Le parti UPRONA sous les feux de la rampe

En dépit du blues général qui traverse le paysage politique burundais depuis que le tandem CENI/CNDD-FDD a volontairement tripatouillé le premier scrutin (communales), le processus électoral va toujours son bonhomme de chemin.

L’heure est aux législatives aujourd’hui. Parmi les partis politiques ayant un réel encrage dans le pays, seul l’UPRONA a accepté d’aligner ses candidats aux côtés du parti présidentiel, CNDD-FDD, pour briguer les sièges à la chambre basse du parlement. Le choix politique de l’UPRONA a suscité de nombreuses interrogations au sein de la classe politique burundaise au moment où les autres, ligués notamment au sein de « l’alliance démocratique pour le changement ADC-Ikibiri », s’égosillaient à longueur de journées pour appeler leurs militants à bouder systématiquement tous les scrutins suivants ; histoire d’acculer la CENI à tout reprendre zéro.

Mais leur appel réitéré à plusieurs reprises n’a pas eu plus d’effet qu’un coup d’épée dans l’eau. C’est ainsi que dans la fraîcheur des faits, le Président de l’UPRONA a courageusement martelé cette idée à rebrousse poils : « toute décision du parti UPRONA émane essentiellement de ses organes dirigeants et ces derniers orientent le choix politique du parti en fonction des enjeux du moment et des intérêts fondamentaux de la communauté en général et des militants en particuliers ; nous avons alors décidé de participer aux élections législatives pour pouvoir participer au débat parlementaire et défendre certaines valeurs chères à l’UPRONA », a clarifié aux médias l’honorable Bonaventure Niyoyankana, président de ce parti.

Pendant la prochaine législature, le parti UPRONA sera donc sous les feux de la rampe. Si le parti intègre les institutions de la République, il aura constamment une lourde responsabilité de scruter, à la loupe, les faits et gestes du rouleau compresseur CNDD-FDD (passablement requinqué par ses inconditionnels ménestrels du CELAT ou encore le FRODEBU-Nyakuri que pilote le grand hôtelier Jean Minani).

Ainsi, sa première mission bétonnée sera indubitablement de défendre, becs et ongles, les acquis d’Arusha. Car, bien qu’ils constituent un indiscutable socle de valeurs essentielles d’unité et de réconciliation des Burundais, les Accords d’Arusha restent malheureusement le cadet des soucis de l’actuel et futur parti présidentiel, CNDD-FDD. Du reste, il ne s’en cache pas, d’autant qu’il n’était même pas partie prenante aux longues, coûteuses et laborieuses négociations qui ont accouché de cette bible chère aux Burundais.

Si, d’aventure, le CNDD-FDD foule aux pieds les acquis fondamentaux des accords d’Arusha, c’est du coup l’unité de tous les Burundais qui volera en éclats. Et c’est précisément sur cet important chapitre que le parti UPRONA devrait particulièrement briller en s’investissant pour la préservation des équilibres ethniques, régionales ou de genre. Que ce soit dans les institutions ou au niveau des corps de défense et de sécurité.

Pour le revenant CNDD-FDD, l’autre vaste champ de bataille sera, à n’en pas douter, la constitution. Dans la mesure où il aura, a priori, l’aval du parlement, quasiment monolithique, le Président de la République, n’hésitera pas de la revisiter pour en faire une loi fondamentale taillée sur mesure afin de pouvoir faire sauter tous les verrous qui l’empêcherait notamment de se représenter aux élections de 2015. En Pasteur plus pratiquant que convaincu, le Président Pierre Nkurunziza se dira alors un envoyé de Dieu ! Alléluia ! Amen !

Même sur ce chantier, le parti UPRONA devra se mettre en travers de la route du CNDD-FDD aveuglé par la dérive autoritaire d’un président qui se veut à vie.

Qu’on se le dise donc ouvertement : en dépit des appréciations hâtives et superficielles des politiciens de bas étages, le choix politique de l’UPRONA n’est aucunement mu par des intérêts mesquins et immédiats. Il aura une lourde tache de scruter chaque dérapage et d’alerter l’opinion nationale et internationale. Avec le temps, nul doute que nombre de ses détracteurs actuels se raviseront !

 

 
     
     
     
     
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