérêts stratégiques.
Combattre le nationalisme burundais devenait urgent lorsque dans les années
62 et 63 les nationalistes congolais de souche lumumbiste et les nationalistes
rwandais tous chassés de leurs pays par les stratèges occidentaux
reçurent des nationalistes burundais (hutu et tutsi) asile politique,
appui diplomatique et matériel et furent autorisés à lancer
des attaques militaires sur le Congo et le Rwanda à partir du sol
burundais.
Cela devint encore plus urgent lorsque au cours de l’année
1964 la Chine Communiste choisit le Burundi comme point d’appui et
point de départ pour déstabiliser le Congo Démocratique
et balayer de ce pays l’influence américaine en se basant sur
le principe énoncé par Mao Tsé Toung qui disait : « qui
conquiert le Congo Démocratique conquiert l’Afrique et qui conquiert
le Burundi conquiert le Congo Démocratique » cela devenait encore
plus urgent lorsqu’à la même période les nationalistes
burundais autorisèrent le révolutionnaire argentino-cubain
Ernesto Che-Guevara à passer par le territoire burundais pour aller
aider les maquisards congolais à chasser les Occidentaux et leurs
alliés du Congo Démocratique.
Cela devenait plus urgent lorsque des rebelles nationalistes congolais de
souche lumumbiste partis du Burundi avec l’aide des Chinois et du Gouvernement
Ngendandumwe s’emparèrent des villes d’Uvira, de Bukavu
et de Kisangani dont ils ne furent délogés que par des parachutistes
belges et américains. C’était en octobre 1964.
Il devenait donc un impératif stratégique majeur de briser
le nationalisme burundais allié aux nationalistes congolais et rwandais
et par ricochet aux régimes communistes : Belges et Américains
vont s’y employer.
La tâche ne fut pas facile car contrairement au nationalisme rwandais
qui était monoethnique et tutsi, le nationalisme burundais comptait
en son sein des hutu et des tutsi (avec d’ailleurs plus de hutu que
de tutsi) et des leaders hutu comme Pierre Ngendandumwe et Paul Mirerekano étant
d’ardents nationalistes très nettement anti-occidentaux.
Le nationalisme burundais étant profondément ancré dans
la conscience collective sa destruction sera pour les Américains et
les Belges une tâche ardue dont la réalisation nécessitera
plusieurs années.
Pour les stratèges Américains et Belges la meilleure façon
de détruire le nationalisme burundais était de détruire
la nation burundaise et de saper l’Etat-Nation burundais plusieurs
fois séculaire. C’est à cela qu’ils vont s’atteler
(à partir de l’année 1962).
Comment ont-ils procédé ?
- En assassinat le Prince Rwagasore le garant le plus solide de la continuité de
l’Etat-Nation au Burundi.
- En liquidant physiquement et politiquement l’ethnie des Baganwa
(après s’être appuyée sur elle) pour placer les
hutu et les tutsi dans un face à face conflictuel semblable à celui
qui prévalait au Rwanda.
- En poussant les hutu de l’UPRONA à abandonner la voie du
nationalisme dans laquelle ils avaient cheminé du temps du Prince
Rwagasore pour s’engager sur le chemin du tribalisme et du génocide
contre les tutsi.
- En assassinant le Premier Ministre Pierre Ngendandumwe.
- En allumant des guerres tribales générant le cycle infernales
massacres -vengeance-répression – qui allaient creuser un énorme
fossé de haine entre hutu et tutsi.
- En persuadant les hutu de l’UPRONA que les tutsi étaient
des envahisseurs étrangers que les hutu avaient le droit de chasser
du Burundi et/ou de les exterminer.
- En poussant les hutu de l’UPRONA à s’allier avec les
hutu du Rwanda, avec les hutu du Burundi affiliés aux partis politiques
tribales opposés à l’UPRONA tel le P.P., avec les congolais
fantoches et pro-occidentaux.
Pour réaliser tout ce programme, les stratèges Belges et Américains
vont s’appuyer sur un certain nombre d’institutions, d’associations
et de personnalités aussi bien burundaises qu’étrangères.
Citons : l’Association des Colons du Rwanda-Urundi, le Syndicat Chrétien
Belge, les Services de Sécurité Rwandaise, les Prêtres
de la Congrégation des Pères Blancs oeuvrant au Burundi, les
Religieux des différentes Eglises Protestantes et Adventistes travaillant
au Burundi, le personnel des Ambassades de Belgique et des Etats-Unis d’Amérique,
le personnel politique d’ethnie hutu affiliés à différents
partis y compris l’UPRONA, les prêtres hutu du Clergé catholique,
les religieux hutu des différentes Eglises Protestantes et Adventistes,
les Associations d’Etudiants hutu tel que l’ASSEBA (Association
des
Etudiants Bahutu), le MIPROBA (Mouvement des Etudiants Bahutu), l’UBU,
BAMPERE, les partis politiques à idéologie tribaliste et génocidaire
tel que le PALIPEHUTU, le FRODEBU etc.
Seul l’utilisation de cette grille de lecture de l’histoire
du Burundi permet d’appréhender correctement la véritable
nature de la crise burundaise.
Présenter l’exclusion des hutu des sphères de l’Etat
et de l’Armée comme la raison principale de l’éclatement
de la crise burundaise c’est pratiquer l’imposture, la supercherie
et la déformation des faits historiques. C’est prendre les effets
pour les causes car lorsqu’a eu lieu le premier génocide des
tutsi en octobre 1965 les hutu étaient fortement majoritaires à l’Armée,
dans les hautes sphères de l’Etat, au Sénat et à l’Assemblée
Nationale.
Si Burundi était situé géographiquement loin du Congo
Démocratique et occupait par exemple l’emplacement actuel du
Bénin, ou du Togo ou du Lesotho donc sans importance géostratégique,
notre pays n’aurait jamais connu ni guerre civile ni génocide.
Si Burundi avait accédé à l’indépendance
avant le déclenchement de la guerre froide, ou après la fin
de cette guerre, il n’aurait jamais connu le génocide.
Si les élections législatives de septembre 1961 avaient été gagnées
par des hommes de paille de la Belgique comme Ntidendereza ou Bigayimpunzi
et non par Rwagasore, le Burundi n’aurait jamais connu le génocide.
Les différents événements qui, depuis 1962 jusqu’à nos
jours, ont émaillé notre histoire de manière tragique
sont la matérialisation et la réalisation de ce programme mis
au point par les stratèges occidentaux.
Passons en revue les plus importants parmi ces événements
:
1. Assassinat par la Jeunesse Nationaliste Rwagasore de quatre syndicalistes
hutu à Kamenge le 14 janvier 1962.
Après avoir liquidé physiquement le Prince Louis Rwagasore,
Harroy a voulu créer le chaos au Burundi et semer des troubles graves
qui auraient fourni à la Belgique un prétexte pour retarder
l’octroi de l’indépendance dans notre pays et y maintenir
pour longtemps les troupes militaires belges.
Ce chaos lui aurait permis d’affaiblir et de détruire le nouvel
Etat UPRONA et de permettre aux partis tribalistes hutu de prendre le pouvoir
: le maintien des troupes militaires belges au Burundi, réclamé par
la Belgique et refusé par le nouveau gouvernement UPRONA devait servir à cela
pour créer ce chaos. Les syndicalistes hutu au service de Harroy et
poussés par le Syndicat Chrétien Belge se sont livrés à des
actes de provocation contre la Jeunesse Révolutionnaire Rwagasore.
Il s’en est suivi une bagarre qui a débouché sur la mort
de quatre syndicalistes hutu.
2. Affaire Mirerekano.
L’affaire Mirerekano représente la plus grande réussite
de la stratégie mise au point par les Américains et les Belges
pour casser le Parti UPRONA, briser le nationalisme burundais en faisant
basculer dans le camp des tribalistes les leaders hutu de l’UPRONA
parmi les plus prestigieux et qui jusqu’à cette époque étaient
des nationalistes flamboyants.
Pour ce faire ces stratèges ont profité des divisions apparues
au sein de l’UPRONA dans la foulée de l’assassinat du
Prince Rwagasore.
Paul Mirerekano frustré de n’avoir pas obtenu la présidence
du parti UPRONA et refusant le poste du Ministre de l’Agriculture qui
lui était offert a vite été récupéré par
les tribalistes hutu et leurs soutiens occidentaux qui l’ont fait sombrer
dans le crime et le génocide.
Les services de sécurité rwandais, le syndicat chrétien
belge, les leaders hutu des partis politiques burundais opposés à l’UPRONA
ont été mis à contribution pour obtenir cette tragique
conversion de Paul Mirerekano.
A la même époque les stratèges occidentaux provoquaient
une scission au sein de l’Eglise Anglicane (qui en 1961 avait voté UPRONA
et s’était montré éminemment nationaliste) en
poussant les religieux hutu comme Eustache Kinama à fonder une Eglise à eux
(dénommée Eglise de Dieu du Burundi) qui s’est révélée
un solide vecteur de diffusion de l’idéologie tribaliste et
génocidaire.
Toujours à la même époque, en s’appuyant sur l’Eglise
Adventiste du Rwanda les mêmes stratèges ont diffusé l’idéologie
tribaliste et génocidaire parmi les hutu de la province Cibitoke dont
nombreux parmi eux sont des Adventistes et qui jusqu’à cette époque étaient
de grands nationalistes affiliés au parti UPRONA.
Le cas le plus connu et le plus emblématique est celui du député UPRONA
de Cibitoke, hutu et adventiste Monsieur Siméon Kayabu.
Pendant ce temps, le Syndicat Chrétien Belge organisait les étudiants
hutu fréquentant les universités belges, françaises
et l’université du Burundi en une association tribaliste à idéologie
génocidaire dénommée ASSEBA (Association des Etudiants
Bahutu).
A parti de l’année 1963, s’est produit une synergie et
une collusion entre Paul Mirerekano, les Adventistes hutu de la province
Cibitoke, les Anglicans dissidents hutu de Bururi, Makamba et Rutana et les étudiants
membres de l’ASSEBA.
Le génocide des tutsi d’août 1964 dans les provinces
de Cibitoke et de Kayanza était l’œuvre commune de Paul
Mirerekano et des Adventistes hutu de Cibitoke.
Le Coup d’Etat manqué d’août 1964 contre les institutions établies était
l’œuvre commune de Paul Mirerekano et des étudiants membre
des l’ASSEBA section Bujumbura.
La radicalisation et l’ethnisation de la conscience collective hutu
en 1965 dans les provinces de Bururi, Makamba et Rutana a également
résulté de la synergie entre Paul Mirerekano et les Protestants
hutu du Sud dirigés par Eustache Kinama et Tite Bazahica.
A partir de l’année 1964, Mirerekano avec l’aide des
Services de Sécurité Rwandais va mettre sur pied une milice
hutu génocidaire dans les communes Bugarama et Busangana qui commettra
dans les deux communes l’horrible génocide contre les tutsi
d’octobre 1965.
3. Assassinat du Premier Ministre Pierre Ngendandumwe
La version la plus répandue dans les milieux hutu présente
l’assassinat de Pierre Ngendandumwe comme un crime commandité par
l’Ambassadeur de Chine au Burundi en poste début 1965 et par
les extrémistes tutsi burundais, crime qui a été exécuté par
les réfugiés tutsi rwandais, cela dans le cadre d’un
vaste complot contre l’élite hutu.
Or rien de plus faux que cette version. L’assassinat de Pierre Ngendandumwe
est l’œuvre de l’Ambassadeur américain en poste au
Burundi à cette époque qui visait à punir le Premier
Ministre Pierre Ngendandumwe pour avoir établi les relations diplomatiques
entre le Burundi et la Chine, pour avoir autorisé l’ouverture
le 1er janvier 1964, et l’arrivée au Burundi de l’Ambassadeur
de Chine en avril 1964 (malgré l’opposition des pays occidentaux),
pour le soutien qu’il avait accordé aux nationalistes congolais
de souche lumumbiste qui attaquaient le Congo à partir du Burundi,
pour avoir accordé aide et soutien aux nationalistes rwandais surnommés
INYENZI, pour la guerre diplomatique et médiatique qu’il avait
livré contre le régime hutu du Rwanda en dénonçant
ses pratiques tribalistes et génocidaires.
L’assassinat de Pierre Ngendandumwe visait également à imposer à imposer
pour son remplacement sur la scène politique burundaise des leaders
extrémistes hutu comme Gervais Nyangoma plus acquis aux intérêts
occidentaux et plus dociles.
En présentant l’Ambassadeur de Chine comme commanditaire de
l’assassinat de Pierre Ngendandumwe, le diplomate américain
visait à le combattre, à obtenir son expulsion du Burundi et à briser
la poussée diplomatique de la Chine Communiste en Afrique Centrale
avec comme objectif d’arracher le Congo Démocratique de la zone
d’influence de l’OTAN pour la faire basculer dans le camp communiste.
Il visait également à présenter les Chinois comme des
ennemis des Hutu du Burundi qui n’avaient plus d’autres choix
que de s’allier aux Occidentaux.
En présentant les extrémistes tutsi rwandais et burundais
comme complices et auteurs de l’assassinat de Pierre Ngendandumwe le
même diplomate américain cherchait à briser définitivement
le nationalisme burundais en faisant des tutsi et des hutu des ennemis irréconciliables.
4. Le putsch militaire et génocidaire des tutsi d’octobre 1965
L’assassinat de Pierre Ngendandumwe avait préparé psychologiquement
et politiquement le putsch militaire et le génocide des tutsi d’octobre1965.
Le putsch militaire et le génocide des tutsi qui l’a suivi
a été planifié, préparé et financé par
l’Ambassadeur Américain Donald Dumont. Le même diplomate,
en liquidant physiquement un leader hutu modéré et nationaliste
comme Pierre Ngendandumwe, cherchait à imposer sur la scène
politique burundaise des leaders hutu extrémistes, radicaux et génocidaires
comme Gervais Nyangoma.
Sur base de preuves matérielles de son implication dans le putsch
et le génocide des tutsi d’octobre 1965 le Gouvernement du Burundi
a expulsé et déclaré persona non gratta l’Ambassadeur
Américain Donald Dumont, deux autres diplomates américains
et un commerçant grec du nom de Paniyotides qui était leur
agent.
De même le versement d’importantes sommes d’argent par
le Syndicat Chrétien Belge pour financer le putsch a pu être
matériellement vérifié.
Le putsch militaire visait à renverser les institutions légales, à installer
une République Populaire des Bahutu tribaliste et sanguinaire et à exterminer
toutes les populations d’ethnie tutsi. Les plus hautes personnalités
d’ethnie hutu civiles et militaires ont participé à ce
putsch et au génocide des tutsi. Toutes ces personnalités ont été régulièrement
jugées par des Cours et Tribunaux légalement constitués
; elles ont été jugées et condamnées.
5. Le putsch militaire et génocidaire de septembre 1969
Il s’agissait d’une tentative de récidive du putsch et
du génocide des tutsi d’octobre 1965 et dont les principaux
organisateurs (les commandants Charles Karorero, Nicodème Katariho,
Mathias Bazayuhundi) étaient d’anciens membres de l’ASSEBA
(Association des Etudiants Bahutu).
Comme en 1965, le putsch impliquait les plus hautes personnalités
de l’Etat (civiles, militaires et religieuses) toutes d’ethnie
hutu qui visaient à renverser les institutions établies, proclamer
une République Populaire des Bahutu et exterminer les populations
d’ethnie tutsi.
L’implication matérielle dans ce putsch de l’Ambassadeur
de Belgique le Général Henequiau a été prouvée,
ce qui a amené le Gouvernement du Burundi à l’expulser.
Les coupables ont été régulièrement jugés
et condamnés par les Cours et Tribunaux compétents et ont pu
bénéficier d’une assistance judiciaire.
6. Le génocide des tutsi d’avril-mai 1972
Les organisateurs de ce génocide poursuivaient les mêmes objectifs
politiques que ceux de 1965 et de 1969. Ils visaient à établir
une République Populaire des Bahutu après avoir exterminé toutes
les populations (vieillards, femmes, enfants, adultes) d’ethnie tutsi.
Cependant le génocide des tutsi d’avril-mai 1972 différait
de ceux qui l’ont précédé par le haut degré de
sophistication dans sa planification et dans sa préparation, par le
nombre élevé des individus et associations aussi bien hutu
qu’étrangères qui s’étaient impliqués
dans ses préparatifs.
Le principal organisateur et financier du génocide des tutsi d’avril-mai
1972 fut l’Ambassadeur Américain en poste au Burundi à cette époque
M. Thomas Melady.
Dans sa préparation des hutu de diverses catégories sociales
furent fortement impliqués : officiers de l’Armée nationale,
sous-officiers, hommes de troupe, membres du gouvernement, agents de l’Administration
centrale et provinciale et communale, agronomes, enseignants, vétérinaires,
juges de différents tribunaux, commerçants, élèves
des écoles secondaires, étudiants à l’université et à l’Ecole
Normale Supérieure, religieux et religieuses de l’Eglise Catholique
et des Eglises Protestantes, religieux des Congrégations religieuses
d’origine européenne.
La répression qui s’est exercée sur des hutu de la quasi-totalité des
catégories sociales s’explique par leur forte implication dans
la planification et les préparatifs du génocide des tutsi d’avril-mai
1972.
Malgré la sévérité de la répression marquée
par de regrettables dérapages, cette répression n’a jamais
pris la forme d’un génocide contre les hutu et dès que
le Gouvernement Nyamoya a été mis sur pied il a rapidement
mis fin aux débordements et aux dérapages.